Christian Bourgois

Une ville du nord de l’Angleterre, peu après Noêl, un homme, Robert est retrouvé mort dans son appartement. Il semble être décédé depuis plusieurs jours. Nous le voyons à travers les yeux des toxicomanes qu’il hébergeait en échange de quelques courses. Ces voix sont présentés tout au long de ce récit depuis la découverte du corps jusqu’à l’enterrement. il y a Danny, Laura, Heather, Ant,Steve, Ben, les chiens Einstein, H et Penny. Tour à tour nous découvrons l’histoire de ces toxicos et celle de Robert, nous apprenons pourquoi il aura fallu si longtemps pour trouver le corps de Robert. Les phrases de ce choeur de Nous sont parfois syncopées comme les crises de manque qui assaillent les personnages.
J’ai beaucoup aimé ce roman certes pas facile à lire  mais qui colle parfaitement aux personnages. J’ai apprécié qu’il n’y ai pas de jugement porté. C’est un roman dense, profondément humain, difficile d’accepter certaines images mais l’auteur les fait exister sans qu’elles ne deviennent déprimantes ou dérangeantes. Même l’autopsie de Robert est décrite de façon si humaine avec tant de respect dans les gestes du médecin que la scène devient touchante avec ce Nous qui suit toujours les mouvements.

Un livre peu ordinaire qui m’a profondément touchée. Je l’ai référencé en Roman noir, ce qui ne plaira peut-être pas, mais je m’en moque.

1950, Niagara Falls ( d’où le titre ), haut lieu touristique. Ariah, 29 ans, vient d’épouser Gilbert. Ils sont tous deux presbytériens. Aux lendemains de la nuit de noces, Ariah se réveille seule dans la chambre d’hôtel. Désemparée, elle va errer dans l’hôtel et apprendre peu de temps ensuite qu’un homme s’est jeté dans les chutes. Durant sept jours elle va errer le long des chutes, on l’appellera la Veuve Blanche. Elle est persuadée d’être damnée. Dick Burnaby, brillant et riche avocat aux nombreux amis la suit comme son ombre. Il tombe amoureux d’elle qui n’est pourtant ni très belle ni de son milieu et l’épousera très rapidement. Ils vivront ensuite dix années de bonheur durant lesquelles ils auront trois enfants : deux garçons et une fille. Ariah ne se passionne que pour son mari et ses enfants, elle ne souhaite rien savoir ni même comprendre du monde qui l’environne.

1962 : Dick prend fait et cause pour une femme dont la famille et la maison ( durement acquise ) ont souffert des industries chimiques qui ont fleuri à Niagara Falls ( leucémies, fausses couches, empoisonnement du sol, allergies etc …) Il y perd ceux qu’ils pensaient être ses amis, beaucoup d’argent et se met à dos les notables. Une lutte acharnée débute , Dick ne s’en sortira pas indemne. Ariah lui tourne le dos, lui reprochant d’abandonner sa famille. Dick disparaît à son tour…Ariah élève les enfants seule en donnant des leçons de piano. Elle interdit aux enfants de parler de leur père, il les a abandonnés s’acharne-t-elle à dire. Ils passeront leur enfance à tenter d’en savoir plus, subissant les sautes d’humeur d’Ariah, mère possessive, entêtée, et névrosée.

1978: L’industrie chimique est punie lors d’un procès retentissant. Les enfants quant à eux chacun à leur façon auront découvert quelques parcelles de vérité concernant leur père. C’est aussi pour eux un grand moment car ce procès réhabilité Dick.

Mon avis Un roman fleuve ( avec quelques longueurs tout de même ) qui aborde pas mal de sujets : le puritanisme, les arrangements entre industriels, politiques et laboratoires. Au coeur de ce roman Ariah que je ne suis pas parvenue à aimer tout en lui trouvant des excuses dans son éducation et le traumatisme de son premier veuvage. Elle fait subir tant de choses à ses enfants, les obligeant à vivre dans le dénuement, les écrasant par son amour maternel vorace et intransigeant , leur interdisant de questionner sur leur père que j’étais choquée par sa conduite. Certains personnages auraient du être mieux expliqués comme cette femme en noire que Royall va croiser.

