Il y a en France des auteurs super talentueux, en polar entre autres. Et Marin Ledun fait partie de ceux que je suis avec assiduité comme par exemple Pascal Dessaint ou Laurence Biberfeld Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’ils sont au plus près des préoccupations de notre société, de ses espoirs comme ses désespoirs, qu’ils revendiquent haut et fort l’écologie , et l’humanité. Ce sont des auteurs sincères.Ce sont des auteurs qui vous poussent à penser.

Marin Ledun est un de ceux-là. Dans ce roman Emilie va séquestrer l’homme qui fut responsable 5 ans plus tôt de son amputation de la jambe. Pour celà, elle va le surveiller, longtemps pour finir par l’aguicher un soir de 14 juillet. Elle l’enferme dans le chenil où elle bosse, parce que son patron est absent. Voilà le scénario de départ. Ce roman est très psychologique. Il y a évidemment des moments de violences mais ce n’est pas ce qui marque le lecteur. Ce qui marque c’est le rapport qui s’établit entre geôlière et détenu. C’est un huis-clos haletant. Marin Ledun sait prendre les détours finement nous permettant d’entrer dans ces personnalités paraissant complexes et finalement si proches de nous.

Encore un bel exploit de cet auteur français à suivre.

tous les livres sur Babelio.com

J’ai eu le plaisir de lire ce roman suite à une proposition de Masse critique privilégiée de Babelio. J’ai accepté parce qu’il traite d’un sujet qui m’intéresse et parce qu’il raconte l’histoire une jeune adolescente de quatorze ans, Ginny Moon.

Je ne suis pas très adepte de citer la quatrième de couverture, je mets plutôt en avant mon ressenti personnel. De plus, dans ce cas précis, je trouve que cette quatrième de couverture ne sert pas très bien ce récit très émouvant. Il faut avouer que, je n’aurais pas su la formuler car ça doit être un exercice très difficile de réduire ce livre à quelques lignes sans en dévoiler trop sur l’histoire de cette jeune ado autiste.

Car oui, de l’intrigue il y en a. Ginny Moon aura eu bien du mal à se faire enfin comprendre, elle doit retrouver sa Poupée.

Cette histoire commence alors que Ginny Moon a été adoptée par sa «  famille pour toujours » c’est ainsi que sa psychologue lui a demandé de nommer la maison bleue où elle vit désormais. Le couple qui l’a recueillie après avoir cru longtemps ne pas pouvoir concevoir d’enfants ont finalement une petite fille. Afin d’habituer Ginny à sa venue prochaine ils lui ont offert une poupée qui pleure et réclame à boire et des câlins. La maman va devenir quasiment folle lorsque la poupée étant dérêglée, Ginny ne sachant plus que faire, l’enferme dans une valise. Ce n’est que le début d’un long processus d’apprentissage, pour les parents-pour-toujours et pour Ginny.

L’auteur, Benjamin Ludwig a su intelligemment et avec force sensibilité nous placer au coeur des pensées confuses, agitées et paniquées de la petite Ginny. Sans doute parce que lui-même a adopté une enfant autiste.

La mère biologique de Ginny est une folle-dingue, qui a laissé son ex faire sa loi. Ginny n’était en sécurité que lorsque sa tante Cristal avec un C restait à ses côtés avec elle et sa poupée Kristal avec un K.

Ce fut une lecture troublante et bien triste. Ginny fait tout pour communiquer du mieux qu’elle le peut mais encore faudrait il que quelqu’un sache interpréter ses paroles. On ne peut pas poser plusieurs questions à la fois à Ginny. Elle se cache la bouche derrière ses mains lorsqu’elle veut absolument éviter de dévoiler un secret. Et de secrets il en est bien question ici.

