BloodFamily_VL_8_07_16Le petit Eddy a sept ans lorsqu’il va sortir de l’enfer qu’il a vécu, reclus avec sa mère sous la coupe de Bryce Harris. Il va être confié à une famille d’accueil d’urgence le temps que les services sociaux évaluent son état psychologique. Sa mère n’a pas cette chance, devenue folle et sans plus aucun repère affectif, elle est internée. Bizarrement malgré l’isolement et le fait de n’avoir pas été scolarisé le petit Eddy s’avère posséder une forme de connaissance surprenante pour son âge. Qui est donc ce Monsieur Perkins à qui il fait référence ?

Son état de santé et psychologique étant bon, l’enquête étant close Eddy est confié à une famille adoptante Natasha et Nicholas qui ont déjà adopté auparavant une fille. Cette famille va connaître quelques déboires avant que finalement Eddy n’y fasse réellement son nid, travaillant correctement à l’école. Tout ira bien jusqu’au jour funeste d’une sortie scolaire, jour ou Eddy sera confronté à son reflet qui n’est autre que celui de Bryce, l’homme de la terreur, l’ogre. Tout dérape alors pour ce jeune ado qui dérivera vers l’auto-destruction à travers l’alcoolisme.
C’est avec brio qu’Anne Fine traite ici un fait que l’on pourrait lire dans les journaux, ce long cortège de misère,de peur, de violence que l’on découvre avec stupeur et écoeurement.

Un sujet amené sans misérabilisme avec beaucoup de soin porté à l’édification des personnages. La reconstruction d’ Eddy laborieuse et douloureuse trouvera-elle une fin heureuse ?

Un roman intense ! Une splendide réussite.

Roman traduit de l’anglais par Dominique Kugler.

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Lorsque Garance se présente chez Marylène et Jean-Michel c’est pour postuler en tant que femme à tout faire, en apparence car en fait nous apprenons très vite qu’elle est à la recherche de sa fille, Sophie, disparue inexplicablement quatre ans auparavant. Sophie aime les cochons, beaucoup et elle travaillait dans l’exploitation d’élevage porcins, consciencieusement, et efficacement comme va l’apprendre Garance en approchant les différents employés de la porcherie : l’idiot, le patron, Bambi l’équarrisseur.

Le couple est arriviste, rien ne semble pouvoir freiner leur appétit d’expansion. Certains employés sont salement immondes.Laurence Biberfeld pénètre cet enfer sans faire de concessions, tout simplement, décrivant les conditions d’enfermement de ces animaux.Les mots sont forts, évocateurs d’autant qu’elle nous fait entrer dans les pensées des cochons, des truies et des petits…forcément ça ne laissera personne indifférent.Ici, nul besoin d’images chocs pour comprendre la peur, la douleur, l’horreur.Les mots suffisent y compris pour sentir toute la puanteur d’un tel endroit. C’est la force l’écriture de l’auteure, son pouvoir.Mais il n’y a pas que les cochons il y a aussi toute cette faune évoluant autour de la porcherie, évidemment cela peut surprendre, des phrases ponctuées de son animal : le chat, le rouge-gorge, le serpent, les rats etc…cette faune, tous ces animaux sont aussi des personnages, de magnifiques personnages s’interrogeant sur l’imbécillité humaine, s’étonnant de l’agitation, des témoins, un peu comme dans les fables et contes de notre enfance. Un tour de force, une idée géniale.

Ce que vit le rouge-gorge c’est aussi des histoires d’amour : amour dévorant et passionnel pour Marylène envers Jean-Mi, amour de Jean-Mi pour Garance, amour de Léo l’idiot envers Sophie et amour sans illusion mais profond entre Garance et Bambi. Ça signifie pas mal de mélo et probablement pas mal d’ennuis pour certaisn-e-s.

La part d’ombre des uns et des autres éclate au grand jour.

