Les dames de Paulilles de Nicole Yrle

Editions Cap Bear

Commençons par situer la Baie de Paulilles, toute cette saga familiale s’y déroulant. Nichée entre le Cap Béar et le Cap Oullestrel, la baie de Paulilles se trouve dans les Pyrénées Orientales. C’est à Paulilles que fut créée par Gambetta en 1870  la première dynamiterie Nobel( dynamite et nitroglycérine).

Cette saga familiale racontée par Nicole Yrle est passionnante de part ce pan d’histoire qu’elle nous permet de découvrir et par l’épaisseur donnée aux différents personnages, ici des femmes.

Marine la petite fille, étudiante en archéologie, très attachée à Paulilles parvient peu à peu à travers l’album photo de sa grand-mère Maria à délier les langues et faire resurgir des pans du passé familial imbriqué dans l’Histoire. Les scènes entre la mère, Marion et sa fille sont très touchantes.

L’ usine Nobel, cette dynamiterie qui soutient tout un village, sous le joug parternaliste du patron est le personnage quasi central du roman. Il parait aujourd’hui incroyable que des hommes et des femmes aient pu à ce point risquer leur vie. D’ailleurs l’auteur souligne bien la reconnaissance tardive des risques liés au métier, avec l’introduction des gants par exemple ( grace à l’action d’une section syndicale ), gants que les ouvrières auront bien du mal à utiliser.
L’on suit avec stupeur l’arrivée des annamites escortés par des tirailleurs sénégalais. Annamites dont la traversée est épouvantable et l’accueil tout aussi épouvantable. Parqués et relégués aux travaux les plus dangereux.
Traversant la première guerre mondiale les femmes vont occuper les emplois rendus vacants par le départ à la guerre des époux. L’on suit avec émotion les retours en permission d’Augustin qui lui deviennent de plus en plus insupportable.
Les femmes se serrent les coudes. On traverse toutes les années jusqu’à nos jours avec les transformations du paysage, et des services qui disparaissent comme l’école à laquelle les anciennes étaient si attachée.

Marine, en archéologue, questionne et trouve des réponses qui parfois s’avèrent surprenantes.

J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman: sur la « matière » et la fabrication des munitions, les bassins dans lesquels travaillaient les annamites, l’environnement de cette baie sur la côte vermeille tout cela servi par des images surgies de l’utilisation d’un vocabulaire riche et expressif. Tout est décrit avec finesse, précision sans aucune mièvrerie. Les destins fauchés net par la mort au front ou dans l’usine, les amours, les naissances et la solidarité des ouvriers de l’usine. Tout est intéressant pour un final qui est profondément humain.

J’ose l’avouer sans complexe, j’ai presque été triste de quitter toutes ces femmes et la baie de Paulilles.

Un grand merci Nicole Yrle pour ce beau témoignage, cette superbe histoire de femmes, cette quête du passé pour le réhabiliter

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