Ginny Moon est une gamine épatante et obstinée, qui mérite tant de respect et d’admiration. Elle qui vit dans son monde intérieur avec des contraintes tout autour d’elle va mettre tout en œuvre pour tenter de s’enfuir, elle qui pourtant a trouvé un foyer aimant. Pourquoi vouloir à ce point s’enfuir pour rejoindre cette mère auprès de qui elle a manqué mourir ? A vous de suivre son aventure et de vous attacher à cette jeune ado. Elle le mérite grandement et celui-qui nous raconte son histoire utilise ce qu’il faut comme images et mots pour vous plonger dans ce que peuvent sentir ces personnes atteintes d’autisme.

Encore merci à Babelio et aux éditions HarperCollins.

Lorsque j’ai reçu cette proposition de lecture dans le cadre d’une masse critique privilégiée  je suis évidemment allée prendre connaissance de son sujet. Truman Capote est une personnalité qui m’intrigue depuis longtemps et je ne connaissais pas du tout ces fameux cygnes dont il est question dans ce roman. J’ai accepté tout en redoutant légèrement qu’il ne soit sujet que de potins ou de haute société, bref un côté glamour qui je l’avoue n’est pas trop ma tasse de thé.

Je vous le dis tout de suite, j’ai vraiment apprécié Les Cygnes de la Cinquième avenue de Mélanie Benjamin. Voilà, c’est dit. Maintenant je vais vous dire pourquoi

Son premier point est la qualité de son écriture, aisance et fluidité sont de beaux atouts pour que le lecteur entre pleinement dans le récit. D’emblée ce fut mon cas. Les phrases sont limpides, les personnages décrits avec beaucoup d’empathie ainsi que cette haute société des années 1950. Les flashs des photographes, les soirées mondaines tout est éclairé. C’est lors d’une de ces soirées que Truman Capote sera accepté dans le groupe de femmes nommées Les cygnes dont la plus renommée et respectée pour ses goûts est Babe Paley. Entre ces deux là va se nouer une amitié et dès lors Truman sera de toutes les soirées, introduit auprès de personnes les plus affluentes de l’époque, même les hommes ne le rejetteront plus dès lors qu’étant homosexuel il ne représente aucun péril entre eux et leurs épouses. Truman Capote écrivain est très extraverti, dans ce roman on l’imagine parfois comme un vrai gamin, sautillant partout, s’exclamant souvent devant tant de beauté, peut-être est-ce là le seul vrai bémol à mon enthousiasme, c’est parfois agaçant.

En fait le thème n’est pas passionnant en lui-même, on pourrait dire splendeur et décadence de l’amitié et la confiance. Il s’agit de trahison, celle d’un Truman Capote aux aboies après l’immense succès de De sang froid, le premier roman de non fiction.

Ce qui est troublant dans cette amitié forte développée entre Babe et lui c’est que j’ai cru que vraiment il ne pourrait pas lui faire le moindre affront, qu’il ne pouvait pas la blesser tant elle s’était dévoilée à lui dans son plus intime, elle la femme / épouse / icône de haute société. Des épouses vieillissantes qui font tout pour garder la tête haute, leurs longs cous de cygnes blancs maintenus fièrement. Babe derrière tout ce verni social, celle qui ne se dévoile même pas à son mari avant d’avoir passé de longs moments devant son miroir : le teint doit être impeccable, le maquillage discret et sans vulgarité, la taille fine, les vêtements du plus haut goût. Une vie bien triste malgré les achats, la mise en vitrine dans les plus grands restaurants pour que celui-ci s’assure sa renommée. Ne jamais faillir en sortant de n’importe quel endroit, toujours dignité, sourire afin d’être lumineuse sous n’importe quel flash photographique. Pas de vie intime pour ces cygnes y compris lorsqu’elles sont entre elles puisque on ne sait jamais ce qui pourrait en être déduit. Et c’est ici que Truman Capote fera le plus grand mal, les confidences faites, notre auteur en mal d’écriture va publier certaines choses privées bien évidemment en changeant les noms mais cela paraîtra dans le journal et ces femmes s’y reconnaissent y compris Babe, frappée à l’âme.

Peut-on en vouloir à un auteur de nourrir ses récits de ce qu’il entend et de ce à quoi il assiste ?

