CeuxQuiRestent_couv

Et il n’a pas laissé un mot,

Il n’a appelé personne à l’aide,

Il s’est tué, le soir du 26 avril, dans la maison de son enfance, là où ses parents le trouveraient,

Point.

Ce sont les pensées de Vincent Côté sur le suicide incompréhensible de son fils Sylvain, jeune père de Stéphane et époux de Mélanie à qui pourtant tout semblait réussir. Il est parti sans un mot. Quittant sa maîtresse Charlène, une barmaid possédant un sens pourtant inné des gens, sachant écouter.

Sa mère Muguette sombre peu à peu dans la démence, et son mari Vincent s’en veut de ne pas avoir su la voir perdre pieds tant il était lui-même tiraillé,

Mélanie devient une mère étouffante, cloisonnant son fils et interdisant à quiconque de révéler à Stéphane comment est mort son père.

Comment dire à propos de ce livre tous les enseignements et la richesse humaine qui en font une œuvre inoubliable ? Car chacun des personnages progresse à travers son propre vécu, chacun évolue de façon bien différente, Vincent construisant un chalet dans les bois pour s’y isoler la plupart du temps, Charlène discutant avec Sylvain en pensées, lui racontant tant et tant et le houspillant.

L’auteur a écrit ici une fresque familiale prenant parfois des détours surprenants mais toujours en finesse sachant manier et mêler chagrin, peur, et humour avec un talent adorable.

Un suicide, voilà un sujet qui divise : est-ce une lâcheté ? Un acte de bravoure? Un moment d’aspiration au fond d’un trou ? Même lorsqu’un mot est écrit un suicide reste souvent une incompréhension pour ceux qui restent. On cherche des coupables ou on se vautre dans la mélancolie et la culpabilité. Ici, Sylvain ne donne ni signes ni inquiétudes.

Un magnifique roman de Marie Laberge que j’ai eu le bonheur de découvrir grâce à une masse critique Babelio et la bonté des éditions Stock. Grand, grand merci à eux.

neigesEternel

Dans ce Japon féodal revisité par l’auteure cinq personnages vivent leurs histoires tour à tour pour se mêler et révéler le destin d’une famille de seigneur riche tombant lentement dans l’oubli. Un fantôme qui tour à tour émeut et inquiète. Des histoires de courage, de bonté, d’amour et de fidélité. Un très doux et imaginatif premier roman. Une histoire loin d’être rose, mais peut-être parce que la neige est toujours là dans ces récits croisés, il reste un ton lumineux et des personnages attachants, singuliers dont l’auteure a su avec douceur nous faire suivre leurs chemins.

J’espère retrouver cette auteure dans de futurs ouvrages.

La superbe couverture est de JungShan Chang

LesInsoumises_Celia_LeviUn roman épistolaire à deux voix celle de Renée et Louise, deux grandes amies. La première part en Italie poursuivre des études artistiques, un peu floues par ailleurs. La seconde Louise se radicalise très fortement, s’agrippant à son rêve de justice. Les Insoumises se lit comme on se souvient de sa propre adolescence, de cette impression que le monde nous appartenait avec des dents de lions et la ténacité des jeunes adultes.C’est plein de fougue, de désillusions Touchant, et émouvant, une bouffée de nostalgie tout cela raconté par la plume élégante, et délicate de l’auteure, Célia Levi.

Faites un tour chez Tristram

LaFacture_Jonas_KARLSONImaginez qu’un matin en relevant votre courrier vous recevez une facture de 600 000 euros ? C’est exactement ce qu’il se passe pour notre pauvre héros. Interloqué, il ne connaît pas le sigle utilisé sur ce courrier qui lui paraît cependant très officiel et il s’en va à son boulot à mi-temps dans un magasin de locations de vidéos. Ça le turlupine…sans doute s’agit il d’un attrape nigaud ou une erreur, usurpation d’identité peut-être ? Notre personnage n’a pourtant rien de particulier vivant modestement, n’ayant pas de famille, un copain très pingre et ce job. Non décidément ça ne peut pas être une vraie facture et même s’il y avait une erreur dans le montant…ça serait tout de même énorme.
Bien sûr lorsqu’on ne règle pas une facture dans les délais, les majorations tombent. Notre héros va appeler au numéro indiqué sur celle-ci et passer des heures en attente ( ça aussi on connaît ). Sa correspondante essaye tant bien que mal de lui faire comprendre que l’information est passée sur toutes les ondes, qu’il y a eu des spots télévisés, des affiches et que donc franchement sur quelle planète vit-il donc pour ne pas être au courant de cet impôt sur le bonheur ?!
Il est fauché, personne ne peut le dépanner d’une telle somme, il va tenter de négocier à la baisse cet impôt.
Je ne vais pas divulgâcher les péripéties que va vivre ce personnage.
Ce roman, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, est relaxant et drôle. Au delà ce cette histoire rigolote, se profile une critique de la société et une belle philosophie de vie. Un roman détente attachant que je vous recommande pour garder le sourire.

NoviceUne enfant d’une dizaine d’année amnésique quasiment morte. Mais est-elle celle qu’elle semble être ?

Roman métis, mi-thriller mi-fantastique à travers lequel sont passés au crible racisme, intolérance, sexualité et rivalités mesquines qui en découlent. Assez envoûtant pour être plaisant malgré certaines longueurs qui auraient à mon avis pu être évitées. Néanmoins, un récit bien structuré dont le dénouement et le sens ne laisseront sans doute personne insensible.

Un mythe revisité.

StonyMayhall_lecture_23_09_15Gros, gros coup de coeur personnel pour ce roman dans lequel Daryl Gregory, l’auteur, parvient à parler de morts-vivants sans jamais que l’histoire ne tourne au gore. Un roman d’initiation pour le jeune Stony recueilli, choyé et soutenu perpétuellement par sa famille adoptive. Une histoire sensible et humaine, parce que Stony est toujours entre deux mondes, maltraité souvent, fiché, catalogué, emprisonné mais terriblement vivant malgré tout. Stony vous épatera, il est surprenant. Je n’ai pas vu le temps passer durant cette lecture à l’écriture intelligente et sensible. C’est juste, simplement, merveilleux !

