Editions Liana Levi – Piccolo n°22
Paru le 01-11-2003 304 pages
Trad. de Michelle Herpe Voslinski
10,15 €

 

Dites leur que je suis un homme

Chez l’éditeur : Dans la Louisiane des années quarante, un jeune Noir, démuni et illettré, est accusé d’avoir assassiné un Blanc. Au cours de son procès, il est bafoué et traité comme un animal par l’avocat commis d’office. Si le verdict ne fait aucun doute, l’accusé, lui, décide de mener un combat pour retrouver aux yeux de tous sa dignité humaine.

Mes impressions :

Jefferson est un jeune noir accusé de meurtre . Il est défendu par un blanc. Au cours de son procès, il se fait traiter de porc, il n’est même pas un être humain. Il n’est pourtant pas coupable mais la justice est rendue par les blancs. Il ne se défend pas, personne ne le peut à cette époque. Il n’a plus qu’à attendre que la date de sa mise à mort soit fixée.

Sa nan-nan ( tante ) et la meilleur amie de celle-ci vont tout mettre en oeuvre pour qu’il décide de mourir dignement et faire disparaître l’affront des propos tenus au tribunal. Pour se faire, elles demandent à Wiggins, l’instituteur noir du village d’aller lui rendre visite en prison ainsi qu’au pasteur.
Wiggins est désemparé ne sachant que dire et quoi faire, cela le perturbe énormément, lui qui n’est pas croyant.
Nous assistons aux discussions entre Wiggins et Jefferson, les visites de la famille et le comportement abject des notables blancs.
Le moment où la chaise électrique arrive dans la petite ville est particulièrement bien décrit, chacun se rend compte du bruit qu’elle va faire, chacun est bouleversé à sa manière.
C’est un roman plein d’humanité sur la dignité et le courage.
Je vous le dis sincèrement, j’ai pleuré dans les dernières pages.

Editions Stock

La ballade du café triste

Amélia a grandi comme un homme. C’est une femme manuelle et renfermée, ne sachant finalement réellement communiquer avec autrui qu’en créant des procédures et parlant argent.

C’est au bout de deux ans qu’elle cédera aux avances de Marcy alors qu’il s’est bonifié, métamorphosé même. Elle est riche ce n’est donc pas l’argent qui lui fait accepter le mariage. Je me suis demandée si ce n’est pas son côté manuel justement qui l’aurait incitée à dire oui…je m’explique : au bout de deux ans Marcy change grâce à l’amour qu’il lui porte. C’est elle qui est à l’origine de ce changement, elle est guérisseuse.

Il n’y a pas eu de nuit de noces puisqu’elle descend au bout d’une demi-heure. Que s’est-il passé ? Je crois qu’elle refuse tout simplement le rapprochement charnel et qu’elle espérait plutôt un partenaire spirituel aux mêmes préoccupations qu’elle ( les affaires ). Marcy, l’éconduit, lui cède sa fortune mais elle ne demande rien, elle prend.

Et cette situation se reproduira avec cousin Lymon qui prendra à Amélia sans rien lui donner en échange que sa présence car  » il vaut mieux vivre avec son ennemi que seule «  dira Carson lorsqu ‘Amélia hébergera Marcy.

L’arrivée du nain m’a laissée perplexe. Il débarque et Amélia le fait entrer alors qu’il n’est probablement pas de sa famille comme il le prétend.

A mon avis rien de physique ne se passe avec cousin Lymon…si j’ai bien compris il y a deux chambres à l’étage et vous avez noté que l’auteur nous laisse dans le flou quant à ce qu’il peut s’y passer ?

Je me demande aussi si elle ne l’accepte pas parce que comme elle, il est différent. Elle va l’aimer à sa façon, c’est à dire en lui laissant les rênes du porte-monnaie en quelque sorte puisqu’elle se tient en retrait dans le café. Je crois que l’important pour elle est la confiance qu’elle place en lui, confiance qu’il bafouera en choisissant Marcy et en aidant même celui-ci à battre Amélia lors de la fameuse scène du combat final. Marcy et lui la détruisent en saccageant tous les efforts qu’elle avait fournis, et tout ce qu’elle avait construit de ses mains. Ils arrivent même à lui ôter son âme ( elle ne guérit plus et n’a plus de charité pour les malades ) Ils l’ont anéantie.

Alors dans me petite tête j’ai pensé à un complot mijoté par Marcy avec l’aide de Lymon. Marcy la prévient  » Avant de partir, il glissa sous la porte de Miss Amélia une lettre étrange, écrite mi-partie au crayon, mi-partie à l’encre- une lettre d’amour fou, qui contenait de violentes menaces.Il y faisait serment de se venger d’elle d’ici la fin de sa vie ».

Une bien belle ballade qui porte bien son nom. C’est triste, amère, désillusionnée mais l’écriture est terriblement efficace. Si vous ne connaissez pas cette auteure, découvrez là d’abord avec ce récit et ensuite plongez vous dans Reflets dans un oeil d’or.

La filière émeraude

Il s’appelle Liam et est irlandais. Pour une bêtise commise dans son pays, il doit émigrer clandestinement  en Amérique via la Filière émeraude et ….Adieu la bourse d’étude et la course à pieds, Adieu L’Irlande natale. Il se retrouve dans un motel minable à travailler pour trois fois rien, victime d’une étrange maladie qui le desquame. C’est là qu’il fait la connaissance de Sandy, un jeune drogué, bagarreur et d’Angel une adolescente prostituée enceinte .

Après quelques sombres et menaçantes péripéties  le trio prend la route pour s’installer dans un camp perdu au milieu d’autres personnes sans travail, vivant dans le dénuement. C’est la misère complète dans les caravanes où des familles entières s’entassent.

Liam prend sous sa coupe Angel, comme un grand frère le ferait.
Sandy s’évertue à « entraîner » Liam à la course : un trophée est organisé par une école et il y a de l’argent à la clef. Sandy devient de plus en plus violent, dur, frôlant la folie.