Comment a-t-il pu trahir sans même se rendre compte de la déception pour Babe ? Comment surtout n’a t-il pas compris leurs réactions ? Un enfant naïf pensant que tout est excusable.

J’avoue que grâce à ce nouvel éclairage je suis allée directement dans ma bibliothèque relire Prières exaucées.

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour ce beau roman qui je l’espère rencontrera son lectorat.

BloodFamily_VL_8_07_16Le petit Eddy a sept ans lorsqu’il va sortir de l’enfer qu’il a vécu, reclus avec sa mère sous la coupe de Bryce Harris. Il va être confié à une famille d’accueil d’urgence le temps que les services sociaux évaluent son état psychologique. Sa mère n’a pas cette chance, devenue folle et sans plus aucun repère affectif, elle est internée. Bizarrement malgré l’isolement et le fait de n’avoir pas été scolarisé le petit Eddy s’avère posséder une forme de connaissance surprenante pour son âge. Qui est donc ce Monsieur Perkins à qui il fait référence ?

Son état de santé et psychologique étant bon, l’enquête étant close Eddy est confié à une famille adoptante Natasha et Nicholas qui ont déjà adopté auparavant une fille. Cette famille va connaître quelques déboires avant que finalement Eddy n’y fasse réellement son nid, travaillant correctement à l’école. Tout ira bien jusqu’au jour funeste d’une sortie scolaire, jour ou Eddy sera confronté à son reflet qui n’est autre que celui de Bryce, l’homme de la terreur, l’ogre. Tout dérape alors pour ce jeune ado qui dérivera vers l’auto-destruction à travers l’alcoolisme.
C’est avec brio qu’Anne Fine traite ici un fait que l’on pourrait lire dans les journaux, ce long cortège de misère,de peur, de violence que l’on découvre avec stupeur et écoeurement.

Un sujet amené sans misérabilisme avec beaucoup de soin porté à l’édification des personnages. La reconstruction d’ Eddy laborieuse et douloureuse trouvera-elle une fin heureuse ?

Un roman intense ! Une splendide réussite.

Roman traduit de l’anglais par Dominique Kugler.

20_07_16

Lorsque Garance se présente chez Marylène et Jean-Michel c’est pour postuler en tant que femme à tout faire, en apparence car en fait nous apprenons très vite qu’elle est à la recherche de sa fille, Sophie, disparue inexplicablement quatre ans auparavant. Sophie aime les cochons, beaucoup et elle travaillait dans l’exploitation d’élevage porcins, consciencieusement, et efficacement comme va l’apprendre Garance en approchant les différents employés de la porcherie : l’idiot, le patron, Bambi l’équarrisseur.

Le couple est arriviste, rien ne semble pouvoir freiner leur appétit d’expansion. Certains employés sont salement immondes.Laurence Biberfeld pénètre cet enfer sans faire de concessions, tout simplement, décrivant les conditions d’enfermement de ces animaux.Les mots sont forts, évocateurs d’autant qu’elle nous fait entrer dans les pensées des cochons, des truies et des petits…forcément ça ne laissera personne indifférent.Ici, nul besoin d’images chocs pour comprendre la peur, la douleur, l’horreur.Les mots suffisent y compris pour sentir toute la puanteur d’un tel endroit. C’est la force l’écriture de l’auteure, son pouvoir.Mais il n’y a pas que les cochons il y a aussi toute cette faune évoluant autour de la porcherie, évidemment cela peut surprendre, des phrases ponctuées de son animal : le chat, le rouge-gorge, le serpent, les rats etc…cette faune, tous ces animaux sont aussi des personnages, de magnifiques personnages s’interrogeant sur l’imbécillité humaine, s’étonnant de l’agitation, des témoins, un peu comme dans les fables et contes de notre enfance. Un tour de force, une idée géniale.

Ce que vit le rouge-gorge c’est aussi des histoires d’amour : amour dévorant et passionnel pour Marylène envers Jean-Mi, amour de Jean-Mi pour Garance, amour de Léo l’idiot envers Sophie et amour sans illusion mais profond entre Garance et Bambi. Ça signifie pas mal de mélo et probablement pas mal d’ennuis pour certaisn-e-s.