Laurence Biberfeld a encore signé là un splendide roman noir atypique comme j’aime. Un roman qui touche au coeur du questionnement social mettant en valeur des marginaux, ou plus précisément ceux que l’on dit être marginaux. J’avoue que c’est important pour moi et que c’est ce qui m’intéresse tant dans les récits de l’auteure. Les éditions Au delà du raisonnable sont à remercier d’avoir le courage de publier ce type d’histoire. Espérons que les lecteurs seront au rendez-vous même si ce récit est éprouvant il respire néanmoins l’amour et l’humanité.

Vous qui lisez cet article, qui aimez l’écriture et les histoires hors les sentiers battus … Lancez-vous !

1_08_16_LePaysQuiTeRessemble_FabriceColinCela fait un an que la mère de Jude et Lucy, des jumeaux de 15 ans est morte. Noël, le père est complètement perdu, enfermé dans son chagrin, un chagrin que les enfants eux aussi ressentent intensément. Jude se ferme comme une huître tandis que Lucy vaillamment et contre son gré prend en main l’organisation de la maison, un foyer où la famille n’est plus qu’apparence. Mais voilà que Maryline, la grand-mère maternelle lance un grand projet. Pour ces premières vacances d’été après le décès c’est décidé, ils partiront tous les quatre en voyage en camping-car.

Le père l’ignore mais il s’agit pour ses enfants de trouver leur mère biologique Aussi, avec les noms que leur mère a confiés à Maryline, vont ils sillonner les routes d’Italie, d’Angleterre, de Belgique et d’autres encore .

Bien sûr ce roman «  jeunesse » est axé sur le deuil, bien sûr certains passages sont tristes néanmoins le personnage de Maryline est tellement amusant et « cash » que le tout passe très bien d’autant qu’en chemin la petite équipée va s’agrandir d’une chienne patapouf nommée Simone. C’est un roman douceur et drôle, plein de tendresse et d’humanisme, de rebondissements et de situations burlesques. Les révélations se font par petites touches. L’envie de renoncer est parfois forte, le sentiment de futilité de cette recherche s’immisçant dans le coeur de l’un ou de l’autre.

J’ai été ravie de découvrir cette histoire, touchante et amusante avec ces jolies descriptions de pays que je ne connais pas.

L’exploration du rayon jeunesse de la bibliothèque municipale ne fait que commencer !

MmPasMorte_Langaney_VL_6_5_16Elle s’appelle « Minette » Galandeau et c’est un sacré numéro. Dès les premières lignes de ce roman d’Anouk Langaney j’ai compris que je le lirai d’une traite. Minette travaille du bocal, atteinte d’alzheimer ,le hic c’est qu’elle a de nombreux secrets à garder, genre beaucoup, beaucoup d’argent dissimulé. Lorsqu’ on est atteint de cette maladie sournoise un code c’est vachement difficile à retenir …est-ce bien sérieux de se balader avec un papier sur lequel il est inscrit ? Surtout quand un neveu rapplique, tombé du ciel. Méfiante la Galandeau , sur la défensive…d’autant qu’elle s’est déjà fait avoir par un soi-disant vendeur de salle-de-bain.

Ce livre est un polar ficelé aux petits oignons avec un personnage principal hyper attachant. Ce que j’ai pu rire à sa lecture tout en entendant parfois une petite voix intérieure me glisser à l’oreille « te rends-tu comptes que tu ris d’une pauvre vieille femme touchée par une maladie incurable ? »

L’humour, un magnifique humour noir et grinçant. Un style et une intrigue qui foncent comme un bolide. Un bijou de lecture que vous devriez absolument mettre dans votre pile à lire estivale. Bons moments garantis.

Pour le plaisir, une mise en bouche.

C’est ça qu’il faut que je note m’a dit Granger. « Les noms, les dates, les menus évènements ». Un aide-mémoire. « Ne le voyez pas comme une prothèse c’est plutôt un stimulant », il a dit.

Je m’appelle Gisèle Léonce Mathurine Teillard, épouse Galandeau. Je suis née à Melun, le 6 janvier 1920.

Ce mardi 24 octobre, j’ai pris conscience que j’étais vieille, seule, impuissante, et j’ai voulu mourir. Un con de médecin m’a sauvé la vie et conduite aux urgences. J’ai quitté l’hôpital le jeudi 9 novembre.