C’était la première rencontre avec cette auteure, sans doute pas la dernière. Une bien belle plume.

Actes Sud

C’est bien plus qu’un roman sur la délinquance sexuelle et l’exclusion ; c’est un roman sur l’hypocrisie, la perte d’identité. A travers l’histoire de Kid, Russell Banks déroule devant nous un univers sans pitié, misérable, et méprisant, un monde fait de culpabilisation , de fausse pudibonderie, de perte de soi.
Kid, avec son bracelet electronique à la cheville ne comprendra qu’en toute fin de roman qu’il lui reste malgré tout encore 10 ans à vivre ainsi dans l’exclusion, ces 10 années de mise à l’épreuve pendant lesquelles il n’aura pas accès à un logement car il ne doit pas résider près des écoles ou lieu public, et de plus n’importe qui : futur employeur ou bailleur peut connaitre en un clic son passé et sa condamnation. Kid a grandi quasiment seul avec pour compagnie un iguane ( d’où la photo de couverture) Sa mère ne se préoccupant guère de lui, il a commencé à traîner sur le net, de fil en aiguille sur les sites pornographiques. Sa condamnation a trois mois de prison, il la doit à un traquenard suite à un chat avec une jeune fille. Rien n’était prémédité, il ne pensait même pas réellement à ce qu’il pourrait faire si l’occasion de présentait. Le vice est là, dans ce piège qu’on lui a tendu. Kid m’a énormément touchée, attendrie et attristée
A sa sortie de prison Kid n’a pas la choix, il va rejoindre la cohorte des laissés pour compte sous le viaduc. C’est là qu’un professeur de sociologie, énorme qui prend toute la place, va aller à sa rencontre pour l’interviewer . Qui est Kid aujourd’hui ? pourquoi a t il été condamné ? Mais Alamasse comme kid surnomme le prof est il vraiment ici dans ce seul but ? N’a t il pas lui aussi un secret, une maladie ?
C’est tout au long du roman aussi l’occasion de s’interroger sur la place que prennent les nouvelles technologies, sur la place que l’individu puni peut encore trouver dans un monde déshumanisé et hypocrite.

Liana Levi-Piccolo

Une plantation non loin de Bâton-Rouge. James travaille sur la plantation de Marshall Hebert, riche blanc. Il conduit le tracteur pendant que d’autres emplissent la remorque de maïs. Ce jour-là Bonbon, le contremaître cajun, lui ordonne de conduire Marcus un jeune noir condamné à la prison chez lui pour récupérer des affaires et venir travailler. A Bâton-Rouge Miss Julie prie James de s’occuper de Marcus, James ne sait pas dire non. Marcus est égoiste, et s’habille comme un dandy.
Bonbon est marié à Louise qui ressemble à une enfant et ils ont une petite fille, surnommée Tite ( maladive). Mais Bonbon a aussi une maîtresse noire, Pauline avec qui il a eu des jumeaux. Pauline vit dans les quartiers noirs où Bonbon lui rend visite deux ou trois fois par semaines. Elle a obtenue de lui de travailler à la maison du maître.
Marcus ne veut pas rester 5 ans ici. Il fomente une vengeance, une évasion. Il n’est pas payé car logé et nourri. Lorsque les  » ouvriers  » achètent au magasin Marcus sait qu’il prolonge d’autant son travail dans la plantation.
Tout le quartier noir, guette, attend, et suit l’évolution des rapports humains tandis que la poussière vole partout et colle aux semelles. L’atmosphère est de plus en plus oppressante, et …je m’arrête là, à vous d’être curieux maintenant.

Éditeur Christian Bourgois

Une petite ville d’Amérique, le soir d’Halloween. Une fillette est retrouvée morte sur le bord de la route enfouie sous des feuilles mortes. Nous sommes à la veille d’une rencontre très importante de football, la petite ville risque d’être sous les feux de la rampe, les édiles se frottent les mains de bonheur en pensant à la somme d’argent que cela signifie.
Le hic c’est que le responsable est le quaterback de l’équipe sur qui repose la future victoire.
Le maire et le commissaire de police confient l’enquête avec charge de l’enterrer à Lawrence qui vit seul depuis le divorce et ne peut voir que très rarement son fils. La maire lui promet le poste de commissaire.
Lawrence va cependant aller jusqu’au bout de son enquête et révéler beaucoup de faits.