La part d’ombre des uns et des autres éclate au grand jour.

Laurence Biberfeld a encore signé là un splendide roman noir atypique comme j’aime. Un roman qui touche au coeur du questionnement social mettant en valeur des marginaux, ou plus précisément ceux que l’on dit être marginaux. J’avoue que c’est important pour moi et que c’est ce qui m’intéresse tant dans les récits de l’auteure. Les éditions Au delà du raisonnable sont à remercier d’avoir le courage de publier ce type d’histoire. Espérons que les lecteurs seront au rendez-vous même si ce récit est éprouvant il respire néanmoins l’amour et l’humanité.

Vous qui lisez cet article, qui aimez l’écriture et les histoires hors les sentiers battus … Lancez-vous !

1_08_16_LePaysQuiTeRessemble_FabriceColinCela fait un an que la mère de Jude et Lucy, des jumeaux de 15 ans est morte. Noël, le père est complètement perdu, enfermé dans son chagrin, un chagrin que les enfants eux aussi ressentent intensément. Jude se ferme comme une huître tandis que Lucy vaillamment et contre son gré prend en main l’organisation de la maison, un foyer où la famille n’est plus qu’apparence. Mais voilà que Maryline, la grand-mère maternelle lance un grand projet. Pour ces premières vacances d’été après le décès c’est décidé, ils partiront tous les quatre en voyage en camping-car.

Le père l’ignore mais il s’agit pour ses enfants de trouver leur mère biologique Aussi, avec les noms que leur mère a confiés à Maryline, vont ils sillonner les routes d’Italie, d’Angleterre, de Belgique et d’autres encore .

Bien sûr ce roman «  jeunesse » est axé sur le deuil, bien sûr certains passages sont tristes néanmoins le personnage de Maryline est tellement amusant et « cash » que le tout passe très bien d’autant qu’en chemin la petite équipée va s’agrandir d’une chienne patapouf nommée Simone. C’est un roman douceur et drôle, plein de tendresse et d’humanisme, de rebondissements et de situations burlesques. Les révélations se font par petites touches. L’envie de renoncer est parfois forte, le sentiment de futilité de cette recherche s’immisçant dans le coeur de l’un ou de l’autre.

J’ai été ravie de découvrir cette histoire, touchante et amusante avec ces jolies descriptions de pays que je ne connais pas.

L’exploration du rayon jeunesse de la bibliothèque municipale ne fait que commencer !

MmPasMorte_Langaney_VL_6_5_16Elle s’appelle « Minette » Galandeau et c’est un sacré numéro. Dès les premières lignes de ce roman d’Anouk Langaney j’ai compris que je le lirai d’une traite. Minette travaille du bocal, atteinte d’alzheimer ,le hic c’est qu’elle a de nombreux secrets à garder, genre beaucoup, beaucoup d’argent dissimulé. Lorsqu’ on est atteint de cette maladie sournoise un code c’est vachement difficile à retenir …est-ce bien sérieux de se balader avec un papier sur lequel il est inscrit ? Surtout quand un neveu rapplique, tombé du ciel. Méfiante la Galandeau , sur la défensive…d’autant qu’elle s’est déjà fait avoir par un soi-disant vendeur de salle-de-bain.

Ce livre est un polar ficelé aux petits oignons avec un personnage principal hyper attachant. Ce que j’ai pu rire à sa lecture tout en entendant parfois une petite voix intérieure me glisser à l’oreille « te rends-tu comptes que tu ris d’une pauvre vieille femme touchée par une maladie incurable ? »

L’humour, un magnifique humour noir et grinçant. Un style et une intrigue qui foncent comme un bolide. Un bijou de lecture que vous devriez absolument mettre dans votre pile à lire estivale. Bons moments garantis.

Pour le plaisir, une mise en bouche.

C’est ça qu’il faut que je note m’a dit Granger. « Les noms, les dates, les menus évènements ». Un aide-mémoire. « Ne le voyez pas comme une prothèse c’est plutôt un stimulant », il a dit.