Nous sommes le vendredi 10 novembre. Je suis atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Voilà pour les noms, les dates, et les menus évènements.

C’est fou ce que je me sens stimulée.

 

CeuxQuiRestent_couv

Et il n’a pas laissé un mot,

Il n’a appelé personne à l’aide,

Il s’est tué, le soir du 26 avril, dans la maison de son enfance, là où ses parents le trouveraient,

Point.

Ce sont les pensées de Vincent Côté sur le suicide incompréhensible de son fils Sylvain, jeune père de Stéphane et époux de Mélanie à qui pourtant tout semblait réussir. Il est parti sans un mot. Quittant sa maîtresse Charlène, une barmaid possédant un sens pourtant inné des gens, sachant écouter.

Sa mère Muguette sombre peu à peu dans la démence, et son mari Vincent s’en veut de ne pas avoir su la voir perdre pieds tant il était lui-même tiraillé,

Mélanie devient une mère étouffante, cloisonnant son fils et interdisant à quiconque de révéler à Stéphane comment est mort son père.

Comment dire à propos de ce livre tous les enseignements et la richesse humaine qui en font une œuvre inoubliable ? Car chacun des personnages progresse à travers son propre vécu, chacun évolue de façon bien différente, Vincent construisant un chalet dans les bois pour s’y isoler la plupart du temps, Charlène discutant avec Sylvain en pensées, lui racontant tant et tant et le houspillant.

L’auteur a écrit ici une fresque familiale prenant parfois des détours surprenants mais toujours en finesse sachant manier et mêler chagrin, peur, et humour avec un talent adorable.

Un suicide, voilà un sujet qui divise : est-ce une lâcheté ? Un acte de bravoure? Un moment d’aspiration au fond d’un trou ? Même lorsqu’un mot est écrit un suicide reste souvent une incompréhension pour ceux qui restent. On cherche des coupables ou on se vautre dans la mélancolie et la culpabilité. Ici, Sylvain ne donne ni signes ni inquiétudes.

Un magnifique roman de Marie Laberge que j’ai eu le bonheur de découvrir grâce à une masse critique Babelio et la bonté des éditions Stock. Grand, grand merci à eux.

neigesEternel

Dans ce Japon féodal revisité par l’auteure cinq personnages vivent leurs histoires tour à tour pour se mêler et révéler le destin d’une famille de seigneur riche tombant lentement dans l’oubli. Un fantôme qui tour à tour émeut et inquiète. Des histoires de courage, de bonté, d’amour et de fidélité. Un très doux et imaginatif premier roman. Une histoire loin d’être rose, mais peut-être parce que la neige est toujours là dans ces récits croisés, il reste un ton lumineux et des personnages attachants, singuliers dont l’auteure a su avec douceur nous faire suivre leurs chemins.

J’espère retrouver cette auteure dans de futurs ouvrages.

La superbe couverture est de JungShan Chang

LesInsoumises_Celia_LeviUn roman épistolaire à deux voix celle de Renée et Louise, deux grandes amies. La première part en Italie poursuivre des études artistiques, un peu floues par ailleurs. La seconde Louise se radicalise très fortement, s’agrippant à son rêve de justice. Les Insoumises se lit comme on se souvient de sa propre adolescence, de cette impression que le monde nous appartenait avec des dents de lions et la ténacité des jeunes adultes.C’est plein de fougue, de désillusions Touchant, et émouvant, une bouffée de nostalgie tout cela raconté par la plume élégante, et délicate de l’auteure, Célia Levi.