Michael Collins dépeint ses personnages avec beaucoup de soin, les salauds comme les femmes qui élèvent seules leurs enfants. On y côtoie le mensonge, l’appât du gain, la trahison, la bigoterie et la vie morne et vide des villageois.

Il y a beaucoup de rebondissements, de manipulations, de mensonges, une intrigue costaud, un bon roman noir.

Demande à la poussière c’est l’histoire d’Arturo Bandini, 20 ans, qui débarque à Los Angeles plein d’espoir après la publication par Hackmuth de sa nouvelle  » Le petit chien qui riait  » . Il vit dans un hôtel minable, vivotant de l’argent qu’il sollicite auprès de sa mère, et de quelques sous reçus de journaux pour la publication d’une nouvelle. Concentré sur sa machine à écrire, il sue sang et eau, les lignes vont et viennent et rien n’en sort qui puisse convaincre. Il est torturé :

Parfois une idée flottait innocemment à travers la pièce. C’était comme un petit oiseau blanc.Il voulait seulement m’aider, ce cher petit. Mais moi je le frappais, je l’écrasais en martelant mon clavier et il expirait dans mes mains.

Il n’a pas d’argent pour se nourrir convenablement :

Intéressante innovation, ça, pêches et oranges. Je les déchirais à belles dents, je les mastiquais, le jus me vrillait l’estomac et gémissait là au fond. C’était si triste là en bas, dans mon estomac. Ça pleuraitbeaucoup,énormément même,avec des petits nuages gazeux vaseux qui me pinçaient le coeur.

Dans un bar, il rencontre Camilla Lopez, mexicaine, qui est serveuse et dès cette première rencontre s’installe entre eux un jeu étrange de séduction / répulsion. Il l’humilie, elle sous-entend son manque de virilité. Elle l’obsède

jusqu’à en oublier que j’étais pauvre, et sans la moindre idée pour une nouvelle

Le lecteur voit en Arturo un être bourré de contradictions, tour à tour généreux et haineux ( avec cette pointe de racisme dont il a souffert et se venge sur Camilla), parfois naîf, maladroit, un adolescent en pleine construction et aussi cette générosité dont il fait preuve dès qu’un cachet lui tombe du ciel.

John Fante décrit Los Angeles et les rêves perdus pour ces gens venus y finir leur jour au soleil mais en crevant la faim. C’est la poussière du désert du Mojave et c’est la poussière qui recouvre tout.

J’ai savouré ce roman. L’écriture de Fante est juste, il ne cherche pas à y faire de l’épate il décrit la réalité quotidienne et ce quotidien prend des aspects magiques sous sa plume. Les personnages y sont dépeints d’un regard tendre et ironique. J’ai oscillé entre le sourire et la tristesse, la compassion et la révulsion pour Arturo ( quand il se débat avec le racisme) J’ai admiré les pages où il relate la pauvreté dans cet Eldorado.

Vous l’aurez compris que j’ai beaucoup aimé

Rivages Noir – N° 767 -240 p –
Paru le 17-03-2010 8.15 €

La quatrième de couverture :

Nyons, sud de la France. Amar l’Emir, petit garçon bravache et rêveur, fuit sa grande soeur Noria qui veut le serrer dans ses bras à la sortie de sa garde à vue. Au quotidien, Amar déambule entre les chantiers, l’école, la rue et l’appartement familial hanté par la folie d’un père harki brisé et ivrogne. En grandissant, les rêves d’Amar deviennent plus flous et les désillusions se précisent. Puis le temps s’emballe. Adulte, Amar revient à Paris, où personne ne l’attendait. Sa visite ne peut signifier qu’une chose pour le fils de Noria, qui veille celle-ci dans le labyrinthe infernal de l’hôpital…

Lorent Idir a grandi à Montreuil. Passionné de cinéma et de musique, il navigue entre culture urbaine et plus classique, rappe sur de petites scènes puis s’initie au slam. Son écriture très noire rappelle celle d’Abdel Hafed Benotman. Auteur d’un premier album (Un cheval sur le périphérique), il forme avec son fère le groupe Twin Twin et prépare une tournée.