Alors voilà, je le dis « Oui ce roman est noir », oui il parle de misère, de drogue, de peur, d’isolement et de détresse . Il n’y a pas d’accumulation de clichés ici, pas de désir de pointer un tel ou tel autre. C’est un beau roman, poignant dont malgré les apparences vous sortirez indemnes  avec un magnifique bonheur de lecture. Le début peut paraître un tantinet lent mais rassurez-vous et persistez, vous n’aurez sans doute pas à le regretter.

Michael Collins a  cette écriture talentueuse qui déroule sa puissance d’évocation, qui choppe le fond du coeur, l’agite et ne le lâche pas.

Cette série des Jésus contre Hitler de Neil Jomunsi éditée par Studio Walrus est, avec la gratuité de certains classiques, à l’origine de l’achat de ma liseuse.

Que voulez-vous j’ai toujours été attirée par l’originalité et cette histoire qui cause de zombies, d’Hitler et de Jésus m’intriguait tant que j’ai succombé et suis tombée sous le charme des deux héros.

Je réunis dans cet article les trois parus à ce jour.

Jésus contre Hitler  Épisode 1 : Zombies nazis en Sibérie

Editeur : Studio Walrus

Nous sommes à la fin des années 60 et en Sibérie, il semblerait que l’horrible Hitler soit réapparu pour semer la zone et créer une armée de zombies. David Goldstein, militaire, est recruté par l’Agence B, qui débusque les phénomènes para-normaux derrière lesquels se trouvent apparemment souvent le plus odieux personnage de l’histoire, Hitler himself. A la tête de cette agence, rien de moins que John J Christ, personnage peu commode et fils illustre. Le tandem Goldie, Jésus va mener tambour battant son attaque contre le repaire nazi, il faut empêcher ce fou de reprendre le pouvoir.

Ce premier épidose permet de donner vie et sens à l’Agence B et ses représentants. Nous y apprenons comment Jésus est revenu parmi nous…rien de moins et c’est purement hilarant.

C’est truculent, délectable, rythmé et cerise sur le gâteau cet épisode est gratuit alors pourquoi ne pas faire la connaissance du tandem ?

Jésus contre Hitler Épisode 2 : Tentacules en folie

Editeur : Studio Walrus

Goldstein s’éveille d’un cauchemar dans lequel une créature tentaculaire surgit. Serait- ce un présage ? C’est ce que nous allons découvrir en suivant cette nouvelle aventure de John J Christ, et cette fois ce ne sera pas le Fûrer mais bel et bien l’illustre Cthulhu …Attention ça déménage…les plus jeunes diraient «  ça envoie du lourd » !!

On y fait des rencontres étonnantes et croustillantes…rien se semble limiter l’imagination de Neil Jomunsi ( Tant mieux !! )

Cet épisode nous fait entrer plus précisément dans l’Agence B nous dévoilant un peu plus les personnages.Les dialogues sont savoureux. Attention aux odeurs, avec Cthulhu on peut s’attendre à beaucoup de surprises et d’effroi.

Jésus contre Hitler Épisode 3 : Heil Yeti

Editeur : Studio Walrus

Nous voilà propulsés au Tibet en l’an 1962 en compagnie de notre duo de choc, John J Christ et David. Les chinois, un Yeti ou pas, et Hitler …ajoutons de la magie noire, le résultat est détonnant, musclé et particulièrement inventif.

A alors ? Je ne révèlerais rien d’autre ni ne donnerais d’extraits car il suffit de se rendre sur le site du Studio Walrus pour découvrir les couvertures,et un extrait pour chaque épisode ( 1er épisode gratuit, les suivants 1 € 49 )

Studio Walrus a créé cette jolie page de présentation, en 3 D rien de moins. Rendez-vous ici pour lire la 4ème de couverture et des extraits : Studio Walrus 

 

 

Editeur Numeriklivres

Sur le site de l’éditeur : Tom et Désiré, deux êtres différents dont la rencontre est peut-être le fruit d’un hasard, ou alors la marque de la destinée. Ces deux-là vont conjuguer leurs différences et devenir frères. L’un, enfant précoce, va vivre sa vie à l’endroit, l’autre, tombé on ne sait d’où, dans la boue d’un terrain vague, vivra la sienne à l’envers.

Tom et Désiré vont se comprendre.

Et la bascule vers l’infinie compréhension s’installe lentement. Ils sont du même monde, ils le savent, mais ne le diront jamais. C’est trop précieux, une histoire d’enfants

A partir de cette rencontre l’auteur nous promène dans un conte sensible dans lequel Tom et Désiré vont apprendre chacun à leur façon à grandir. J’ai envie de dire qu’il s’agit d’une fable philosophique, mais surtout n’ayez pas peur de suivre ce parcours. De nombreuses images et pensées m’ont traversé l’esprit à la lecture de ce Conte à rebours. C’est plaisant de s’interroger d’autant que l’écriture de l’auteur est très agréable par la poésie qui en émane et qui touche au cœur. On ne peut être insensible à un récit initiatique dont les personnages principaux font écho à notre réflexion sur la vieillesse, l’acquisition du savoir, l’apprentissage, la fraternité,la fragilité du bonheur. Qu’est ce que vivre ? Qu’en faisons-nous ? Y a t-il un but ? Où est l’importance de vivre ?

Ça se rembobine pour l’un et se déroule pour l’autre, les chemins s’écartent et se retrouvent comme au croisement d’une longue route.

Un beau conte empreint d’un humanisme profond que je suis très heureuse d’avoir découvert au détour d’un simple échange de tweet avec l’auteur.

Editeur Numériklivres : format epub Prix : 5 € 99

Numériklivres

Et sur toutes les plateformes de téléchargement.