Je m’appelle Gisèle Léonce Mathurine Teillard, épouse Galandeau. Je suis née à Melun, le 6 janvier 1920.

Ce mardi 24 octobre, j’ai pris conscience que j’étais vieille, seule, impuissante, et j’ai voulu mourir. Un con de médecin m’a sauvé la vie et conduite aux urgences. J’ai quitté l’hôpital le jeudi 9 novembre.

Nous sommes le vendredi 10 novembre. Je suis atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Voilà pour les noms, les dates, et les menus évènements.

C’est fou ce que je me sens stimulée.

 

CeuxQuiRestent_couv

Et il n’a pas laissé un mot,

Il n’a appelé personne à l’aide,

Il s’est tué, le soir du 26 avril, dans la maison de son enfance, là où ses parents le trouveraient,

Point.

Ce sont les pensées de Vincent Côté sur le suicide incompréhensible de son fils Sylvain, jeune père de Stéphane et époux de Mélanie à qui pourtant tout semblait réussir. Il est parti sans un mot. Quittant sa maîtresse Charlène, une barmaid possédant un sens pourtant inné des gens, sachant écouter.

Sa mère Muguette sombre peu à peu dans la démence, et son mari Vincent s’en veut de ne pas avoir su la voir perdre pieds tant il était lui-même tiraillé,

Mélanie devient une mère étouffante, cloisonnant son fils et interdisant à quiconque de révéler à Stéphane comment est mort son père.

Comment dire à propos de ce livre tous les enseignements et la richesse humaine qui en font une œuvre inoubliable ? Car chacun des personnages progresse à travers son propre vécu, chacun évolue de façon bien différente, Vincent construisant un chalet dans les bois pour s’y isoler la plupart du temps, Charlène discutant avec Sylvain en pensées, lui racontant tant et tant et le houspillant.

L’auteur a écrit ici une fresque familiale prenant parfois des détours surprenants mais toujours en finesse sachant manier et mêler chagrin, peur, et humour avec un talent adorable.

Un suicide, voilà un sujet qui divise : est-ce une lâcheté ? Un acte de bravoure? Un moment d’aspiration au fond d’un trou ? Même lorsqu’un mot est écrit un suicide reste souvent une incompréhension pour ceux qui restent. On cherche des coupables ou on se vautre dans la mélancolie et la culpabilité. Ici, Sylvain ne donne ni signes ni inquiétudes.

Un magnifique roman de Marie Laberge que j’ai eu le bonheur de découvrir grâce à une masse critique Babelio et la bonté des éditions Stock. Grand, grand merci à eux.

neigesEternel

Dans ce Japon féodal revisité par l’auteure cinq personnages vivent leurs histoires tour à tour pour se mêler et révéler le destin d’une famille de seigneur riche tombant lentement dans l’oubli. Un fantôme qui tour à tour émeut et inquiète. Des histoires de courage, de bonté, d’amour et de fidélité. Un très doux et imaginatif premier roman. Une histoire loin d’être rose, mais peut-être parce que la neige est toujours là dans ces récits croisés, il reste un ton lumineux et des personnages attachants, singuliers dont l’auteure a su avec douceur nous faire suivre leurs chemins.

J’espère retrouver cette auteure dans de futurs ouvrages.

La superbe couverture est de JungShan Chang

LesInsoumises_Celia_LeviUn roman épistolaire à deux voix celle de Renée et Louise, deux grandes amies. La première part en Italie poursuivre des études artistiques, un peu floues par ailleurs. La seconde Louise se radicalise très fortement, s’agrippant à son rêve de justice. Les Insoumises se lit comme on se souvient de sa propre adolescence, de cette impression que le monde nous appartenait avec des dents de lions et la ténacité des jeunes adultes.C’est plein de fougue, de désillusions Touchant, et émouvant, une bouffée de nostalgie tout cela raconté par la plume élégante, et délicate de l’auteure, Célia Levi.