Ce que j’en ai pensé :

J’ai noté que plus un livre me touche, plus j’ai du mal à en parler. J’ai juste envie de vous dire :  » Lisez-le, vous ne l’oublierez jamais « .

Plusieurs raisons à cela, la première, l’histoire d’Amar L’Émir et elle débute fort dans un cinéma où il assiste avec son oncle à une séance très spéciale. Résultat, ils se retrouvent au commissariat où on ne peut pas franchement dire que les flics soient sympathiques ni compréhensifs. Mettre les bracelets à un gosse, c’est tout de même ahurissant de cruauté. Pourtant Amar il  rêve :

Ils m’appellent Amar L’Émir, et moi, j’veux qu’tout le monde m’appelle commandant Cousteau

Le père d’Amar, Said Ben Bourriche  est un harki qui ne  parvenant à être identifié comme français va de dérives en dérives: alcoolisme, violences sur sa femme Zakia et ses enfants, exploitation d’Amar sur les chantiers. Le père de famille les terrorise et la mère se débat seule face à l’assistante sociale tandis qu’Amar erre la plupart du temps dans la rue avec ses potes, Pois Chiche l’agérien et Rico le gitan.Parlons-en de cette assistante sociale, Madame Davout, ou plutôt, laissons Lorent Idir en parler :

Madame, je ne vois rien dans ce placard qui puisse me satisfaire. Et votre frigidaire que j’ai obtenu après de  gros efforts est vide. Vos enfants ne vont pas grandir sans une alimentation saine et consistante.

C’est déjà beaucoup qu’elle aille leur rendre visite alors essayer de comprendre la pauvreté c’est sans doute trop lui demander à cette brave femme. L’assistante sociale aveugle par facilité, par lâcheté, le modèle même de celle que redoute toutes familles nombreuses dans le besoin. Ne va-t-elle pas nous enlever nos enfants ? Vite faisons le ménage partout, que tout brille et reluise par qu’elle ne ratera pas une occasion de nous humilier. Agirait-elle de la même façon dans un foyer moyen bien franchouillard ?  On se pose la question. La famille subit en silence.

Amar devient asthmatique aussi Madame Davout le fait-elle partir en cure dans un établissement tenu par des bonnes soeurs, accompagné de sa petite soeur Sonia . Cet épisode de sa vie est à l’image de ce qu’il a déjà vécu, autre lieu, autre entourage mais même tristesse, même mensonge, même cruauté. Amar sait au fond de lui pourquoi Sonia est ici, avec lui, mais je pense qu’ils n’en parleront pas.

J’aime beaucoup le personnage de Noria, la grande soeur, la maman de substitution, si vaillante, se battant pour offrir à sa soeur, ses frères et sa mère un autre avenir. Que de manigances, de risques pour parvenir à briser l’engrenage.

Voilà ce qu’Amar pense lorsqu’il rencontre son premier amour :

Je voulais tout ce que les gens normaux avaient toujours eu. Pourtant, tapie au fond de moi, je sentais cette peur qui parfois me nouait les tripes et qui toute ma vie m’avait poursuivi. Cette peur de rater, de ne pas être à la hauteur, la peur de me tromper de chemin, de prendre la mauvaise direction et de me perdre dans la forêt. Tout seul.

Le temps passe, Amar est adulte et âgé lorsque nous le retrouvons en fin de roman auprès de Noria et de Lorent, son fils.

Comment ne pas être happée par cette histoire ?

La deuxième raison qui fait de ce roman, un livre inoubliable et, très émouvant, je pense que vous l’avez deviné à la lecture des quelques citations. Ne me dites pas que cette écriture ne vous trouble pas, ne vous bouscule pas, ne vous remue pas ?  Il ne s’agit que de quelques extraits, tout le roman est puissant, et d’une telle fluidité que je suis très admirative pour l’auteur dont c’est le premier roman. Je n’espère qu’une chose maintenant : un autre roman.

Au fond de nos cages. Nous avons besoin de nous aimer. Tous. Nous brûlons de ne pas nous trouver.Il nous faut faire le voyage vers nos coeurs et nos mémoires. Aimez-moi. Rencontrez-moi.Adoptez-moi. Car je suis seul et multiple.