Christian Bourgois

Une ville du nord de l’Angleterre, peu après Noêl, un homme, Robert est retrouvé mort dans son appartement. Il semble être décédé depuis plusieurs jours. Nous le voyons à travers les yeux des toxicomanes qu’il hébergeait en échange de quelques courses. Ces voix sont présentés tout au long de ce récit depuis la découverte du corps jusqu’à l’enterrement. il y a Danny, Laura, Heather, Ant,Steve, Ben, les chiens Einstein, H et Penny. Tour à tour nous découvrons l’histoire de ces toxicos et celle de Robert, nous apprenons pourquoi il aura fallu si longtemps pour trouver le corps de Robert. Les phrases de ce choeur de Nous sont parfois syncopées comme les crises de manque qui assaillent les personnages.
J’ai beaucoup aimé ce roman certes pas facile à lire  mais qui colle parfaitement aux personnages. J’ai apprécié qu’il n’y ai pas de jugement porté. C’est un roman dense, profondément humain, difficile d’accepter certaines images mais l’auteur les fait exister sans qu’elles ne deviennent déprimantes ou dérangeantes. Même l’autopsie de Robert est décrite de façon si humaine avec tant de respect dans les gestes du médecin que la scène devient touchante avec ce Nous qui suit toujours les mouvements.

Un livre peu ordinaire qui m’a profondément touchée. Je l’ai référencé en Roman noir, ce qui ne plaira peut-être pas, mais je m’en moque.

1950, Niagara Falls ( d’où le titre ), haut lieu touristique. Ariah, 29 ans, vient d’épouser Gilbert. Ils sont tous deux presbytériens. Aux lendemains de la nuit de noces, Ariah se réveille seule dans la chambre d’hôtel. Désemparée, elle va errer dans l’hôtel et apprendre peu de temps ensuite qu’un homme s’est jeté dans les chutes. Durant sept jours elle va errer le long des chutes, on l’appellera la Veuve Blanche. Elle est persuadée d’être damnée. Dick Burnaby, brillant et riche avocat aux nombreux amis la suit comme son ombre. Il tombe amoureux d’elle qui n’est pourtant ni très belle ni de son milieu et l’épousera très rapidement. Ils vivront ensuite dix années de bonheur durant lesquelles ils auront trois enfants : deux garçons et une fille. Ariah ne se passionne que pour son mari et ses enfants, elle ne souhaite rien savoir ni même comprendre du monde qui l’environne.

1962 : Dick prend fait et cause pour une femme dont la famille et la maison ( durement acquise ) ont souffert des industries chimiques qui ont fleuri à Niagara Falls ( leucémies, fausses couches, empoisonnement du sol, allergies etc …) Il y perd ceux qu’ils pensaient être ses amis, beaucoup d’argent et se met à dos les notables. Une lutte acharnée débute , Dick ne s’en sortira pas indemne. Ariah lui tourne le dos, lui reprochant d’abandonner sa famille. Dick disparaît à son tour…Ariah élève les enfants seule en donnant des leçons de piano. Elle interdit aux enfants de parler de leur père, il les a abandonnés s’acharne-t-elle à dire. Ils passeront leur enfance à tenter d’en savoir plus, subissant les sautes d’humeur d’Ariah, mère possessive, entêtée, et névrosée.

1978: L’industrie chimique est punie lors d’un procès retentissant. Les enfants quant à eux chacun à leur façon auront découvert quelques parcelles de vérité concernant leur père. C’est aussi pour eux un grand moment car ce procès réhabilité Dick.

Mon avis Un roman fleuve ( avec quelques longueurs tout de même ) qui aborde pas mal de sujets : le puritanisme, les arrangements entre industriels, politiques et laboratoires. Au coeur de ce roman Ariah que je ne suis pas parvenue à aimer tout en lui trouvant des excuses dans son éducation et le traumatisme de son premier veuvage. Elle fait subir tant de choses à ses enfants, les obligeant à vivre dans le dénuement, les écrasant par son amour maternel vorace et intransigeant , leur interdisant de questionner sur leur père que j’étais choquée par sa conduite. Certains personnages auraient du être mieux expliqués comme cette femme en noire que Royall va croiser.

C’était la première rencontre avec cette auteure, sans doute pas la dernière. Une bien belle plume.

Actes Sud

C’est bien plus qu’un roman sur la délinquance sexuelle et l’exclusion ; c’est un roman sur l’hypocrisie, la perte d’identité. A travers l’histoire de Kid, Russell Banks déroule devant nous un univers sans pitié, misérable, et méprisant, un monde fait de culpabilisation , de fausse pudibonderie, de perte de soi.
Kid, avec son bracelet electronique à la cheville ne comprendra qu’en toute fin de roman qu’il lui reste malgré tout encore 10 ans à vivre ainsi dans l’exclusion, ces 10 années de mise à l’épreuve pendant lesquelles il n’aura pas accès à un logement car il ne doit pas résider près des écoles ou lieu public, et de plus n’importe qui : futur employeur ou bailleur peut connaitre en un clic son passé et sa condamnation. Kid a grandi quasiment seul avec pour compagnie un iguane ( d’où la photo de couverture) Sa mère ne se préoccupant guère de lui, il a commencé à traîner sur le net, de fil en aiguille sur les sites pornographiques. Sa condamnation a trois mois de prison, il la doit à un traquenard suite à un chat avec une jeune fille. Rien n’était prémédité, il ne pensait même pas réellement à ce qu’il pourrait faire si l’occasion de présentait. Le vice est là, dans ce piège qu’on lui a tendu. Kid m’a énormément touchée, attendrie et attristée
A sa sortie de prison Kid n’a pas la choix, il va rejoindre la cohorte des laissés pour compte sous le viaduc. C’est là qu’un professeur de sociologie, énorme qui prend toute la place, va aller à sa rencontre pour l’interviewer . Qui est Kid aujourd’hui ? pourquoi a t il été condamné ? Mais Alamasse comme kid surnomme le prof est il vraiment ici dans ce seul but ? N’a t il pas lui aussi un secret, une maladie ?
C’est tout au long du roman aussi l’occasion de s’interroger sur la place que prennent les nouvelles technologies, sur la place que l’individu puni peut encore trouver dans un monde déshumanisé et hypocrite.

