Les visages écrasés de Marin Ledun

Paru le 24/03/2011 – 324 p – 18 €
Edition du Seuil

4ème de couverture :« Fascinée, je contemple de nouveau le semi-automatique. L’idée me traverse l’esprit de le retourner contre moi mais, encore une fois, Vincent n’est le problème. Il le sait, je le sais. Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. La tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition, les objectifs inatteignables. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul, mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue. La peur et l’absence de mots pour la dire. Le problème, c’est l’organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi. Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m’a tout raconté. C’est mon métier, je suis médecin du travail. Écouter, ausculter, vacciner, notifier, produire des statistiques. Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le traitement adéquat. »

Ce livre a reçu le « Trophée 813 » de l’année 2011.

Roman noir terriblement suffocant qui à travers Carole Matthieu, médecin du travail, nous plonge dans l’enfer de cette politique du chiffre et de la concurrence. Le style est sec, autant que la souffrance. L’univers professionnel  est dérangeant et inquiétant. Carole Matthieu craque, elle tue Vincent Fournier…son souhait dénoncer et soulager ceux qu’elle voit passer chaque jour dans son bureau. Elle aussi subit cet univers. Les patrons voudraient bien qu’elle se limite aux visites annuelles. Les syndicats quant à eux la trouve dérangeante et n’accepte que difficilement son intrusion au sein du Comité d’hygiène et sécurité et condition de travail ( CHSCT) Elle regarde autour d’elle cette plateforme d’appel téléphoniques et constate les angoisses et pressions quotidiennes, à quoi, à qui sert-elle ? Combien de temps encore les employés vont-ils ployer sous le joug ? Que peut-elle faire ?
Tout au long du roman Carole s’enfonce inexorablement,  oubliant de se nourrir, ne tenant plus qu’à coup d’expédients tels que les médicaments ( tranquillisants, amphétamines etc…) Evidemment la police s’en mêle et cet inspecteur chargé de l’enquête aura bien du mal à déterminer qui est  le réel meurtrier ….le peut-il seulement ?

Roman noir, hélas, d’actualité. Une lecture oppressante. Marin Ledun maîtrise parfaitement son sujet, utilisant un langage choc, des phrases assez courtes, le lecteur prend de plein fouet le résultat du marketing  brutal au sein des entreprises. Evidemment, on pense aux suicides  à France Télécom et dans tant d’autres entreprises. Jusqu’où a-t-on encore le droit de se laisser exploiter et berner ? Combien de temps à supporter l’absurdité de ce mode de fonctionnement ? Comment les syndicats et sur quels points devraient-ils agir pour gagner en efficacité ? Aucune réponse n’est donnée, néanmoins il serait bon de se poser les bonnes questions. Doit-on sacrifier sa vie à un emploi dans ces conditions ?

Oui, ce roman incite à la réflexion, il n’y a pas de doute. Un roman fort et impressionnant.

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3 commentaires

  1. salut Natalia.
    je suis en train de le lire.
    je te dirai ce que j’en pense une fois terminé, j’en suis à la moitié.

    1. Hello toi ! contente de te voir par chez moi. J’attends ton impression alors et te conseille aussi de lire du même auteur chez Ombres noires « Dans le ventre des mères »

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