A noter que la préface est d’Abdel Hafed Benotman ( tiens donc, lui aussi un auteur dont je peine à parler tant son écriture me bouleverse )

Editions Phébus – Littérature étrangère
Paru le 27/08/2009 – 348 p – 22.30 €
Traduit du turc par Valerie Gay-Aksoy

Une amie m’avait parlé de cet auteur, Elif Shafak, de façon tellement alléchante que, tout de suite, j’ai regardé dans les rayons de la bibliothèque si un de ses romans y figurait. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de  lire Lait noir.

J’avais déjà eu l’occasion de lire des romans sur le désir d’enfant mais encore jamais sur la dépression post-partum ( à ne pas confondre avec le baby-blues ).Dans ce roman, Elif Shafak s’interroge : une femme écrivain peut-elle avoir des enfants ? Les deux conditions, maman-écrivain, sont-elles conciliables ? Elle nous expose le dilemme auquel elle a été confronté, nous dévoilant de façon amusante ses personnalités intérieures qui se livrent une bagarre parfois intense. Ces petites bonnes-femmes à qui elle a donné des noms comme Miss Cynique intello, Miss Ego ambition, Miss Intelligence pratique, Dame Derviche, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté ne l’aident pas toutes à résoudre ses interrogations, au contraire certaines se plaisent à la laisser en plein désarroi.

L’auteur cite des exemples d’auteurs ayant eu des enfants ou ayant  fait le choix de ne pas en avoir : Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, Doris Lessing, Virginia Woolf ,J.K Rowling …

C’est drôle et touchant, ça respire la sincérité. Ces petites femmes ne font pas toutes leur apparition en même temps parce qu’il faut du temps pour s’apprivoiser et se connaître. Il faut de l’audace pour  prendre le risque de laisser s’échapper de soi ce qui est encore inconnu et qui peut faire peur.

Elif restera prostrée dans la dépression durant 10 mois : le lait noir s’es tari. Un mauvais Djinn, celui des contes de son enfance turque, retient en otage les petits personnages intérieurs. Elle parviendra à le chasser en acceptant d’être telle qu’elle est sans s’ajouter de poids supplémentaires. Les super-mamans, les super-épouses, ça n’existe pas.

En lisant ce roman-essai-autobiographie, je me suis demandée comment les écrivains ( et plus largement les artistes ) parviennent à élever leurs enfants tout en se consacrant à leur passion. Franchement, ça ne doit pas être évident de s’octroyer du temps, surtout lorsque les enfants sont encore des bébés, à moins de pouvoir s’offrir une nounou ou d’avoir une place en crèche ? Mais lorsqu’on n’est pas encore (re)-connu l’argent ne doit pas couler à flot.

Une première rencontre positive pour ce qui me concerne, cependant comme il ne s’agit pas d’un roman à proprement parler, je lirai certainement un autre titre : La Bâtarde d’Istanbul ou Bonbon palace dont j’ai reçu de bons échos.

Editions Cap Bear

Commençons par situer la Baie de Paulilles, toute cette saga familiale s’y déroulant. Nichée entre le Cap Béar et le Cap Oullestrel, la baie de Paulilles se trouve dans les Pyrénées Orientales. C’est à Paulilles que fut créée par Gambetta en 1870  la première dynamiterie Nobel( dynamite et nitroglycérine).

Cette saga familiale racontée par Nicole Yrle est passionnante de part ce pan d’histoire qu’elle nous permet de découvrir et par l’épaisseur donnée aux différents personnages, ici des femmes.

Marine la petite fille, étudiante en archéologie, très attachée à Paulilles parvient peu à peu à travers l’album photo de sa grand-mère Maria à délier les langues et faire resurgir des pans du passé familial imbriqué dans l’Histoire. Les scènes entre la mère, Marion et sa fille sont très touchantes.