NuitsDeReykjavik_Indridason_ArnaldurÇa pourrait s’appeler Les rondes d’Erlendur.

Quel plaisir de suivre Erlendur dans sa première enquête alors qu’il porte encore l’uniforme. On y retrouve Erlendur taciturne certes, mais obstiné, et intègre. On le suit dans les rues de Reykjavik les parcourant d’un oeil averti : les clochards, les accidents, les rixes dues à l’alcool ou à la drogue et dans tout cela, la découverte du corps d’un vagabond qui va le hanter et lui faire suivre bien des chemins. Arlnardur Indridason semble de mieux en mieux maîtriser et son personnage et son style. Un pur bonheur de lecture que cette enquête menée avec justesse et soin.

UnPiedAuParadis_Ron_RashUn roman noir et rural, âpre et déchirant. Des terres vouées à la disparition, la dureté des éléments, les secrets, des désirs, des tromperies, un corps qu’on ne trouve pas…tout cela est relaté dans ce cours roman sous la plume pleine de soin et d’attention de l’auteur. Un véritable coup de coeur, un roman à lire pour qui ne craint pas la noirceur.

Cependant, il y a dans tout cela beaucoup, beaucoup d’humanité. Vous en serez pris aux tripes.

OpéraDeShaya_S_Laine_MCDans ces textes réunis ici sous le nom de la première nouvelle composant ce recueil, Sylvie Lainé nous emmène à la rencontre d’autres univers , d’autres entités. Il y est surtout question de ces relations qui se nouent au delà de l’aspect, et de symbioses. Ce sont des textes façonnés de poésie, de la science fiction certes mais sans qu’il y ait cet aspect technologique qui parfois, personnellement, me rebute. Des récits bouleversants abolissant les différences, des histoires de respects et de tolérance face à l’étranger. A noter en fin de recueil un intéressant entretien avec l’auteure . Une bien belle découverte avec L’opéra de Shaya.

Nadar - Alexander Dumas père (1802-1870)Si tu aimes les enquêtes et les fins tristes, je connais un bouquin pour toi.
Voilà : deux gugusses au passé bizarre font tout pour gagner un peu de fric grâce à la presse.
Ils sont tellement impertinents et hors normes, qu’ils y arrivent parce qu’ils râlent haut et fort.
Leur histoire devient une saga, ils dérangent le pouvoir.
Il y a des personnages absurdes, d’autres plus marrons, des benêts, des salauds aussi, des miséreux, des étrangers, des scandaleux, des proches du pouvoir.
C’est presque une histoire de mafieux, c’est même une histoire vraie, dont tout le monde connaît les protagonistes, oui, toi, tu les connais.
Ce bouquin parle d’indépendance, de communistes, d’anars, d’écolos et d’avocat soit-disant dessinateur.
Il y a un sergent-chef qui se fait enculer, des pétoires, une boîte d’édition qui s’appelle Kalachnikov.
On y trouve tout ce qui fait l’aventure humaine, du pognon, des héritiers, des jeunes, des vieux, un patron de radio.
On se retrouve dans fenêtre sur cour, on découvre des trucs qu’ont croyait acquis.
Si tu veux de la guerre d’Indochine ou d’Irak, y’en a. Du coup, il y a des larmes aussi.
On y apprend qu’un jour, en France, un huissier a voulu embarquer un homme endormi !
Cette réalité te fout les poils, il y a du verbe et de la godriole.
Et puis il y a la vie, des gens qui se foutent du pognon, de la gloire et de la retraite.
Des mecs bonheur, ne lachant rien, luisant la fraternité.
Voilà, c’est l’histoire de mecs qui ne calculent pas.
Pour être bête et méchant, ça finit triste.
Ça s’appelle Mohicans et c’est l’histoire de Cavanna et Choron jusqu’au Charlie Hebdo d’aujourd’hui.
Tu vois, tu la connaissais c’t’histoire.

mohicans

Post scriptum : Ajout de l’auteur

VieEntiere_couvUne vie entière c’est celle d’Andréas Egger, un homme ordinaire dont la vie débute dans le malheur. L’histoire d’un homme simple lié inexorablement aux montagnes, aux éléments.
Témoin de l’avancée du modernisme quand les promoteurs alléchés par le goût du retour au source des vacanciers vont commencer à ravager les paysages. Sous l’oeil d’Andréas la montagne et les années passeront laissant leur empreinte tandis qu’il s’interrogera parfois avec étonnement mais toujours bonté sur la course des hommes. Lui, qui sa vie entière sera quasiment resté au même endroit. Il découvre l’amour et les caresses, lui l’enfant qui n’a jamais connu la tendresse d’une mère ou d’une famille.
Robert Seethaler nous emmène loin avec ce roman, et surtout profondément dans le cœur d’Andréas, sa sagesse innée. Un récit de paysages, de curiosité, de malheur et de joie, un récit lumineux d’émotions qu’on lit d’une traite, savourant chaque phrases.
Je suis infiniment reconnaissante envers ma libraire qui m’a permis de le lire dans le cadre du club des lecteurs de la librairie. Impossible d’oublier les sentiments qui m’ont assaillie et le bonheur de découvrir cette Vie entière.
Vous devinez ? Je vous le conseille plutôt deux fois qu’une, d’autant plus en cette période de fin d’année.
Ci-dessous quelques extraits ( cliquer sur les photos pour les agrandir )

Roman traduit de l’allemand ( Autriche ) par Élisabeth Landes.