Liana Levi-Piccolo

Une plantation non loin de Bâton-Rouge. James travaille sur la plantation de Marshall Hebert, riche blanc. Il conduit le tracteur pendant que d’autres emplissent la remorque de maïs. Ce jour-là Bonbon, le contremaître cajun, lui ordonne de conduire Marcus un jeune noir condamné à la prison chez lui pour récupérer des affaires et venir travailler. A Bâton-Rouge Miss Julie prie James de s’occuper de Marcus, James ne sait pas dire non. Marcus est égoiste, et s’habille comme un dandy.
Bonbon est marié à Louise qui ressemble à une enfant et ils ont une petite fille, surnommée Tite ( maladive). Mais Bonbon a aussi une maîtresse noire, Pauline avec qui il a eu des jumeaux. Pauline vit dans les quartiers noirs où Bonbon lui rend visite deux ou trois fois par semaines. Elle a obtenue de lui de travailler à la maison du maître.
Marcus ne veut pas rester 5 ans ici. Il fomente une vengeance, une évasion. Il n’est pas payé car logé et nourri. Lorsque les  » ouvriers  » achètent au magasin Marcus sait qu’il prolonge d’autant son travail dans la plantation.
Tout le quartier noir, guette, attend, et suit l’évolution des rapports humains tandis que la poussière vole partout et colle aux semelles. L’atmosphère est de plus en plus oppressante, et …je m’arrête là, à vous d’être curieux maintenant.

Éditeur Christian Bourgois

Une petite ville d’Amérique, le soir d’Halloween. Une fillette est retrouvée morte sur le bord de la route enfouie sous des feuilles mortes. Nous sommes à la veille d’une rencontre très importante de football, la petite ville risque d’être sous les feux de la rampe, les édiles se frottent les mains de bonheur en pensant à la somme d’argent que cela signifie.
Le hic c’est que le responsable est le quaterback de l’équipe sur qui repose la future victoire.
Le maire et le commissaire de police confient l’enquête avec charge de l’enterrer à Lawrence qui vit seul depuis le divorce et ne peut voir que très rarement son fils. La maire lui promet le poste de commissaire.
Lawrence va cependant aller jusqu’au bout de son enquête et révéler beaucoup de faits.

Michael Collins dépeint ses personnages avec beaucoup de soin, les salauds comme les femmes qui élèvent seules leurs enfants. On y côtoie le mensonge, l’appât du gain, la trahison, la bigoterie et la vie morne et vide des villageois.

Il y a beaucoup de rebondissements, de manipulations, de mensonges, une intrigue costaud, un bon roman noir.

Demande à la poussière c’est l’histoire d’Arturo Bandini, 20 ans, qui débarque à Los Angeles plein d’espoir après la publication par Hackmuth de sa nouvelle  » Le petit chien qui riait  » . Il vit dans un hôtel minable, vivotant de l’argent qu’il sollicite auprès de sa mère, et de quelques sous reçus de journaux pour la publication d’une nouvelle. Concentré sur sa machine à écrire, il sue sang et eau, les lignes vont et viennent et rien n’en sort qui puisse convaincre. Il est torturé :

Parfois une idée flottait innocemment à travers la pièce. C’était comme un petit oiseau blanc.Il voulait seulement m’aider, ce cher petit. Mais moi je le frappais, je l’écrasais en martelant mon clavier et il expirait dans mes mains.

Il n’a pas d’argent pour se nourrir convenablement :

Intéressante innovation, ça, pêches et oranges. Je les déchirais à belles dents, je les mastiquais, le jus me vrillait l’estomac et gémissait là au fond. C’était si triste là en bas, dans mon estomac. Ça pleuraitbeaucoup,énormément même,avec des petits nuages gazeux vaseux qui me pinçaient le coeur.

Dans un bar, il rencontre Camilla Lopez, mexicaine, qui est serveuse et dès cette première rencontre s’installe entre eux un jeu étrange de séduction / répulsion. Il l’humilie, elle sous-entend son manque de virilité. Elle l’obsède

jusqu’à en oublier que j’étais pauvre, et sans la moindre idée pour une nouvelle

Le lecteur voit en Arturo un être bourré de contradictions, tour à tour généreux et haineux ( avec cette pointe de racisme dont il a souffert et se venge sur Camilla), parfois naîf, maladroit, un adolescent en pleine construction et aussi cette générosité dont il fait preuve dès qu’un cachet lui tombe du ciel.

John Fante décrit Los Angeles et les rêves perdus pour ces gens venus y finir leur jour au soleil mais en crevant la faim. C’est la poussière du désert du Mojave et c’est la poussière qui recouvre tout.

J’ai savouré ce roman. L’écriture de Fante est juste, il ne cherche pas à y faire de l’épate il décrit la réalité quotidienne et ce quotidien prend des aspects magiques sous sa plume. Les personnages y sont dépeints d’un regard tendre et ironique. J’ai oscillé entre le sourire et la tristesse, la compassion et la révulsion pour Arturo ( quand il se débat avec le racisme) J’ai admiré les pages où il relate la pauvreté dans cet Eldorado.

Vous l’aurez compris que j’ai beaucoup aimé

Rivages Noir – N° 767 -240 p –
Paru le 17-03-2010 8.15 €

La quatrième de couverture :

Nyons, sud de la France. Amar l’Emir, petit garçon bravache et rêveur, fuit sa grande soeur Noria qui veut le serrer dans ses bras à la sortie de sa garde à vue. Au quotidien, Amar déambule entre les chantiers, l’école, la rue et l’appartement familial hanté par la folie d’un père harki brisé et ivrogne. En grandissant, les rêves d’Amar deviennent plus flous et les désillusions se précisent. Puis le temps s’emballe. Adulte, Amar revient à Paris, où personne ne l’attendait. Sa visite ne peut signifier qu’une chose pour le fils de Noria, qui veille celle-ci dans le labyrinthe infernal de l’hôpital…

Lorent Idir a grandi à Montreuil. Passionné de cinéma et de musique, il navigue entre culture urbaine et plus classique, rappe sur de petites scènes puis s’initie au slam. Son écriture très noire rappelle celle d’Abdel Hafed Benotman. Auteur d’un premier album (Un cheval sur le périphérique), il forme avec son fère le groupe Twin Twin et prépare une tournée.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai noté que plus un livre me touche, plus j’ai du mal à en parler. J’ai juste envie de vous dire :  » Lisez-le, vous ne l’oublierez jamais « .