L’ usine Nobel, cette dynamiterie qui soutient tout un village, sous le joug parternaliste du patron est le personnage quasi central du roman. Il parait aujourd’hui incroyable que des hommes et des femmes aient pu à ce point risquer leur vie. D’ailleurs l’auteur souligne bien la reconnaissance tardive des risques liés au métier, avec l’introduction des gants par exemple ( grace à l’action d’une section syndicale ), gants que les ouvrières auront bien du mal à utiliser.
L’on suit avec stupeur l’arrivée des annamites escortés par des tirailleurs sénégalais. Annamites dont la traversée est épouvantable et l’accueil tout aussi épouvantable. Parqués et relégués aux travaux les plus dangereux.
Traversant la première guerre mondiale les femmes vont occuper les emplois rendus vacants par le départ à la guerre des époux. L’on suit avec émotion les retours en permission d’Augustin qui lui deviennent de plus en plus insupportable.
Les femmes se serrent les coudes. On traverse toutes les années jusqu’à nos jours avec les transformations du paysage, et des services qui disparaissent comme l’école à laquelle les anciennes étaient si attachée.

Marine, en archéologue, questionne et trouve des réponses qui parfois s’avèrent surprenantes.

J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman: sur la « matière » et la fabrication des munitions, les bassins dans lesquels travaillaient les annamites, l’environnement de cette baie sur la côte vermeille tout cela servi par des images surgies de l’utilisation d’un vocabulaire riche et expressif. Tout est décrit avec finesse, précision sans aucune mièvrerie. Les destins fauchés net par la mort au front ou dans l’usine, les amours, les naissances et la solidarité des ouvriers de l’usine. Tout est intéressant pour un final qui est profondément humain.

J’ose l’avouer sans complexe, j’ai presque été triste de quitter toutes ces femmes et la baie de Paulilles.

Un grand merci Nicole Yrle pour ce beau témoignage, cette superbe histoire de femmes, cette quête du passé pour le réhabiliter

Editions Krakoen – 292 pages
Déc. 2011 – 11,20 €

La citation de l’éditeur :

[…] Les Gueux, c’était l’enfer. Et c’était aussi le paradis. Allez expliquer ça… Des années que ça durait. Les Gueux, c’était un no man’s land avec du monde dedans. Ceux qui vivaient là, ils se cramponnaient, vous comprenez, comme des naufragés sur un radeau qui prend l’eau qu’on colmatait au système D. On s’arrangeait, fallait bien. Et puis ça a recommencé. Et puis ça s’est arrêté. C’est quand on a compris, quand tout était fini, que tout a commencé. Les trois mortes, c’est sûr, elles n’étaient pas inventées. Alors, enfer ou paradis, j’ai plus douté.

Qui sont les Gueux ? Ce sont ces hommes, ces femmes qui vivent en bordure des voies du RER , ceux qu’on ne voit pas ou qu’on ne veut pas voir et pourtant ils sont bien réels. Parmi ces Gueux il y a Môme qui perd la mémoire suite à un accident survenu il y a plusieurs années. Il y a Bocuse dit Boc’ qui cuisine ce que ces comparses lui rapportent…vous savez le contenu de nos poubelles qui contient de si honteux gâchis. Boc’ lui accommode les quelques légumes cultivés. Il y a Krishna, le penseur qui regarde tout ça de sa petite planète. Il a Capo qui assume le rôle d’organisateur et puis Betty Boop, l’écervelée à la langue trop pendue. Et puis Luigi, qui sort de prison après avoir purgé une peine pour un meurtre qu’il a avoué.
Mais voilà qu’il y a de nouveau des cadavres près des Gueux, un premier suicide et deux femmes qui n’ont plus leur tête …Luigi est bien vite soupçonné, qui s’enfuit en traînant son caddie, lui qui ne rêve que de retrouver sa Lula.

Evidemment  » les bleus » s’intéressent de très près aux Gueux et Blond, le flic, assisté de Christelle stagiaire au franc-parler  vont mener l’enquête.

Voilà brièvement pour l’histoire.

Ce roman d’Hervé Sard est un bijou de sensibilité et d’humanisme. Il nous fait regarder en face cette misère que nous côtoyons sans ( vouloir ) la voir. Il dépeint des Gueux bien plus dignes que beaucoup de  » bons bourgeois  » Ses personnages sont attachants, l’histoire prenante et surprenante même. Il nous ballade tout au long de ce livre avec un langage que j’admire, des pointes d’humour très appréciables, et vraiment, vraiment je vous le conseille car l’histoire est superbe de tendresse.