VieEntiere_1VieEntiere_2VieEntiere_3

 

 

 

 

 

 

NousAllonsTsTb_Daryl_Gregory_PàLBibOn le sait, la psychothérapie est une aide précieuse pour ceux qui ont vécu des traumatismes pour dans un premier temps peut-être accepter et digérer l’indicible. Poser des mots sur le vécu n’est pas chose facile, encore plus quand les écoutants restent réservés quant à la crédibilité de l’aveu, la confession, les faits. Dans Nous allons tous très bien, merci Daryl Gregory réunit cinq personnes ayant subies des choses tellement effroyables, tellement difficiles sur le plan physique que Jan la psychothérapeute du groupe les laisse tout d’abord se raconter, enfin, tout au moins au début surtout Stan survivant d’une famille cannibale. Ce sont des rescapés, deux femmes et trois hommes…rescapés de la folie, de l’horreur. Bien que parfois, exaspérés, fatigués et crevants de trouille, ils poursuivent la psychothérapie et viennent alors peu à peu les interrogations : Que me reste-t-il maintenant ? Pourquoi cela m’est-il arrivé ? L’auteur utilise le Nous, de cinq ils deviennent donc un groupe, une entité.
C’est un court roman ( ce qu’on appelle une novella ) teinté de fantastique, plein d’empathie et de très, très bonnes surprises.
Je le conseille chaudement. J’avais déjà été emballée par L’éducation de Stony Mayhall du même auteur chez le même éditeur, Le Bélial.
En fin du livre, vous trouverez une chouette et intéressante interview de l’auteur …à ne surtout pas lire avant l’histoire !
Couverture d’Aurélien Police – Traduction de Laurent Philibert-Caillat.
Disponible également en format numérique ( sans DRM ).

Cliquez le titre pour aller sur l’article

VL_HugoVientDeMourir_Perrichon_6_1122 mai 1885, Victor Hugo meurt après plusieurs jours d’agonie.
Judith Perrignon nous propose à travers ce roman de partager l’émoi collectif qu’a été celui des français à l’annonce de la perte prochaine de l’un de ses représentants les plus chéri du peuple.
C’est un roman documenté dans un style net et fluide qui a su me bousculer par sa simplicité et l’honnêteté de son récit.
Il est passionnant de voir comment la presse suit son agonie, comment le défilé des notables et grandes figures confisquent aux pauvres, aux misérables, aux ouvriers, ceux qui triment et courbent l’échine la possibilité de lui rendre un dernier hommage dans la sincérité de leurs convictions …drapeaux, place dans le cortège, slogans.
Affligeant, néanmoins fort peu surprenant finalement de constater comment le gouvernement va infiltrer les anarchistes, comment même certain zélé espère le débordement, quitte à en rajouter dans l’imagination de leur compte-rendu …tout est bon pour créer un climat de de peur.
L’intelligence de l’auteure est d’user du présent et de faire intervenir toute une galerie de personnages qu’ils soient intimes,amis,sa fille internée que personne n’a pris la peine de prévenir, ses petits-enfants traînant leur chagrin, journalistes, politiques et le peuple.
Et puis, évidemment il y a le clergé, offusqué, a qui le Panthéon est repris.
Ce mode de narration, d’un témoin à l’autre donne un bel aperçu de la tension et de l’émotion qui ont secoué la France et surtout, l’ébullition du monde ouvrier, de tous ces miséreux, leur chagrin et quelque part leur dégoût devant les décisions du pouvoir les privant d’aller se recueillir sur la tombe d’ Hugo. Un pouvoir politique qui s’approprie l’homme tout en lui faisant un hommage national.
J’ai appris pas mal de faits en lisant Victor Hugo vient de mourir. Je ne peux pas dire que j »en suis sortie indemne, loin de là…secouée, écoeurée par les répétitions à travers l’Histoire, oui celle-ci avec un H.
Beau roman paru chez L’iconoclaste, et encore une fois merci à la bibliothèque qui met tant de culture à disposition de ses usagers.
Deux extraits ci-dessous.

ExtraitHugoExtrait_Hugo2

lesnuitsdelaitue_VL_6_11Certains parmi vous le savent, je suis un rat de bibliothèque, d’ailleurs je participe au cercle des lecteurs et c’est dans ce cadre que j’ai eu le grand bonheur de lire Les nuits de laitue de Vanessa Barbara. Je tais le pourquoi du titre, c’est une belle surprise.
Le roman débute avec le décès inattendu d’Ada laissant démuni son mari Otto. Ada et Otto forment un couple attachant, l’humeur joyeuse d’Ada y participant de bien des manières.
Au fil des pages, Vanessa Barbara dévoile la vie de ce petit quartier aux maisons quasi collées les unes aux autres et des personnages hauts en couleurs avec qui j’en suis certaine vous passerez des moments formidables. Il y a Nico, apprenti pharmacien qui ne résiste pas à la lecture des notices des médicaments s’étonnant des effets indésirables, les citant même de mémoire. Il y a Anibal, le facteur qui distribue le courrier au petit bonheur la chance, un brin désorganisé et plein d’insouciance. Il y a Iolanda adepte de tout ce qui touche au mysticisme, Monsieur Tanigushi atteint de la maladie d’Alzheimer et d’autres encore. Tant de personnages attachants et surprenants qui donne à ce roman sa fraîcheur et sa gaieté malgré la solitude et le désarroi dans lequel la mort d’Ada plonge Otto lui-même amateur de roman policier. Et justement, c’est avec brio que l’auteur parvient à emporter le récit vers une révélation inattendue.
Un beau roman, plein d’humour, et d’amour, qui fait un souvenir de lecture plein de douceur et d’originalité dont je suis sortie réjouie et émue.

Les nuits de laitue de Vanessa Barbara est une publication Zulma.