Plusieurs raisons à cela, la première, l’histoire d’Amar L’Émir et elle débute fort dans un cinéma où il assiste avec son oncle à une séance très spéciale. Résultat, ils se retrouvent au commissariat où on ne peut pas franchement dire que les flics soient sympathiques ni compréhensifs. Mettre les bracelets à un gosse, c’est tout de même ahurissant de cruauté. Pourtant Amar il  rêve :

Ils m’appellent Amar L’Émir, et moi, j’veux qu’tout le monde m’appelle commandant Cousteau

Le père d’Amar, Said Ben Bourriche  est un harki qui ne  parvenant à être identifié comme français va de dérives en dérives: alcoolisme, violences sur sa femme Zakia et ses enfants, exploitation d’Amar sur les chantiers. Le père de famille les terrorise et la mère se débat seule face à l’assistante sociale tandis qu’Amar erre la plupart du temps dans la rue avec ses potes, Pois Chiche l’agérien et Rico le gitan.Parlons-en de cette assistante sociale, Madame Davout, ou plutôt, laissons Lorent Idir en parler :

Madame, je ne vois rien dans ce placard qui puisse me satisfaire. Et votre frigidaire que j’ai obtenu après de  gros efforts est vide. Vos enfants ne vont pas grandir sans une alimentation saine et consistante.

C’est déjà beaucoup qu’elle aille leur rendre visite alors essayer de comprendre la pauvreté c’est sans doute trop lui demander à cette brave femme. L’assistante sociale aveugle par facilité, par lâcheté, le modèle même de celle que redoute toutes familles nombreuses dans le besoin. Ne va-t-elle pas nous enlever nos enfants ? Vite faisons le ménage partout, que tout brille et reluise par qu’elle ne ratera pas une occasion de nous humilier. Agirait-elle de la même façon dans un foyer moyen bien franchouillard ?  On se pose la question. La famille subit en silence.

Amar devient asthmatique aussi Madame Davout le fait-elle partir en cure dans un établissement tenu par des bonnes soeurs, accompagné de sa petite soeur Sonia . Cet épisode de sa vie est à l’image de ce qu’il a déjà vécu, autre lieu, autre entourage mais même tristesse, même mensonge, même cruauté. Amar sait au fond de lui pourquoi Sonia est ici, avec lui, mais je pense qu’ils n’en parleront pas.

J’aime beaucoup le personnage de Noria, la grande soeur, la maman de substitution, si vaillante, se battant pour offrir à sa soeur, ses frères et sa mère un autre avenir. Que de manigances, de risques pour parvenir à briser l’engrenage.

Voilà ce qu’Amar pense lorsqu’il rencontre son premier amour :

Je voulais tout ce que les gens normaux avaient toujours eu. Pourtant, tapie au fond de moi, je sentais cette peur qui parfois me nouait les tripes et qui toute ma vie m’avait poursuivi. Cette peur de rater, de ne pas être à la hauteur, la peur de me tromper de chemin, de prendre la mauvaise direction et de me perdre dans la forêt. Tout seul.

Le temps passe, Amar est adulte et âgé lorsque nous le retrouvons en fin de roman auprès de Noria et de Lorent, son fils.

Comment ne pas être happée par cette histoire ?

La deuxième raison qui fait de ce roman, un livre inoubliable et, très émouvant, je pense que vous l’avez deviné à la lecture des quelques citations. Ne me dites pas que cette écriture ne vous trouble pas, ne vous bouscule pas, ne vous remue pas ?  Il ne s’agit que de quelques extraits, tout le roman est puissant, et d’une telle fluidité que je suis très admirative pour l’auteur dont c’est le premier roman. Je n’espère qu’une chose maintenant : un autre roman.

Au fond de nos cages. Nous avons besoin de nous aimer. Tous. Nous brûlons de ne pas nous trouver.Il nous faut faire le voyage vers nos coeurs et nos mémoires. Aimez-moi. Rencontrez-moi.Adoptez-moi. Car je suis seul et multiple.

A noter que la préface est d’Abdel Hafed Benotman ( tiens donc, lui aussi un auteur dont je peine à parler tant son écriture me bouleverse )

Editions Phébus – Littérature étrangère
Paru le 27/08/2009 – 348 p – 22.30 €
Traduit du turc par Valerie Gay-Aksoy

Une amie m’avait parlé de cet auteur, Elif Shafak, de façon tellement alléchante que, tout de suite, j’ai regardé dans les rayons de la bibliothèque si un de ses romans y figurait. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de  lire Lait noir.

J’avais déjà eu l’occasion de lire des romans sur le désir d’enfant mais encore jamais sur la dépression post-partum ( à ne pas confondre avec le baby-blues ).Dans ce roman, Elif Shafak s’interroge : une femme écrivain peut-elle avoir des enfants ? Les deux conditions, maman-écrivain, sont-elles conciliables ? Elle nous expose le dilemme auquel elle a été confronté, nous dévoilant de façon amusante ses personnalités intérieures qui se livrent une bagarre parfois intense. Ces petites bonnes-femmes à qui elle a donné des noms comme Miss Cynique intello, Miss Ego ambition, Miss Intelligence pratique, Dame Derviche, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté ne l’aident pas toutes à résoudre ses interrogations, au contraire certaines se plaisent à la laisser en plein désarroi.

L’auteur cite des exemples d’auteurs ayant eu des enfants ou ayant  fait le choix de ne pas en avoir : Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, Doris Lessing, Virginia Woolf ,J.K Rowling …

C’est drôle et touchant, ça respire la sincérité. Ces petites femmes ne font pas toutes leur apparition en même temps parce qu’il faut du temps pour s’apprivoiser et se connaître. Il faut de l’audace pour  prendre le risque de laisser s’échapper de soi ce qui est encore inconnu et qui peut faire peur.

Elif restera prostrée dans la dépression durant 10 mois : le lait noir s’es tari. Un mauvais Djinn, celui des contes de son enfance turque, retient en otage les petits personnages intérieurs. Elle parviendra à le chasser en acceptant d’être telle qu’elle est sans s’ajouter de poids supplémentaires. Les super-mamans, les super-épouses, ça n’existe pas.