Faites un tour chez Tristram

LaFacture_Jonas_KARLSONImaginez qu’un matin en relevant votre courrier vous recevez une facture de 600 000 euros ? C’est exactement ce qu’il se passe pour notre pauvre héros. Interloqué, il ne connaît pas le sigle utilisé sur ce courrier qui lui paraît cependant très officiel et il s’en va à son boulot à mi-temps dans un magasin de locations de vidéos. Ça le turlupine…sans doute s’agit il d’un attrape nigaud ou une erreur, usurpation d’identité peut-être ? Notre personnage n’a pourtant rien de particulier vivant modestement, n’ayant pas de famille, un copain très pingre et ce job. Non décidément ça ne peut pas être une vraie facture et même s’il y avait une erreur dans le montant…ça serait tout de même énorme.
Bien sûr lorsqu’on ne règle pas une facture dans les délais, les majorations tombent. Notre héros va appeler au numéro indiqué sur celle-ci et passer des heures en attente ( ça aussi on connaît ). Sa correspondante essaye tant bien que mal de lui faire comprendre que l’information est passée sur toutes les ondes, qu’il y a eu des spots télévisés, des affiches et que donc franchement sur quelle planète vit-il donc pour ne pas être au courant de cet impôt sur le bonheur ?!
Il est fauché, personne ne peut le dépanner d’une telle somme, il va tenter de négocier à la baisse cet impôt.
Je ne vais pas divulgâcher les péripéties que va vivre ce personnage.
Ce roman, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, est relaxant et drôle. Au delà ce cette histoire rigolote, se profile une critique de la société et une belle philosophie de vie. Un roman détente attachant que je vous recommande pour garder le sourire.

NoviceUne enfant d’une dizaine d’année amnésique quasiment morte. Mais est-elle celle qu’elle semble être ?

Roman métis, mi-thriller mi-fantastique à travers lequel sont passés au crible racisme, intolérance, sexualité et rivalités mesquines qui en découlent. Assez envoûtant pour être plaisant malgré certaines longueurs qui auraient à mon avis pu être évitées. Néanmoins, un récit bien structuré dont le dénouement et le sens ne laisseront sans doute personne insensible.

Un mythe revisité.

StonyMayhall_lecture_23_09_15Gros, gros coup de coeur personnel pour ce roman dans lequel Daryl Gregory, l’auteur, parvient à parler de morts-vivants sans jamais que l’histoire ne tourne au gore. Un roman d’initiation pour le jeune Stony recueilli, choyé et soutenu perpétuellement par sa famille adoptive. Une histoire sensible et humaine, parce que Stony est toujours entre deux mondes, maltraité souvent, fiché, catalogué, emprisonné mais terriblement vivant malgré tout. Stony vous épatera, il est surprenant. Je n’ai pas vu le temps passer durant cette lecture à l’écriture intelligente et sensible. C’est juste, simplement, merveilleux !

NuitsDeReykjavik_Indridason_ArnaldurÇa pourrait s’appeler Les rondes d’Erlendur.

Quel plaisir de suivre Erlendur dans sa première enquête alors qu’il porte encore l’uniforme. On y retrouve Erlendur taciturne certes, mais obstiné, et intègre. On le suit dans les rues de Reykjavik les parcourant d’un oeil averti : les clochards, les accidents, les rixes dues à l’alcool ou à la drogue et dans tout cela, la découverte du corps d’un vagabond qui va le hanter et lui faire suivre bien des chemins. Arlnardur Indridason semble de mieux en mieux maîtriser et son personnage et son style. Un pur bonheur de lecture que cette enquête menée avec justesse et soin.

UnPiedAuParadis_Ron_RashUn roman noir et rural, âpre et déchirant. Des terres vouées à la disparition, la dureté des éléments, les secrets, des désirs, des tromperies, un corps qu’on ne trouve pas…tout cela est relaté dans ce cours roman sous la plume pleine de soin et d’attention de l’auteur. Un véritable coup de coeur, un roman à lire pour qui ne craint pas la noirceur.

Cependant, il y a dans tout cela beaucoup, beaucoup d’humanité. Vous en serez pris aux tripes.

OpéraDeShaya_S_Laine_MCDans ces textes réunis ici sous le nom de la première nouvelle composant ce recueil, Sylvie Lainé nous emmène à la rencontre d’autres univers , d’autres entités. Il y est surtout question de ces relations qui se nouent au delà de l’aspect, et de symbioses. Ce sont des textes façonnés de poésie, de la science fiction certes mais sans qu’il y ait cet aspect technologique qui parfois, personnellement, me rebute. Des récits bouleversants abolissant les différences, des histoires de respects et de tolérance face à l’étranger. A noter en fin de recueil un intéressant entretien avec l’auteure . Une bien belle découverte avec L’opéra de Shaya.