PromeneurdAlep_Niroz_Malek-VL_6__11Le promeneur d’Alep c’est l’auteur choisissant sa ville qui, à travers quelques récits comme autant de fenêtres ouvertes sur le quotidien témoigne de l’absurdité et de la tragédie des conflits. Ce sont les barrages et les bombardements, des squares vides d’enfants et de rire, le sentiment de perte qui brouille l’instant présent devenu quasi fantômatique. C’est aussi se retrouver au café comme lutter pour conserver l’insouciance alors que les ombres circulent et qu’il faudra faire bien des détours sinueux pour rentrer chez soi sans avoir à affronter de barrages. C’est la nudité d’un enfant en pleine rue qui n’étonne plus.
C’est un récit comme autant de vignettes, de dessins crayonnés avec leurs ombres qu’il faut lire comme il vient avec le choc des émotions, le cœur et les dents serrés.
Un beau livre assurément servi par la traduction de Fawaz Hussain.

Le promeneur d’Alep est une publication des éditions du Serpent à plumes, existant en format papier et numérique ( sans DRM ).

L'antre du diable - Jacques Fuentealba 
Editions Malpertuis - Février 2014
Ill. de Tim Chiesa
194 pages - 15 €
L'antre du diable - Jacques Fuentealba  Editions Malpertuis - Février 2014 Ill. de Tim Chiesa 194 pages - 15 €

L’antre du diable – Jacques Fuentealba
Editions Malpertuis – Février 2014
Ill. de Tim Chiesa
194 pages – 15 €

L’antre du diable – Jacques Fuentealba

Ce retour de lecture est celui de Simon, 17 ans, l’un de mes fils. Je partage complètement son avis.

Ce livre de Jacques Fuentealba présente de nombreux intérêts à être lu.
En premier lieu, son style d’écriture très oralisé absorbe le lecteur et le rend très difficile à quitter.
En second lieu, ses références mythologiques sont très précises et montrées de manière inattendue. Il en va de même pour le protagoniste principal, Michael Finnegan, qui bien que croyant et ayant vu des preuves de l’existence de dieu n’est pas en extase mais plutôt cynique.
Ce décalage durant toute la lecture apporte sa dose d’humour et parvient ainsi, une fois de plus, à captiver le lecteur
Ce décalage et par ailleurs intéressant de par le fait qu’il permet de s’éloigner d’un énième roman apocalyptique stéréotypé, ici il nous surprend par son originalité, or quel est le but d’un livre si ce n’est de nous surprendre ?
L’antre du diable réussit ainsi à remplir son rôle de livre en nous offrant une vision apocalyptique burlesque mais pas dénuée d’intérêts par son originalité.

traverséeducontinent

traverséeducontinentLa Traversée du continent – Michel Tremblay

 

« J’voulais juste faire un courant d’air. Y fait trop chaud, ici-dedans. »

Résignée, Rhéauna revient à sa place.
Une chose insolite se produit alors. Aussitôt que Régina s’installe au banc du piano, avant même qu’elle ne soulève le couvercle qui protège le clavier, un changement notable s’opère chez elle, quelque chose de subtil et de radical qui se perçoit même si Réhauna ne la voit que de dos. Ses gestes deviennent plus coulants, sa main caresse le bois verni, son corps, de raide qu’il était, prend une étrange molesse, et c’est avec une fébrilité très palpable qu’elle ouvre le cahier de musique qui se trouve devant elle. Elle le lisse lui aussi du plat de la main, mais son mouvement est beaucoup plus doux que lorsqu’elle chassait les miettes inexistantes de sa longue jupe, un peu plus tôt.
Elle se tourne vers sa nièce.
« C’est du Shubert. Connais-tu ça, Shubert ? »
Elle prononce le nom à l’anglaise, en faisant sonner le t de la fin, comme si monsieur Shubert en question, dont Réhauna n’a d’ailleurs jamais entendu parler, était un compositeur américain. Ou un de ses amis de Regina qui se consacrerait à la musique à temps perdu.
Le visage de la vieille dame est transformé. Ce même monsieur Shubert est donc une sorte de dieu qu’elle vénère sans condition ? Réhauna a vu ce visage-là chez les quelques dévotes de Maria que Joséphine appelle les grenouilles de bénitier et qui sont transfigurées au moment de la sainte communion ou devant un sermon particulièrement virulent de leur gros curé. Sa tante Régina va-t-elle lui jouer de la musique d’église ? Au piano plutôt qu’à l’orgue ? Réhauna se carre dans son sofa . Après tout, mieux vaut de la musique d’église, même au piano, que ce silence insupportable qui pesait sur elles jusque-là.
Les minutes qui suivent sont d’une telle beauté que Réhauna reste rivée à son siège. Elle n’a jamais entendu un piano de sa vie, elle ne connaît rien à la musique – à part le petit orgue de l’église, il y a bien monsieur Fredette, à Maria, le violoneux de service qui sévit à tous les anniversaires et à tous les mariages, mais son instrument griche trop pour qu’on puisse appeler ça de la vraie musique et monsieur Fredette lui-même sent trop fort pour qu’on s’attarde à l’écouter de trop près -, mais ce que les doigts de sa grand-tante Régina produisent au contact des touches blanches et noires du clavier, ce bonheur presque insoutenable dont elle ne soupçonnait pas l’existence, cette force irrésistible qui la brasse tout en la caressant, la transporte de bonheur, elle qui pensait à se sauver en courant de cette maudite maison quelques minutes plus tôt tant elle était découragée. Qui aurait cru qu’autant de beauté se cachait chez la tante Régina, le paquet de nerfs que toute la famille redoute, la colérique qui n’accepte aucune contrariété, cette personne menue et de toute évidence fragile qui ignore tout des enfants ; qu’elle possédait l’un des plus grands secrets de l’univers ? Et qu’elle le garde caché ici, entre quatre murs, alors qu’elle devrait le partager avec tout le monde parce ue tout le monde en a besoin pour survivre ?
C’est donc ça la musique ? Ça peut être autre chose que les fausses notes de sœur Marie-Marthe, le dimanche matin, et le grincement insupportable de l’instrument de monsieur Fredette ? C’est donc vrai que ça peut être beau ?
Ça commence en douceur, on dirait une berceuse murmurée par une grand-mère qu’on adore, on dirait surtout qu’on connaît cet air-là depuis toujours – il semble familier dès la première fois u’on l’entend-, mais aussitôt que la musique est imprimée dans le cerveau et qu’on est convaincu qu’on ne pourra plus jamais s’en débarasser, au moment où on commencerait à souhaiter que ça reste comme ça, sans variantes, parce que c’est parfait, ça change de rythme, tout à coup, ça se développe, ça monte et ça descend comme quand on rit, ça gronde, aussi, ça menace et ça tire les larmes parce qu’un grand malheur se cache là-dedans autant qu’une immense joie, puis, tout aussi soudainement, ça redevient mélancolique et le si bel air du début fait un retour en force, plus magnifique que jamais dans sa grande retenue. C’est ça qu’on veut conserver, d’ailleurs, c’est ça qu’on veut transporter pour le reste de sa vie, ce petit air tout simple du début et de la fin qui va pouvoir vous soulager dans les moments difficiles de l’existence et décorer les moments de bonheur d’un ravissement de plus. Ça se termine pas, non plus, on dirait plutôt que ça s’efface, que ça s’estompe, jusqu’à ce qu’on ne l’entende plus. Ça continue, il faut que ça continue, ça ne peut pas s’arrêter, mais on ne l’entend plus, c’est tout. Les mains ne se promènent plus sur le clavier, aucune vibration ne surgit de l’instrument, et cependant ça se perpétue dans le silence qui succède.
Ça a duré combien de temps, cinq minutes, vingt ? Réhauna ne saurait le dire, tout ce qu’elle sait c’est qu’elle voudrait que ça ne s’arrête jamais. C’est ça, l’éternité.