J’aime aussi les intitulés de chapitres qui plantent le décors : Quand on est mort on a la belle vie, Dieu ? Qu’il aille au diable ! etc 

Vous ne le connaissez pas encore ? Alors, commencez donc par ce titre et vous me direz ce que vous en aurez pensé.

Paru le 24/03/2011 – 324 p – 18 €
Edition du Seuil

4ème de couverture :« Fascinée, je contemple de nouveau le semi-automatique. L’idée me traverse l’esprit de le retourner contre moi mais, encore une fois, Vincent n’est le problème. Il le sait, je le sais. Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. La tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition, les objectifs inatteignables. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul, mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue. La peur et l’absence de mots pour la dire. Le problème, c’est l’organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi. Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m’a tout raconté. C’est mon métier, je suis médecin du travail. Écouter, ausculter, vacciner, notifier, produire des statistiques. Mais aussi : soulager, rassurer. Et soigner. Avec le traitement adéquat. »

Ce livre a reçu le « Trophée 813 » de l’année 2011.

Roman noir terriblement suffocant qui à travers Carole Matthieu, médecin du travail, nous plonge dans l’enfer de cette politique du chiffre et de la concurrence. Le style est sec, autant que la souffrance. L’univers professionnel  est dérangeant et inquiétant. Carole Matthieu craque, elle tue Vincent Fournier…son souhait dénoncer et soulager ceux qu’elle voit passer chaque jour dans son bureau. Elle aussi subit cet univers. Les patrons voudraient bien qu’elle se limite aux visites annuelles. Les syndicats quant à eux la trouve dérangeante et n’accepte que difficilement son intrusion au sein du Comité d’hygiène et sécurité et condition de travail ( CHSCT) Elle regarde autour d’elle cette plateforme d’appel téléphoniques et constate les angoisses et pressions quotidiennes, à quoi, à qui sert-elle ? Combien de temps encore les employés vont-ils ployer sous le joug ? Que peut-elle faire ?
Tout au long du roman Carole s’enfonce inexorablement,  oubliant de se nourrir, ne tenant plus qu’à coup d’expédients tels que les médicaments ( tranquillisants, amphétamines etc…) Evidemment la police s’en mêle et cet inspecteur chargé de l’enquête aura bien du mal à déterminer qui est  le réel meurtrier ….le peut-il seulement ?

Roman noir, hélas, d’actualité. Une lecture oppressante. Marin Ledun maîtrise parfaitement son sujet, utilisant un langage choc, des phrases assez courtes, le lecteur prend de plein fouet le résultat du marketing  brutal au sein des entreprises. Evidemment, on pense aux suicides  à France Télécom et dans tant d’autres entreprises. Jusqu’où a-t-on encore le droit de se laisser exploiter et berner ? Combien de temps à supporter l’absurdité de ce mode de fonctionnement ? Comment les syndicats et sur quels points devraient-ils agir pour gagner en efficacité ? Aucune réponse n’est donnée, néanmoins il serait bon de se poser les bonnes questions. Doit-on sacrifier sa vie à un emploi dans ces conditions ?

Oui, ce roman incite à la réflexion, il n’y a pas de doute. Un roman fort et impressionnant.

Editions Actes Sud- Actes noir
Janvier 2012 – 272 pages
trad. de Simon Baril
21,30€

Ce roman est basé sur une histoire vraie, celle de l’assassinat de Kitty Genovese dans l’indifférence de ses voisins, le13 mars 1964.

Dans De bons voisins la victime s’appelle Kat Marino, c’est un tout petit brin de femme qui travaille de nuit en tant que gérante d’un bar. C’est en rentrant chez elle qu’elle sera violée et agressée pour finir en sang. Elle luttera de toute sa volonté, de toutes ses forces toute la nuit. Dans cette cours d’immeuble, plusieurs fenêtres sont encore allumées. Que font donc les voisins ?
Ryan David Jahn nous les présente à tour de rôle, et nous montre ce qu’ils vivent au moment où Kat lutte de toute sa volonté pour survivre.