Nadar - Alexander Dumas père (1802-1870)Si tu aimes les enquêtes et les fins tristes, je connais un bouquin pour toi.
Voilà : deux gugusses au passé bizarre font tout pour gagner un peu de fric grâce à la presse.
Ils sont tellement impertinents et hors normes, qu’ils y arrivent parce qu’ils râlent haut et fort.
Leur histoire devient une saga, ils dérangent le pouvoir.
Il y a des personnages absurdes, d’autres plus marrons, des benêts, des salauds aussi, des miséreux, des étrangers, des scandaleux, des proches du pouvoir.
C’est presque une histoire de mafieux, c’est même une histoire vraie, dont tout le monde connaît les protagonistes, oui, toi, tu les connais.
Ce bouquin parle d’indépendance, de communistes, d’anars, d’écolos et d’avocat soit-disant dessinateur.
Il y a un sergent-chef qui se fait enculer, des pétoires, une boîte d’édition qui s’appelle Kalachnikov.
On y trouve tout ce qui fait l’aventure humaine, du pognon, des héritiers, des jeunes, des vieux, un patron de radio.
On se retrouve dans fenêtre sur cour, on découvre des trucs qu’ont croyait acquis.
Si tu veux de la guerre d’Indochine ou d’Irak, y’en a. Du coup, il y a des larmes aussi.
On y apprend qu’un jour, en France, un huissier a voulu embarquer un homme endormi !
Cette réalité te fout les poils, il y a du verbe et de la godriole.
Et puis il y a la vie, des gens qui se foutent du pognon, de la gloire et de la retraite.
Des mecs bonheur, ne lachant rien, luisant la fraternité.
Voilà, c’est l’histoire de mecs qui ne calculent pas.
Pour être bête et méchant, ça finit triste.
Ça s’appelle Mohicans et c’est l’histoire de Cavanna et Choron jusqu’au Charlie Hebdo d’aujourd’hui.
Tu vois, tu la connaissais c’t’histoire.

mohicans

Post scriptum : Ajout de l’auteur

VieEntiere_couvUne vie entière c’est celle d’Andréas Egger, un homme ordinaire dont la vie débute dans le malheur. L’histoire d’un homme simple lié inexorablement aux montagnes, aux éléments.
Témoin de l’avancée du modernisme quand les promoteurs alléchés par le goût du retour au source des vacanciers vont commencer à ravager les paysages. Sous l’oeil d’Andréas la montagne et les années passeront laissant leur empreinte tandis qu’il s’interrogera parfois avec étonnement mais toujours bonté sur la course des hommes. Lui, qui sa vie entière sera quasiment resté au même endroit. Il découvre l’amour et les caresses, lui l’enfant qui n’a jamais connu la tendresse d’une mère ou d’une famille.
Robert Seethaler nous emmène loin avec ce roman, et surtout profondément dans le cœur d’Andréas, sa sagesse innée. Un récit de paysages, de curiosité, de malheur et de joie, un récit lumineux d’émotions qu’on lit d’une traite, savourant chaque phrases.
Je suis infiniment reconnaissante envers ma libraire qui m’a permis de le lire dans le cadre du club des lecteurs de la librairie. Impossible d’oublier les sentiments qui m’ont assaillie et le bonheur de découvrir cette Vie entière.
Vous devinez ? Je vous le conseille plutôt deux fois qu’une, d’autant plus en cette période de fin d’année.
Ci-dessous quelques extraits ( cliquer sur les photos pour les agrandir )

Roman traduit de l’allemand ( Autriche ) par Élisabeth Landes.