En lisant ce roman-essai-autobiographie, je me suis demandée comment les écrivains ( et plus largement les artistes ) parviennent à élever leurs enfants tout en se consacrant à leur passion. Franchement, ça ne doit pas être évident de s’octroyer du temps, surtout lorsque les enfants sont encore des bébés, à moins de pouvoir s’offrir une nounou ou d’avoir une place en crèche ? Mais lorsqu’on n’est pas encore (re)-connu l’argent ne doit pas couler à flot.

Une première rencontre positive pour ce qui me concerne, cependant comme il ne s’agit pas d’un roman à proprement parler, je lirai certainement un autre titre : La Bâtarde d’Istanbul ou Bonbon palace dont j’ai reçu de bons échos.

Editions Cap Bear

Commençons par situer la Baie de Paulilles, toute cette saga familiale s’y déroulant. Nichée entre le Cap Béar et le Cap Oullestrel, la baie de Paulilles se trouve dans les Pyrénées Orientales. C’est à Paulilles que fut créée par Gambetta en 1870  la première dynamiterie Nobel( dynamite et nitroglycérine).

Cette saga familiale racontée par Nicole Yrle est passionnante de part ce pan d’histoire qu’elle nous permet de découvrir et par l’épaisseur donnée aux différents personnages, ici des femmes.

Marine la petite fille, étudiante en archéologie, très attachée à Paulilles parvient peu à peu à travers l’album photo de sa grand-mère Maria à délier les langues et faire resurgir des pans du passé familial imbriqué dans l’Histoire. Les scènes entre la mère, Marion et sa fille sont très touchantes.

L’ usine Nobel, cette dynamiterie qui soutient tout un village, sous le joug parternaliste du patron est le personnage quasi central du roman. Il parait aujourd’hui incroyable que des hommes et des femmes aient pu à ce point risquer leur vie. D’ailleurs l’auteur souligne bien la reconnaissance tardive des risques liés au métier, avec l’introduction des gants par exemple ( grace à l’action d’une section syndicale ), gants que les ouvrières auront bien du mal à utiliser.
L’on suit avec stupeur l’arrivée des annamites escortés par des tirailleurs sénégalais. Annamites dont la traversée est épouvantable et l’accueil tout aussi épouvantable. Parqués et relégués aux travaux les plus dangereux.
Traversant la première guerre mondiale les femmes vont occuper les emplois rendus vacants par le départ à la guerre des époux. L’on suit avec émotion les retours en permission d’Augustin qui lui deviennent de plus en plus insupportable.
Les femmes se serrent les coudes. On traverse toutes les années jusqu’à nos jours avec les transformations du paysage, et des services qui disparaissent comme l’école à laquelle les anciennes étaient si attachée.

Marine, en archéologue, questionne et trouve des réponses qui parfois s’avèrent surprenantes.

J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman: sur la « matière » et la fabrication des munitions, les bassins dans lesquels travaillaient les annamites, l’environnement de cette baie sur la côte vermeille tout cela servi par des images surgies de l’utilisation d’un vocabulaire riche et expressif. Tout est décrit avec finesse, précision sans aucune mièvrerie. Les destins fauchés net par la mort au front ou dans l’usine, les amours, les naissances et la solidarité des ouvriers de l’usine. Tout est intéressant pour un final qui est profondément humain.

J’ose l’avouer sans complexe, j’ai presque été triste de quitter toutes ces femmes et la baie de Paulilles.

Un grand merci Nicole Yrle pour ce beau témoignage, cette superbe histoire de femmes, cette quête du passé pour le réhabiliter

Editions Krakoen – 292 pages
Déc. 2011 – 11,20 €

La citation de l’éditeur :

[…] Les Gueux, c’était l’enfer. Et c’était aussi le paradis. Allez expliquer ça… Des années que ça durait. Les Gueux, c’était un no man’s land avec du monde dedans. Ceux qui vivaient là, ils se cramponnaient, vous comprenez, comme des naufragés sur un radeau qui prend l’eau qu’on colmatait au système D. On s’arrangeait, fallait bien. Et puis ça a recommencé. Et puis ça s’est arrêté. C’est quand on a compris, quand tout était fini, que tout a commencé. Les trois mortes, c’est sûr, elles n’étaient pas inventées. Alors, enfer ou paradis, j’ai plus douté.

Qui sont les Gueux ? Ce sont ces hommes, ces femmes qui vivent en bordure des voies du RER , ceux qu’on ne voit pas ou qu’on ne veut pas voir et pourtant ils sont bien réels. Parmi ces Gueux il y a Môme qui perd la mémoire suite à un accident survenu il y a plusieurs années. Il y a Bocuse dit Boc’ qui cuisine ce que ces comparses lui rapportent…vous savez le contenu de nos poubelles qui contient de si honteux gâchis. Boc’ lui accommode les quelques légumes cultivés. Il y a Krishna, le penseur qui regarde tout ça de sa petite planète. Il a Capo qui assume le rôle d’organisateur et puis Betty Boop, l’écervelée à la langue trop pendue. Et puis Luigi, qui sort de prison après avoir purgé une peine pour un meurtre qu’il a avoué.
Mais voilà qu’il y a de nouveau des cadavres près des Gueux, un premier suicide et deux femmes qui n’ont plus leur tête …Luigi est bien vite soupçonné, qui s’enfuit en traînant son caddie, lui qui ne rêve que de retrouver sa Lula.

Evidemment  » les bleus » s’intéressent de très près aux Gueux et Blond, le flic, assisté de Christelle stagiaire au franc-parler  vont mener l’enquête.

Voilà brièvement pour l’histoire.

Ce roman d’Hervé Sard est un bijou de sensibilité et d’humanisme. Il nous fait regarder en face cette misère que nous côtoyons sans ( vouloir ) la voir. Il dépeint des Gueux bien plus dignes que beaucoup de  » bons bourgeois  » Ses personnages sont attachants, l’histoire prenante et surprenante même. Il nous ballade tout au long de ce livre avec un langage que j’admire, des pointes d’humour très appréciables, et vraiment, vraiment je vous le conseille car l’histoire est superbe de tendresse.