Faites un tour chez Tristram

LaFacture_Jonas_KARLSONImaginez qu’un matin en relevant votre courrier vous recevez une facture de 600 000 euros ? C’est exactement ce qu’il se passe pour notre pauvre héros. Interloqué, il ne connaît pas le sigle utilisé sur ce courrier qui lui paraît cependant très officiel et il s’en va à son boulot à mi-temps dans un magasin de locations de vidéos. Ça le turlupine…sans doute s’agit il d’un attrape nigaud ou une erreur, usurpation d’identité peut-être ? Notre personnage n’a pourtant rien de particulier vivant modestement, n’ayant pas de famille, un copain très pingre et ce job. Non décidément ça ne peut pas être une vraie facture et même s’il y avait une erreur dans le montant…ça serait tout de même énorme.
Bien sûr lorsqu’on ne règle pas une facture dans les délais, les majorations tombent. Notre héros va appeler au numéro indiqué sur celle-ci et passer des heures en attente ( ça aussi on connaît ). Sa correspondante essaye tant bien que mal de lui faire comprendre que l’information est passée sur toutes les ondes, qu’il y a eu des spots télévisés, des affiches et que donc franchement sur quelle planète vit-il donc pour ne pas être au courant de cet impôt sur le bonheur ?!
Il est fauché, personne ne peut le dépanner d’une telle somme, il va tenter de négocier à la baisse cet impôt.
Je ne vais pas divulgâcher les péripéties que va vivre ce personnage.
Ce roman, traduit du suédois par Rémi Cassaigne, est relaxant et drôle. Au delà ce cette histoire rigolote, se profile une critique de la société et une belle philosophie de vie. Un roman détente attachant que je vous recommande pour garder le sourire.

NoviceUne enfant d’une dizaine d’année amnésique quasiment morte. Mais est-elle celle qu’elle semble être ?

Roman métis, mi-thriller mi-fantastique à travers lequel sont passés au crible racisme, intolérance, sexualité et rivalités mesquines qui en découlent. Assez envoûtant pour être plaisant malgré certaines longueurs qui auraient à mon avis pu être évitées. Néanmoins, un récit bien structuré dont le dénouement et le sens ne laisseront sans doute personne insensible.

Un mythe revisité.

StonyMayhall_lecture_23_09_15Gros, gros coup de coeur personnel pour ce roman dans lequel Daryl Gregory, l’auteur, parvient à parler de morts-vivants sans jamais que l’histoire ne tourne au gore. Un roman d’initiation pour le jeune Stony recueilli, choyé et soutenu perpétuellement par sa famille adoptive. Une histoire sensible et humaine, parce que Stony est toujours entre deux mondes, maltraité souvent, fiché, catalogué, emprisonné mais terriblement vivant malgré tout. Stony vous épatera, il est surprenant. Je n’ai pas vu le temps passer durant cette lecture à l’écriture intelligente et sensible. C’est juste, simplement, merveilleux !

NuitsDeReykjavik_Indridason_ArnaldurÇa pourrait s’appeler Les rondes d’Erlendur.

Quel plaisir de suivre Erlendur dans sa première enquête alors qu’il porte encore l’uniforme. On y retrouve Erlendur taciturne certes, mais obstiné, et intègre. On le suit dans les rues de Reykjavik les parcourant d’un oeil averti : les clochards, les accidents, les rixes dues à l’alcool ou à la drogue et dans tout cela, la découverte du corps d’un vagabond qui va le hanter et lui faire suivre bien des chemins. Arlnardur Indridason semble de mieux en mieux maîtriser et son personnage et son style. Un pur bonheur de lecture que cette enquête menée avec justesse et soin.

UnPiedAuParadis_Ron_RashUn roman noir et rural, âpre et déchirant. Des terres vouées à la disparition, la dureté des éléments, les secrets, des désirs, des tromperies, un corps qu’on ne trouve pas…tout cela est relaté dans ce cours roman sous la plume pleine de soin et d’attention de l’auteur. Un véritable coup de coeur, un roman à lire pour qui ne craint pas la noirceur.

Cependant, il y a dans tout cela beaucoup, beaucoup d’humanité. Vous en serez pris aux tripes.