1erjour-PB-31

Neil Jomunsi #ProjetBradbury : nouvelle 31 à 40

1erjour-PB-31Premier jour , nouvelle 31 :

Katherine est aux anges. Au terme d’une carrière politique exemplaire, elle vient enfin de réaliser son rêve : devenir Présidente des États-Unis d’Amérique. L’investiture se déroule selon le protocole et la nouvelle femme la plus puissante de la planète prend bientôt possession du Bureau ovale. Un militaire frappe alors à la porte. Sa mission : dévoiler à la Présidente les secrets les mieux gardés de l’État. Autant dire que Katherine n’est pas au bout de ses surprises.

On se demande souvent quels sont les secrets d’état, parce qu’on est pas dupe il y en a forcément. Avec Premier jour les révélations vont crescendo. Katherine a bossé dur pour être élue pourtant rien ni personne n’aurait pu la préparer à ce que, ahurie, elle découvre sous le regard plutôt amusé du chef des armées. C’est une amusante et divertissante nouvelle et Neil Jomunsi y a inséré des clins-d’oeil savoureux. L’usage possible des clones m’a franchement bien fait rigoler.

Un extrait pour la bonne bouche comme on dit :

Il n’avait droit de savourer ce tour de manège qu’une fois tous les quatre ans, moins lorsque le Président était réélu : il distillait donc ses révélations avec gourmandise de l’ascète visitant sa première usine de chocolat.

Lire le billet de l’auteur à son sujet.
Nano-PB-32Nano, nouvelle 32 :

Zack Fleischer est un journaliste high-tech qui a traversé les époques et les innovations jusqu’à devenir la référence mondiale en matière de critique technologique. Mais les temps ont changé, et ses rêves d’enfant ne se sont jamais réalisés : au lieu des robots qu’il imaginait, le futur a préféré se doter de nano-machines qui répondent désormais à tous les besoins des êtres humains. La lassitude aidant, le journaliste décide de prendre quelques jours de repos.

Je l’ai déjà dit après avoir lu Hacker, un monde voué à n’être plus que technologies me fait peur, et ce n’est rien de le dire, alors évidemment cette nouvelle, Nano,m’a encore plus alarmée. On peut me faire lire des trucs avec des hectolitres de sang, des meurtres monstrueux ça ne me fera pas autant palpiter de trouille que de lire ou visionner des œuvres projetant le monde vers ce modernisme affolant. Bon, bien sûr y a de bonnes intentions parfois. Bref !
Zack je ne l’aime pas : il fait la pluie et le beau temps dans les médias, il est orgueilleux et même sa vieillesse ne me rend pas plus indulgente à son encontre. Pour tout vous dire c’est limite si j’ai pas pensé : «  bien fait pour lui ».
Nano…c’est humour et ironie avec une bonne pincée de noirceur humaine.

Citation :
On avait beau inventer toutes sortes de choses, on n’avait pas encore trouvé le moyen de ne pas déféquer au moins une fois par jour. L’ironie de la nécessité ne manquait jamais d’amuser le journaliste.

L’article de blog
l'oeildesmorts-PB-33L’oeil des morts, nouvelle 33 :

La Nouvelle-Orléans est une ville envoûtante, dans tous les sens du terme : outre ses fantaisies architecturales, ses carnavals morbides et ses marais dont l’odeur imprègne les murs comme les hommes, elle abrite des secrets dont des mortels ne devraient jamais se mêler. Fraîchement débarqué pour un séjour touristique, un écrivain fait la connaissance d’un garçon étrange. Leur parcours suivra celui de l’ouragan Katrina et les mènera sur les traces de ceux qui attendent dans la terre des marais.

Le personnage principal est La Nouvelle-Orléans, ville dont l’odeur saisit et pénètre le narrateur. Nous cheminons à ses côtés. La Nouvelle-Orléans semble isolée, comme à part de tout. Bien sûr il y a eu Katrina et bien sûr les vestiges sont toujours présents. Pourra-t-elle un jour se relever complètement d’un tel drame ? Et puis, il y a Napoléon, ce jeune guide marqué par la tragédie auquel le lecteur attache également ses pas.
C’est une nouvelle empreinte de lenteur à l’image de la moiteur de la cité, l’impression d’être suspendue entre passé et présent. Il y a cette émanation puissante et envoûtante d’un héritage qui pousse et tire, murmure et gronde quelque part.
J’écris cet article de blog en relisant ces nouvelles et je m’aperçois que je les redécouvre sous un autre jour, le temps a filé et L’oeil des morts me touche encore bien plus aujourd’hui qu’à sa sortie.