J’aime aussi les intitulés de chapitres qui plantent le décors : Quand on est mort on a la belle vie, Dieu ? Qu’il aille au diable ! etc 

Vous ne le connaissez pas encore ? Alors, commencez donc par ce titre et vous me direz ce que vous en aurez pensé.

Paru le 24/03/2011 – 324 p – 18 €
Edition du Seuil

4ème de couverture :« Fascinée, je contemple de nouveau le semi-automatique. L’idée me traverse l’esprit de le retourner contre moi mais, encore une fois, Vincent n’est le problème. Il le sait, je le sais. Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. La tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition, les objectifs inatteignables. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul, mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue. La peur et l’absence de mots pour la dire. Le problème, c’est l’organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi. Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m’a tout raconté. C’est mon métier, je suis médecin du travail. Écouter, ausculter, vacciner, notifier, produire des statistiques. Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le traitement adéquat. »

Ce livre a reçu le « Trophée 813 » de l’année 2011.

Roman noir terriblement suffocant qui à travers Carole Matthieu, médecin du travail, nous plonge dans l’enfer de cette politique du chiffre et de la concurrence. Le style est sec, autant que la souffrance. L’univers professionnel  est dérangeant et inquiétant. Carole Matthieu craque, elle tue Vincent Fournier…son souhait dénoncer et soulager ceux qu’elle voit passer chaque jour dans son bureau. Elle aussi subit cet univers. Les patrons voudraient bien qu’elle se limite aux visites annuelles. Les syndicats quant à eux la trouve dérangeante et n’accepte que difficilement son intrusion au sein du Comité d’hygiène et sécurité et condition de travail ( CHSCT) Elle regarde autour d’elle cette plateforme d’appel téléphoniques et constate les angoisses et pressions quotidiennes, à quoi, à qui sert-elle ? Combien de temps encore les employés vont-ils ployer sous le joug ? Que peut-elle faire ?
Tout au long du roman Carole s’enfonce inexorablement,  oubliant de se nourrir, ne tenant plus qu’à coup d’expédients tels que les médicaments ( tranquillisants, amphétamines etc…) Evidemment la police s’en mêle et cet inspecteur chargé de l’enquête aura bien du mal à déterminer qui est  le réel meurtrier ….le peut-il seulement ?

Roman noir, hélas, d’actualité. Une lecture oppressante. Marin Ledun maîtrise parfaitement son sujet, utilisant un langage choc, des phrases assez courtes, le lecteur prend de plein fouet le résultat du marketing  brutal au sein des entreprises. Evidemment, on pense aux suicides  à France Télécom et dans tant d’autres entreprises. Jusqu’où a-t-on encore le droit de se laisser exploiter et berner ? Combien de temps à supporter l’absurdité de ce mode de fonctionnement ? Comment les syndicats et sur quels points devraient-ils agir pour gagner en efficacité ? Aucune réponse n’est donnée, néanmoins il serait bon de se poser les bonnes questions. Doit-on sacrifier sa vie à un emploi dans ces conditions ?

Oui, ce roman incite à la réflexion, il n’y a pas de doute. Un roman fort et impressionnant.

Editions Actes Sud- Actes noir
Janvier 2012 – 272 pages
trad. de Simon Baril
21,30€

Ce roman est basé sur une histoire vraie, celle de l’assassinat de Kitty Genovese dans l’indifférence de ses voisins, le13 mars 1964.

Dans De bons voisins la victime s’appelle Kat Marino, c’est un tout petit brin de femme qui travaille de nuit en tant que gérante d’un bar. C’est en rentrant chez elle qu’elle sera violée et agressée pour finir en sang. Elle luttera de toute sa volonté, de toutes ses forces toute la nuit. Dans cette cours d’immeuble, plusieurs fenêtres sont encore allumées. Que font donc les voisins ?
Ryan David Jahn nous les présente à tour de rôle, et nous montre ce qu’ils vivent au moment où Kat lutte de toute sa volonté pour survivre.

Un jeune homme de 19 ans s’occupant de sa mère très malade doit le lendemain se présenter pour la visite médicale afin d’aller au Vietnam. Un couple qui entreprend une première expérience échangiste, un homme qui se découvre homosexuel, une infirmière qui rentre bouleversée de son travail, un autre homme qui revient du bowling et qui se dispute avec sa femme. Toutes ces personnes, bien que voyant le drame se dérouler sour leurs yeux n’appelleront pas la police, chacune étant persuadée que l’autre,le voisin l’aura déjà fait.

L’auteur nous présente aussi les personnes qui arriveront sur les lieux du drame : le policier, les ambulanciers et l’un des voisins qui était absent.
Nous plongeons dans l’esprit du tueur qui se demande quand on l’empêchera de commettre de telles horreurs.
Et à chaque fois, nous assistons impuissants à la lutte de Kat, sa volonté de vivre.

C’est un roman fort bien écrit qui forcément dérange. Ça fait peur,ça remue les tripes. N’est-ce pas parfois dans l’indifférence la plus complète que des drames se produisent ? Combien de bons voisins n’alertent personne lorsqu’ils entendent des enfants ou des femmes crier dans la nuit ? Combien parmi nous passons devant les pires détresses en baissant les yeux car, après tout que pouvons nous faire ?

C’est en plus de la lâcheté , de la bêtise et de l’égoïsme.

Une bonne lecture dénichée sur les rayonnages de ma bibliothèque municipale.