OpéraDeShaya_S_Laine_MCDans ces textes réunis ici sous le nom de la première nouvelle composant ce recueil, Sylvie Lainé nous emmène à la rencontre d’autres univers , d’autres entités. Il y est surtout question de ces relations qui se nouent au delà de l’aspect, et de symbioses. Ce sont des textes façonnés de poésie, de la science fiction certes mais sans qu’il y ait cet aspect technologique qui parfois, personnellement, me rebute. Des récits bouleversants abolissant les différences, des histoires de respects et de tolérance face à l’étranger. A noter en fin de recueil un intéressant entretien avec l’auteure . Une bien belle découverte avec L’opéra de Shaya.

VieEntiere_couvUne vie entière c’est celle d’Andréas Egger, un homme ordinaire dont la vie débute dans le malheur. L’histoire d’un homme simple lié inexorablement aux montagnes, aux éléments.
Témoin de l’avancée du modernisme quand les promoteurs alléchés par le goût du retour au source des vacanciers vont commencer à ravager les paysages. Sous l’oeil d’Andréas la montagne et les années passeront laissant leur empreinte tandis qu’il s’interrogera parfois avec étonnement mais toujours bonté sur la course des hommes. Lui, qui sa vie entière sera quasiment resté au même endroit. Il découvre l’amour et les caresses, lui l’enfant qui n’a jamais connu la tendresse d’une mère ou d’une famille.
Robert Seethaler nous emmène loin avec ce roman, et surtout profondément dans le cœur d’Andréas, sa sagesse innée. Un récit de paysages, de curiosité, de malheur et de joie, un récit lumineux d’émotions qu’on lit d’une traite, savourant chaque phrases.
Je suis infiniment reconnaissante envers ma libraire qui m’a permis de le lire dans le cadre du club des lecteurs de la librairie. Impossible d’oublier les sentiments qui m’ont assaillie et le bonheur de découvrir cette Vie entière.
Vous devinez ? Je vous le conseille plutôt deux fois qu’une, d’autant plus en cette période de fin d’année.
Ci-dessous quelques extraits ( cliquer sur les photos pour les agrandir )

Roman traduit de l’allemand ( Autriche ) par Élisabeth Landes.

VieEntiere_1VieEntiere_2VieEntiere_3

 

 

 

 

 

 

NousAllonsTsTb_Daryl_Gregory_PàLBibOn le sait, la psychothérapie est une aide précieuse pour ceux qui ont vécu des traumatismes pour dans un premier temps peut-être accepter et digérer l’indicible. Poser des mots sur le vécu n’est pas chose facile, encore plus quand les écoutants restent réservés quant à la crédibilité de l’aveu, la confession, les faits. Dans Nous allons tous très bien, merci Daryl Gregory réunit cinq personnes ayant subies des choses tellement effroyables, tellement difficiles sur le plan physique que Jan la psychothérapeute du groupe les laisse tout d’abord se raconter, enfin, tout au moins au début surtout Stan survivant d’une famille cannibale. Ce sont des rescapés, deux femmes et trois hommes…rescapés de la folie, de l’horreur. Bien que parfois, exaspérés, fatigués et crevants de trouille, ils poursuivent la psychothérapie et viennent alors peu à peu les interrogations : Que me reste-t-il maintenant ? Pourquoi cela m’est-il arrivé ? L’auteur utilise le Nous, de cinq ils deviennent donc un groupe, une entité.
C’est un court roman ( ce qu’on appelle une novella ) teinté de fantastique, plein d’empathie et de très, très bonnes surprises.
Je le conseille chaudement. J’avais déjà été emballée par L’éducation de Stony Mayhall du même auteur chez le même éditeur, Le Bélial.
En fin du livre, vous trouverez une chouette et intéressante interview de l’auteur …à ne surtout pas lire avant l’histoire !
Couverture d’Aurélien Police – Traduction de Laurent Philibert-Caillat.
Disponible également en format numérique ( sans DRM ).