Citation :
Cette pestilence me pénétrait corps et âme et me tordait le ventre, tant de douleur que de tristesse.

Présentation de la nouvelle par l’auteur
cartepostale-PB-34Carte postale, nouvelle 34 :

Après avoir expérimenté avec succès sur un vieux chimpanzé, Pierre et Marie sont sur le point de faire une découverte scientifique majeure : grâce à un composé de son invention, le scientifique, aidé par son épouse, va interrompre ses battements cardiaques pendant quelques minutes. Quand il reviendra d’entre les morts, il pourra enfin raconter au monde ce qui se cache derrière le voile. Mais l’expérience ne se déroule pas comme prévu.

Un sujet classique pour cette nouvelle. Carte postale est bien menée et écrite aucun doute là-dessus mais elle n’entre pas dans mes coups de cœur pour le Projet Bradbury.

Le billet
spot-PB-35Spot, nouvelle 35 :

Lizzie Carvalho aimerait bien se sortir de la spirale infernale dont elle est prisonnière : après les échecs de ces dernières années, l’ancienne détective privée émérite a touché le fond, tant d’un point de professionnel que personnel. Mais une nouvelle affaire frappe à sa porte, lui donnant ainsi une chance de rebondir : il s’agira d’enquêter dans l’univers des publicités holographiques. Et on ne peut pas dire que ça l’enchante.

Absolument loufoque, complètement jubilatoire cette nouvelle ! Un mélange de Roger Rabbit, Thursday Next et Où est Charly ce qui vous avouerez n’est pas rien. Ça galope de partout, c’est foisonnant, vous l’aurez compris Spot m’a enchantée. Si comme moi, vous lisez ce Projet Bradbury dans l’ordre de parution de ses nouvelles, vous verrez que Spot est en quelque sorte une bouffée d’oxygène. Ceci dit, j’espère bien que les publicités ne nous envahirons jamais à ce point, ce que nous «  subissons » est bien assez , même si je reconnais à certains publicistes en grand talent. Et puis, Spot ressemble tellement à une enquête à «  l’ancienne ». Une belle réussite, un chouette divertissement.

L’article de blog
lejourdugrandorage-PB-36Le jour du grand orage, nouvelle 36 :

Cela fait si longtemps que je regarde la pluie tomber que je ne me souviens plus du jour où je me suis arrêtée ici. Il faisait si sombre, si noir, et j’ai eu si peur quand je suis arrivée que j’aurais voulu crier de toutes mes forces. Mais la rivière a apaisé mes craintes et, maintenant, je regarde les étoiles en attendant qu’elles descendent. La nuit, je me souviens du jour du grand orage.

Neil Jomunsi a raison, il est impossible de parler de cette nouvelle sans prendre le risque d’en dévoiler trop. Je me limite donc à signaler sa finesse d’écriture, la richesse des descriptions, tous ces mots et phrases comme une danse des voiles révélant peu à peu l’histoire.
Une nouvelle qui m’a considérablement émue. J’admire cette prouesse narrative.
Sur le blog
surlaroute-PB-37Sur la route, nouvelle 37 :

D’aussi loin qu’Aaron puisse se souvenir, il s’est toujours trouvé dans la file d’attente. Inlassablement, la procession franchit plaines et déserts, montagnes et vallées, s’étendant sur des milliers de kilomètres depuis si longtemps que plus personne ne sait vraiment pourquoi il fait la queue. Dans une quête de sens obscurcie par l’absurde qui rôde, les hommes naissant, vivent et meurent en file indienne… mais pour quelle raison ?

Malgré l’élégance de l’écriture, la sensibilité qui en jaillit quasiment à chaque phrases, Sur la route est pour moi trop inerte, une ligne droite sans issue juste ce point à l’horizon à chaque jour renouvelé. Peut-être aussi parce qu’en la relisant le sentiment qui m’avait saisit à la gorge m’a repris plus violemment encore : le non-sens, le néant, l’absurdité …la sueur froide tout simplement. La vie se résumant à une quête sans issue, ça fait peur.

Le billet

zombeek-PB-38Zombeek, nouvelle 38 :

On devrait interdire aux enfants de lire de la science-fiction : ça ne fait que leur attirer des ennuis. Voyez Rick, par exemple : un jeune homme plutôt sympa de prime abord, mais qui dissimule son sadisme derrière un doctorat de biologie moléculaire. Même chose pour Monster, pour qui les cartes Magic sont plus qu’une passion, carrément un sacerdoce. Moi, je compte les points et j’attends que les morts se relèvent, là, dans le garage où nous faisons nos expériences.
Retour à l’humour dans cette nouvelle et quel humour ! Présenter la lecture comme un énorme danger potentiel, fallait oser le faire d’autant plus lorsqu’il s’agit de Science-Fiction. Lire Neil Jomunsi expliquer la grossetêtification des mômes a été un vrai régal. Un rendu très visuel tout au long de Zombeek . J’ai revu les parties endiablées de mes fils à Magic, d’ailleurs ils n’ont pas cessé d’y jouer…serait-il temps que je m’en inquiète ? Ici, pas de cabane au fond du jardin, non, un garage et en route pour les expériences les plus follesdingues.

Pensez-bien que le môme a trouvé un moyen de se farcir la tête de conneries pour pas un rond et qu’il compte bien exploiter le filon jusqu’à la fin des temps. Toutes les bibliothèques, même les plus minables, ont un rayon «  Science-Fiction ». Contre son pouvoir d’attraction, votre autorité est impuissante.

L’article
panoptikon-PB-39Panoptikon, nouvelle 39 :

Jacob n’est pas un prisonnier comme les autres : pour une raison qu’il ignore, le pénitencier dans lequel il est enfermé est vide. À chaque fois qu’il s’endort, une assiette l’attend devant les barreaux à son réveil. Malgré les apparences, quelqu’un le surveille donc en silence.