 

Editions Rivages noir – N° 590
224 pages-Paru 15-03-06 -7.65 €

Hambourg 1995, le Bibby Kalmar est a quai, à son bord des réfugiés en attente depuis 6 mois d’une éventuelle régularisation, d’un toit  et d’un travail. Ils sont nombreux, ils sont moldaves, ukrainiens, chinois, roms, yougoslaves etc.
Pour survivre malgré la maigre allocation qui leur ai attribuée ils se livrent aux trafics de cigarettes, d’alcool et aux jeux. Le moldave dans sa coursive est le plus redoutable. Des parties de rami sont organisées.
Zoran, Zina et leurs deux enfants attendent comme tous les autres. Pour payer l’avocat qui pourra peut-être accélérer la décision de régularisation Zoran joue chaque soir et picole tout autant. A chaque étage des jeux et une nationalité différente …on ne se mélange pas trop.
Le bateau est surpeuplé, et il est le centre de tout ce roman, un personnage lugubre, effrayant, grinçant.
Arrivent Simmons, Pelletier et l’occidental ( l’interprète ) envoyés de l’Euroconscience. Ils viennent pour interroger les réfugiés sur leur condition de rétention sur la base de questionnaires. L’espace retrécit, les demandeurs d’asile étouffent, s’échauffent.
Un jour un ukrainien est tabassé et sombre dans le coma. Qui a fait ça ?
Voilà brièvement pour l’histoire de ce roman comme un huis-clos étouffant qui décrit les absurdités des consignes européennes, ses rivalités internes et ce désespoir pour tant de demandeurs d’asile.
J’ai beaucoup aimé le style de Thierry Marignac qui va droit au but, qui sait si bien rendre cet atmosphère particulière de ceux qui vivent dans l’attente, de ces hommes et femmes qui se demandent quand ils comparaîtront enfin un jugement.

Le bémol, c’est tout de même la lenteur du récit. Bien qu’A quai, j’aurais apprécié un peu plus de vivacité.

Editions Jigal – Grand Format
340 pages – Sept.2009
18 € 25

La quatrième de couverture :

C’est l’été, il fait chaud, les touristes sont arrivés et au commissariat de Perpignan, Sebag et Molina, flics désabusés rongés par la routine, gèrent les affaires courantes sans grand enthousiasme. Mais bientôt une jeune Hollandaise est sauvagement assassinée sur une plage d’Argelès et une autre disparaît sans laisser de traces dans les ruelles de la ville. Sérial killer ou pas, la presse se déchaîne aussitôt ! Placé bien malgré lui au centre d’un jeu diabolique, Sebag, à la merci d’un psychopathe, va mettre de côté soucis, problèmes de cœur et questions existentielles, pour sauver ce qui peut l’être encore ! « Elle attend sans joie, patiente et succombe. La maison de pierre deviendra sa tombe. Qui fait quoi, qui attrape qui ? Qui est le chat, qui est la souris ? »

 

Ce que j’en ai pensé :

Dans ce roman, l’inspecteur Gilles Sebag  grand amateur de café est un personnage attachant.Il pense beaucoup à sa famille. IL s’interroge au sujet de sa femme, de ses enfants adolescents qui grandissent vite.Malgré son choix de carrière, il avait mis entre parenthèse son métier pour savourer le fait d’être père. De quoi évidemment se faire montrer du doigt par ses pairs.
C’est la vie d’un commissariat qui est dépeinte. Au début,il y a  la découverte du cadavre d’une jeune hollandaise par Robert, retraité qui passe toutes ses vacances à Argelès. Ensuite, la disparition d’une autre hollandaise à Perpignan, puis l’agression d’une autre jeune hollandaise mettent la puce à l’oreille. Et, pure routine au commissariat, une femme signale la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi.

Bon j’avoue que parfois j’ai été agacée voyant les indices et je n’avais qu’une envie , celle de voir Sebag se bouger mais, il faut parfois être indulgent …ça ne fait pas tilt tout de suite. Pas de sang à outrance dans ce roman mais de très beaux descriptifs de paysages, de monuments,d’églises. Un beau voyage au pays des senteurs aussi.

Georget nous livre là une intrigue sympathique, un style ni trop lent ni trop emporté,l’accent catalan, et une jolie galerie de personnages.

A savourer doucement.

Editions Rivages noir – N° 772
Trad: Alexandra Carrasco-Rahal
224 pages – Paru le 07-04-10
8.65 €

Chez l’éditeur: Le matin du 11 septembre 2001, Kaluf descend du vol New York-Mexico et débarque en plein chaos. Les tours du World Trade Center viennent d’être anéanties et ce Libanais tranquille, propriétaire d’une boulangerie à Mexico, ne sait pas que son cauchemar personnel vient de commencer. Aux Etats-Unis, la guerre contre le terrorisme est lancée et, au-delà du Rio Grande, les autorités ne veulent pas être en reste : il faut se montrer coopératif avec le « grand frère » américain. Raison pour laquelle tout ce qui est arabe – même lointainement – va être étiqueté comme dangereux, et, à défaut de trouver de vrais coupables, la police mexicaine se contentera de coupables crédibles. Pour son malheur, Kaluf fait parfaitement l’affaire.

Entre une nymphomane qui le harcèle, des bandes de narcotrafiquants féroces et des policiers aussi corrompus que délirants, voici Kaluf transformé en héros kafkaïen.

Ironique, burlesque et terrifiant, Les 2001 nuits est une farce noire qui dénonce vigoureusement l’absurdité des systèmes politiques gangrenés par la corruption et gagnés par la folie.

Ce que j’en ai pensé :

Notre héros s’appelle Kaluf, d’origine libanaise, il est boulanger et a tout pour vivre heureux. Son rêve ainsi que celui de son épouse est de devenir président de l’Association libanaise du quartier. Seulement voilà, il se trouve dans un avion en provenance de NY le 11 septembre 2001. Il n’en faudra pas plus pour que sa vie déraille. La police mexicaine veut elle aussi son terroriste, pressée en ce sens par les Etats-Unis.
Notre pauvre Kaluf va devoir fuir malgré lui , il n’y comprend rien. Il est seul face à l’absurdité de cette situation, tout lui devient irréel. En plus de tout ça notre pauvre Kaluf se retrouve dans la ligne de mire des narco-trafiquants.

Rolo Diez manie l’humour noir et grinçant à souhait. Qui ne se souvient pas de l’après attentats du 11 septembre 2001 et de cette folie sécuritaire qui a suivi et se poursuit aujourd’hui ? Le héros est bien loin de telles pensées pourtant et Rolo Diez lui fait vivre les pires angoisses avec un brio incontestable.
Le rythme est enlevé, les situations burlesques, délicieuses à souhait et l’absurde omni-présent .

Je ne connaissais pas Rolo Diez, c’est mon libraire de feue L’Étoile polar de Nantes qui m’avait recommandé ce roman. Je l’en remercie encore.