VieEntiere_1VieEntiere_2VieEntiere_3

 

 

 

 

 

 

NousAllonsTsTb_Daryl_Gregory_PàLBibOn le sait, la psychothérapie est une aide précieuse pour ceux qui ont vécu des traumatismes pour dans un premier temps peut-être accepter et digérer l’indicible. Poser des mots sur le vécu n’est pas chose facile, encore plus quand les écoutants restent réservés quant à la crédibilité de l’aveu, la confession, les faits. Dans Nous allons tous très bien, merci Daryl Gregory réunit cinq personnes ayant subies des choses tellement effroyables, tellement difficiles sur le plan physique que Jan la psychothérapeute du groupe les laisse tout d’abord se raconter, enfin, tout au moins au début surtout Stan survivant d’une famille cannibale. Ce sont des rescapés, deux femmes et trois hommes…rescapés de la folie, de l’horreur. Bien que parfois, exaspérés, fatigués et crevants de trouille, ils poursuivent la psychothérapie et viennent alors peu à peu les interrogations : Que me reste-t-il maintenant ? Pourquoi cela m’est-il arrivé ? L’auteur utilise le Nous, de cinq ils deviennent donc un groupe, une entité.
C’est un court roman ( ce qu’on appelle une novella ) teinté de fantastique, plein d’empathie et de très, très bonnes surprises.
Je le conseille chaudement. J’avais déjà été emballée par L’éducation de Stony Mayhall du même auteur chez le même éditeur, Le Bélial.
En fin du livre, vous trouverez une chouette et intéressante interview de l’auteur …à ne surtout pas lire avant l’histoire !
Couverture d’Aurélien Police – Traduction de Laurent Philibert-Caillat.
Disponible également en format numérique ( sans DRM ).

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VL_HugoVientDeMourir_Perrichon_6_1122 mai 1885, Victor Hugo meurt après plusieurs jours d’agonie.
Judith Perrignon nous propose à travers ce roman de partager l’émoi collectif qu’a été celui des français à l’annonce de la perte prochaine de l’un de ses représentants les plus chéri du peuple.
C’est un roman documenté dans un style net et fluide qui a su me bousculer par sa simplicité et l’honnêteté de son récit.
Il est passionnant de voir comment la presse suit son agonie, comment le défilé des notables et grandes figures confisquent aux pauvres, aux misérables, aux ouvriers, ceux qui triment et courbent l’échine la possibilité de lui rendre un dernier hommage dans la sincérité de leurs convictions …drapeaux, place dans le cortège, slogans.
Affligeant, néanmoins fort peu surprenant finalement de constater comment le gouvernement va infiltrer les anarchistes, comment même certain zélé espère le débordement, quitte à en rajouter dans l’imagination de leur compte-rendu …tout est bon pour créer un climat de de peur.
L’intelligence de l’auteure est d’user du présent et de faire intervenir toute une galerie de personnages qu’ils soient intimes,amis,sa fille internée que personne n’a pris la peine de prévenir, ses petits-enfants traînant leur chagrin, journalistes, politiques et le peuple.
Et puis, évidemment il y a le clergé, offusqué, a qui le Panthéon est repris.
Ce mode de narration, d’un témoin à l’autre donne un bel aperçu de la tension et de l’émotion qui ont secoué la France et surtout, l’ébullition du monde ouvrier, de tous ces miséreux, leur chagrin et quelque part leur dégoût devant les décisions du pouvoir les privant d’aller se recueillir sur la tombe d’ Hugo. Un pouvoir politique qui s’approprie l’homme tout en lui faisant un hommage national.
J’ai appris pas mal de faits en lisant Victor Hugo vient de mourir. Je ne peux pas dire que j »en suis sortie indemne, loin de là…secouée, écoeurée par les répétitions à travers l’Histoire, oui celle-ci avec un H.
Beau roman paru chez L’iconoclaste, et encore une fois merci à la bibliothèque qui met tant de culture à disposition de ses usagers.
Deux extraits ci-dessous.