Il faut avouer que l’incarcération, ou plus généralement, la notion de punition carcérale sont un sujet qui revient fréquemment. Les sociétés y compris les plus «  modernes » en débattent, que ça soit en nombre d’années, ou de milieu. Punir, soit, mais cela a un coût bien réel. Avec Panoptikon Neil Jomunsi planche aussi sur ce sujet.
Panoptikon est glaçante, attendez-vous à une sacrée descente.

Le billet de l’auteur

ghostwriter-PB-40Ghostwriter, nouvelle 40 :

Quand Katherine, sa mère et ses deux soeurs arrivent au bal que donne le jeune lord Huntchington dans le petit village de Langdon Shores, Angleterre, elles sont émerveillées : il faut dire qu’à la campagne, les occasions de se divertir se font rares. Mais alors que l’orchestre entame un quadrille endiablé et que les pieds des danseurs claquent sur le parquet ciré, Katherine ressent une gêne : la scène ne serait-elle pas un peu trop « cliché » ?

Quand l’un des personnages a des velléités littéraires et contredit l’auteur, ça bougonne, ça réagit vivement et surtout ça fait rire les spectateurs ! Voilà, Ghostwriter pour moi ça été une pièce de théâtre bien plus encore qu’une salle de bal. On ne s’étonnera pas que j’ai subitement eu l’envie irrésistible de relire L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde. Quand l’auteur se prend une bonne leçon s’est amusant, d’autant que certains le mériteraient amplement parfois.
Un bien bel hommage en tout cas.

Sur le blog ActuaLitté
Arrivée ici, je peux confirmer encore une fois que ma décision de soutenir et suivre semaines après semaines le Projet Bradbury et son auteur, Neil Jomunsi est une très bonne chose ; non seulement par l’éventail de lectures proposé mais aussi par le cheminement créatif de l’auteur et les réflexions qu’il mène depuis le début, ces réflexions qui ouvrent sur l’échange et la diversité. C est intéressant, riche, et essentiellement humain et dénué d’artifices. Ici, je crois que ce que j’apprécie le plus c’est la sincérité qui émane de toute cette charge créative. Il ne cherche pas à appâter pour vendre un produit, non, Neil nous fait la conversation tout au long de chemin. Chaque semaine apporte sa surprise. Parlant de ça, je peux dores et déjà vous dire que la nouvelle #42 vaut le détour. Jamais je n’avais eu l’occasion de lire une histoire rendue dans ce style. Une vraie prouesse, un truc de fou !

Comme toujours, ces nouvelles peuvent être achetées à l’unité, ou en intégrale, la troisième venant d’être publiée et sont disponibles chez Amazon, Kobo, Youscribe, Apple et Smashwords. Et vous pouvez aussi souscrire au Projet Bradbury.

Comme d’habitude d’autres retours de lectures chez Deuzeffe  et Deidre

Les couvertures toutes plus belles les unes que les autres sont de Roxane Lecomte

Je renouvelle mon MERCI à Neil ! merci et BRAVO !

James.G.Ballard

 

James.G.BallardQue notre règne arrive – J.G. Ballard

 

 » – Et le cycle se répète. » Je m’adossai, conscient du souffle brûlant de Maxted dans l’atmosphère. » D’autres attaques racistes et incendies, d’autres hôtels pour immigrants brûlés de fond en comble. Alors comme ça, les gens de la voie rapide en ont assez de mâchouiller des brindilles. Une question se pose, quand même. Qui organise des crises de folie ?

– Personne. C’est ce qui fait la beauté de la chose.La psychopathie élective attend en nous, prête à surgir dès que le besoin s’en fait sentir. Il s’agit d’un comportement de primate dans ce qu’il y a de plus extrême. Les chasses aux sorcières, les autodafés, les bûchers d’hérétiques, le tisonnier brûlant enfoncé dans le fondement de l’ennemi, les gibets à l’horizon. La folie choisie peut infecter une résidence ou une nation entières.

– L’Allemagne des années 30 ?

– Très bon exemple. Même de nos ours, on s’imagine que les chefs nazis ont entraîné le peuple allemand dans les horreurs d’une guerre raciste. C’est ridicule. Les allemands étaient prêts à tout pour s’évader de leur prison. La défaite, l’inflation, les réparations de guerre grotesques, la menace des barbares orientaux. Devenir fous leur redonnait la liberté, alors ils ont choisi Hitler pour mener la chasse. Voilà pourquoi ils sont restés unis jusqu’au bout. Ils avaient besoin d’adorer un dieu psychopathe, ils ont recruté un M.Personne, et ils l’ont hissé sur l’autel le plus élevé. Les grandes religions font ça depuis des millénaires.

– Des états de folie élective ? Le christianisme ? L’islam ?

– De vastes systèmes d’illusion psychopathe qui ont tué des millions de gens, déchaîné des croisades et fondé des empires. Grande religion égal danger. De nos jours les gens sont prêts à tout pour croire, mais ils n’atteignent Dieu qu’à travers la psychopathie. Regardez les endroits du monde les plus religieux – le Moyen Orient et les Etats Unis. Ce sont des sociétés malades, dont l’état va empirant. Les gens ne sont jamais plus dangereux que quand ils ne peuvent plus croire d’en Dieu.

– Mais en quoi d’autre peut on croire ?  » J’attendis une réponse, pendant que le psychiatre regardait le MétroCentre par la fenêtre panoramique. Mon hôte avait les poings crispés en l’air comme s’il cherchait à stabiliser le monde qui l’entourait.  » Docteur Maxted ?