Cliquez le titre pour aller sur l’article

VL_HugoVientDeMourir_Perrichon_6_1122 mai 1885, Victor Hugo meurt après plusieurs jours d’agonie.
Judith Perrignon nous propose à travers ce roman de partager l’émoi collectif qu’a été celui des français à l’annonce de la perte prochaine de l’un de ses représentants les plus chéri du peuple.
C’est un roman documenté dans un style net et fluide qui a su me bousculer par sa simplicité et l’honnêteté de son récit.
Il est passionnant de voir comment la presse suit son agonie, comment le défilé des notables et grandes figures confisquent aux pauvres, aux misérables, aux ouvriers, ceux qui triment et courbent l’échine la possibilité de lui rendre un dernier hommage dans la sincérité de leurs convictions …drapeaux, place dans le cortège, slogans.
Affligeant, néanmoins fort peu surprenant finalement de constater comment le gouvernement va infiltrer les anarchistes, comment même certain zélé espère le débordement, quitte à en rajouter dans l’imagination de leur compte-rendu …tout est bon pour créer un climat de de peur.
L’intelligence de l’auteure est d’user du présent et de faire intervenir toute une galerie de personnages qu’ils soient intimes,amis,sa fille internée que personne n’a pris la peine de prévenir, ses petits-enfants traînant leur chagrin, journalistes, politiques et le peuple.
Et puis, évidemment il y a le clergé, offusqué, a qui le Panthéon est repris.
Ce mode de narration, d’un témoin à l’autre donne un bel aperçu de la tension et de l’émotion qui ont secoué la France et surtout, l’ébullition du monde ouvrier, de tous ces miséreux, leur chagrin et quelque part leur dégoût devant les décisions du pouvoir les privant d’aller se recueillir sur la tombe d’ Hugo. Un pouvoir politique qui s’approprie l’homme tout en lui faisant un hommage national.
J’ai appris pas mal de faits en lisant Victor Hugo vient de mourir. Je ne peux pas dire que j »en suis sortie indemne, loin de là…secouée, écoeurée par les répétitions à travers l’Histoire, oui celle-ci avec un H.
Beau roman paru chez L’iconoclaste, et encore une fois merci à la bibliothèque qui met tant de culture à disposition de ses usagers.
Deux extraits ci-dessous.

ExtraitHugoExtrait_Hugo2

lesnuitsdelaitue_VL_6_11Certains parmi vous le savent, je suis un rat de bibliothèque, d’ailleurs je participe au cercle des lecteurs et c’est dans ce cadre que j’ai eu le grand bonheur de lire Les nuits de laitue de Vanessa Barbara. Je tais le pourquoi du titre, c’est une belle surprise.
Le roman débute avec le décès inattendu d’Ada laissant démuni son mari Otto. Ada et Otto forment un couple attachant, l’humeur joyeuse d’Ada y participant de bien des manières.
Au fil des pages, Vanessa Barbara dévoile la vie de ce petit quartier aux maisons quasi collées les unes aux autres et des personnages hauts en couleurs avec qui j’en suis certaine vous passerez des moments formidables. Il y a Nico, apprenti pharmacien qui ne résiste pas à la lecture des notices des médicaments s’étonnant des effets indésirables, les citant même de mémoire. Il y a Anibal, le facteur qui distribue le courrier au petit bonheur la chance, un brin désorganisé et plein d’insouciance. Il y a Iolanda adepte de tout ce qui touche au mysticisme, Monsieur Tanigushi atteint de la maladie d’Alzheimer et d’autres encore. Tant de personnages attachants et surprenants qui donne à ce roman sa fraîcheur et sa gaieté malgré la solitude et le désarroi dans lequel la mort d’Ada plonge Otto lui-même amateur de roman policier. Et justement, c’est avec brio que l’auteur parvient à emporter le récit vers une révélation inattendue.
Un beau roman, plein d’humour, et d’amour, qui fait un souvenir de lecture plein de douceur et d’originalité dont je suis sortie réjouie et émue.

Les nuits de laitue de Vanessa Barbara est une publication Zulma.