ExtraitHugoExtrait_Hugo2

lesnuitsdelaitue_VL_6_11Certains parmi vous le savent, je suis un rat de bibliothèque, d’ailleurs je participe au cercle des lecteurs et c’est dans ce cadre que j’ai eu le grand bonheur de lire Les nuits de laitue de Vanessa Barbara. Je tais le pourquoi du titre, c’est une belle surprise.
Le roman débute avec le décès inattendu d’Ada laissant démuni son mari Otto. Ada et Otto forment un couple attachant, l’humeur joyeuse d’Ada y participant de bien des manières.
Au fil des pages, Vanessa Barbara dévoile la vie de ce petit quartier aux maisons quasi collées les unes aux autres et des personnages hauts en couleurs avec qui j’en suis certaine vous passerez des moments formidables. Il y a Nico, apprenti pharmacien qui ne résiste pas à la lecture des notices des médicaments s’étonnant des effets indésirables, les citant même de mémoire. Il y a Anibal, le facteur qui distribue le courrier au petit bonheur la chance, un brin désorganisé et plein d’insouciance. Il y a Iolanda adepte de tout ce qui touche au mysticisme, Monsieur Tanigushi atteint de la maladie d’Alzheimer et d’autres encore. Tant de personnages attachants et surprenants qui donne à ce roman sa fraîcheur et sa gaieté malgré la solitude et le désarroi dans lequel la mort d’Ada plonge Otto lui-même amateur de roman policier. Et justement, c’est avec brio que l’auteur parvient à emporter le récit vers une révélation inattendue.
Un beau roman, plein d’humour, et d’amour, qui fait un souvenir de lecture plein de douceur et d’originalité dont je suis sortie réjouie et émue.

Les nuits de laitue de Vanessa Barbara est une publication Zulma.

PromeneurdAlep_Niroz_Malek-VL_6__11Le promeneur d’Alep c’est l’auteur choisissant sa ville qui, à travers quelques récits comme autant de fenêtres ouvertes sur le quotidien témoigne de l’absurdité et de la tragédie des conflits. Ce sont les barrages et les bombardements, des squares vides d’enfants et de rire, le sentiment de perte qui brouille l’instant présent devenu quasi fantômatique. C’est aussi se retrouver au café comme lutter pour conserver l’insouciance alors que les ombres circulent et qu’il faudra faire bien des détours sinueux pour rentrer chez soi sans avoir à affronter de barrages. C’est la nudité d’un enfant en pleine rue qui n’étonne plus.
C’est un récit comme autant de vignettes, de dessins crayonnés avec leurs ombres qu’il faut lire comme il vient avec le choc des émotions, le cœur et les dents serrés.
Un beau livre assurément servi par la traduction de Fawaz Hussain.

Le promeneur d’Alep est une publication des éditions du Serpent à plumes, existant en format papier et numérique ( sans DRM ).

L'antre du diable - Jacques Fuentealba 
Editions Malpertuis - Février 2014
Ill. de Tim Chiesa
194 pages - 15 €
L'antre du diable - Jacques Fuentealba  Editions Malpertuis - Février 2014 Ill. de Tim Chiesa 194 pages - 15 €

L’antre du diable – Jacques Fuentealba
Editions Malpertuis – Février 2014
Ill. de Tim Chiesa
194 pages – 15 €

L’antre du diable – Jacques Fuentealba

Ce retour de lecture est celui de Simon, 17 ans, l’un de mes fils. Je partage complètement son avis.

Ce livre de Jacques Fuentealba présente de nombreux intérêts à être lu.
En premier lieu, son style d’écriture très oralisé absorbe le lecteur et le rend très difficile à quitter.
En second lieu, ses références mythologiques sont très précises et montrées de manière inattendue. Il en va de même pour le protagoniste principal, Michael Finnegan, qui bien que croyant et ayant vu des preuves de l’existence de dieu n’est pas en extase mais plutôt cynique.
Ce décalage durant toute la lecture apporte sa dose d’humour et parvient ainsi, une fois de plus, à captiver le lecteur
Ce décalage et par ailleurs intéressant de par le fait qu’il permet de s’éloigner d’un énième roman apocalyptique stéréotypé, ici il nous surprend par son originalité, or quel est le but d’un livre si ce n’est de nous surprendre ?
L’antre du diable réussit ainsi à remplir son rôle de livre en nous offrant une vision apocalyptique burlesque mais pas dénuée d’intérêts par son originalité.