– En rien. Hormis la folie. » Après s’être ressaisi, il se retourna vers moi.  » Les gens ont l’impression que l’irrationnel est fiable. Qu’il offre la seule garantie de liberté face à l’hypocrisie, aux salades, à la pub dont les abreuvent politiciens, évêques et universitaires. Alors ils redeviennent volontairement primitifs. Ils sont en quête de magie et de déraison, parce qu’elles se sont révélées bien utiles par le passé et qu’elles leur serviront peut-être à nouveau. Ils ont envie d’entrer dans un nouvel Age Noir. Les lumières sont là, mais elles s’éloignent dans la nuit intérieure, la superstition et la déraison. L’avenir verra entrer en compétition les grandes psychopathies, toutes délibérées, toutes issues d’une tentative désespérée d’échapper au monde rationnel et à l’ennui du consumérisme.

– Le consumérisme mènerait à la pathologie sociale ? C’est difficile à croire.

– Il lui ouvre le chemin. La moitié des produits qu’on achète de nos jours n’est guère constituée que de jouets pour adultes.Le danger, c’est que le consumérisme a besoin de quelque chose de très proche du fascisme pour continuer sa croissance. (…)

– Mais pas de bottes cavalières, fis-je remarquer. Ni de Führer fulminant.

– Pas encore. De toute manière, ils appartiennent à la politique de rue. Nos rues à nous sont les chaînes du câble. Nos insignes du parti, nos cartes de fidélité or et platine. Ça vous paraît un peu ridicule ? D’accord, mais tout le monde trouvait les nazis vaguement marrants. La société de consommation est une sorte d’Etat policier mou.On croit avoir le choix, mais tout est coercitif.Si on n’achète pas encore et toujours, on est mauvais citoyen. Le consumérisme crée d’énormes besoins inconscients, que seul le fascisme peut satisfaire. En fait, le fascisme est la forme que prend le consumérisme quand il opte pour la folie élective. »

traduit de l’anglais par M.Charrier

moi,peterpan

moi,peterpanMoi, Peter Pan de Michael Roch

 « Ici, les enfants perdus chassent les bêtes sauvages, les bêtes sauvages font peur aux indiens, les indiens s’en prennent aux pirates et les pirates poursuivent les enfants perdus. 

À quoi ça sert de danser, d’aimer, et de se plaindre, de voler, d’avoir peur, ou de rire, de se battre, de dormir, de crier, de faire la fête ou d’être libre, si c’est pour se mordre la queue ? Moi, Peter Pan, je me joue de tout ça. »

Qui ne se souvient pas de Peter Pan et des enfants perdus ? Wendy, le Capitaine Crochet et le terrible crocodile ?

couv1PeterJ’avoue que je ne m’attendais pas à ce type de texte, parce que, oui, ce fut une très bonne surprise de trouver dans ce récit tant d’intensité et de poésie. C’est un beau tour que m’a joué Michael Roch m’invitant à travers des images oniriques et des réflexions quasi philosophiques à suivre ses personnages dont bien sur Peter Pan. Un Peter Pan qui a changé, et n’est pas prêt à céder ni faire de concession, parce qu’il n’est pas «  linéaire » comme il le dit lui-même lors d’un face à face avec Crochet. Les dialogues sont truculents, les épithètes réjouissants, certaines situations cocasses, notamment celle avec Crème brûlée évoquant la relation amoureuse et sa « rivale » Wendy.

Une nuit, elle entre comme une tempête dans la cocabane. Elle arrache ma couverture de jute avant même que j’arrive à transformer mon air triste en joli masque-sourire. Elle me couv2Peterregarde avec les yeux plissés d’un chat sauvage, elle bande son corps comme la corde d’un arc prêt à décocher et elle m’envoie à la figure une salve de mots dont l’ordre et le sens se perdent dans la cahute. Je ne comprends pas tout.(…)Elle me parle de sirènes qui t’embrassent pour un oui ou pour un non, de Wendy qui est toujours là, dans ma bouche, mais qui ne reviendra pas, de tout un tas de trucs à propos du cœur et des aiguilles qui le picotent et des bonds qu’il fait à l’improviste et des fêlures qui le brisent et des vagues de chaleur qui enflent et qui refluent et des cicatrices qui ne se referment pas avant longtemps. 

En fait notre Peter est adepte de la simplicité, c’est ainsi que je le ressens pour ma part. Cette simplicité n’est pas dénuée de bon sens, au contraire.

Je ne sais pas s’il faut être sérieux quand on parle du cœur, et de tout ça, autour. Tout ça devrait être aussi léger qu’une fleur d’automne ou la plume d’un urubu. Elle me répond que si, c’est sérieux : il y a, depuis quelques semaines, comme un voile épais entre nous et de lourdes ténèbres se sont abattues sur son être. Elle affirme que tout ça, ça ne veut rien dire et tout dire à la fois. 

Couv3PeterJ’ai été touchée par ce récit empli de simplicité, et de générosité. Je retournerai bien dans ce pays pour moi aussi emménager dans une cocabane loin de tous les discours qui nous emmêlent les pinceaux, et nous font sombrer dans des nœuds de non-sens et de ridicules saccageant notre légèreté et notre insouciance, nous réduisant à sans cesse nous questionner là où il n’y a qu’évidence. Pourtant on a tous nos bestioles qui nous chatouillent le bidon ; et il n’y a qu’une bonne étoile par personne.

Un grand merci à Michael pour ce magnifique récit dont j’attends les prochains épisodes avec bonheur et tendresse. Oui, bon, j’ai le droit de dire que j’ai ressenti un gros élan de tendresse pour ce texte sans paraître mièvre ou fleur bleue tout de même ! Et puis, flûte je revendique toutes les émotions qui m’ont remuée, et qui ont chahuté mes poux et autres bestioles intérieures. Et ça fait du bien et j’en redemande. 

N’hésitez pas à aller lire le premier chapitre si vous avez encore des doutes ( Gné ? ). Il est en lecture libre et gratuite sur Youscribe.

Ce livre est bien sûr sans DRM et sous licence Créative Commons. Disponible au prix tout doux de 99 cts chez Amazon,  Kobo  et Nook  et bien sûr Youscribe.

Enfin, suivez l’actualité de l’auteur, Michael Roch via son blog , ou sur twitter : @MchlRoch