Un jeune homme de 19 ans s’occupant de sa mère très malade doit le lendemain se présenter pour la visite médicale afin d’aller au Vietnam. Un couple qui entreprend une première expérience échangiste, un homme qui se découvre homosexuel, une infirmière qui rentre bouleversée de son travail, un autre homme qui revient du bowling et qui se dispute avec sa femme. Toutes ces personnes, bien que voyant le drame se dérouler sour leurs yeux n’appelleront pas la police, chacune étant persuadée que l’autre,le voisin l’aura déjà fait.

L’auteur nous présente aussi les personnes qui arriveront sur les lieux du drame : le policier, les ambulanciers et l’un des voisins qui était absent.
Nous plongeons dans l’esprit du tueur qui se demande quand on l’empêchera de commettre de telles horreurs.
Et à chaque fois, nous assistons impuissants à la lutte de Kat, sa volonté de vivre.

C’est un roman fort bien écrit qui forcément dérange. Ça fait peur,ça remue les tripes. N’est-ce pas parfois dans l’indifférence la plus complète que des drames se produisent ? Combien de bons voisins n’alertent personne lorsqu’ils entendent des enfants ou des femmes crier dans la nuit ? Combien parmi nous passons devant les pires détresses en baissant les yeux car, après tout que pouvons nous faire ?

C’est en plus de la lâcheté , de la bêtise et de l’égoïsme.

Une bonne lecture dénichée sur les rayonnages de ma bibliothèque municipale.

 

Editions Rivages noir – N° 590
224 pages-Paru 15-03-06 -7.65 €

Hambourg 1995, le Bibby Kalmar est a quai, à son bord des réfugiés en attente depuis 6 mois d’une éventuelle régularisation, d’un toit  et d’un travail. Ils sont nombreux, ils sont moldaves, ukrainiens, chinois, roms, yougoslaves etc.
Pour survivre malgré la maigre allocation qui leur ai attribuée ils se livrent aux trafics de cigarettes, d’alcool et aux jeux. Le moldave dans sa coursive est le plus redoutable. Des parties de rami sont organisées.
Zoran, Zina et leurs deux enfants attendent comme tous les autres. Pour payer l’avocat qui pourra peut-être accélérer la décision de régularisation Zoran joue chaque soir et picole tout autant. A chaque étage des jeux et une nationalité différente …on ne se mélange pas trop.
Le bateau est surpeuplé, et il est le centre de tout ce roman, un personnage lugubre, effrayant, grinçant.
Arrivent Simmons, Pelletier et l’occidental ( l’interprète ) envoyés de l’Euroconscience. Ils viennent pour interroger les réfugiés sur leur condition de rétention sur la base de questionnaires. L’espace retrécit, les demandeurs d’asile étouffent, s’échauffent.
Un jour un ukrainien est tabassé et sombre dans le coma. Qui a fait ça ?
Voilà brièvement pour l’histoire de ce roman comme un huis-clos étouffant qui décrit les absurdités des consignes européennes, ses rivalités internes et ce désespoir pour tant de demandeurs d’asile.
J’ai beaucoup aimé le style de Thierry Marignac qui va droit au but, qui sait si bien rendre cet atmosphère particulière de ceux qui vivent dans l’attente, de ces hommes et femmes qui se demandent quand ils comparaîtront enfin un jugement.

Le bémol, c’est tout de même la lenteur du récit. Bien qu’A quai, j’aurais apprécié un peu plus de vivacité.

Editions Jigal – Grand Format
340 pages – Sept.2009
18 € 25

La quatrième de couverture :

C’est l’été, il fait chaud, les touristes sont arrivés et au commissariat de Perpignan, Sebag et Molina, flics désabusés rongés par la routine, gèrent les affaires courantes sans grand enthousiasme. Mais bientôt une jeune Hollandaise est sauvagement assassinée sur une plage d’Argelès et une autre disparaît sans laisser de traces dans les ruelles de la ville. Sérial killer ou pas, la presse se déchaîne aussitôt ! Placé bien malgré lui au centre d’un jeu diabolique, Sebag, à la merci d’un psychopathe, va mettre de côté soucis, problèmes de cœur et questions existentielles, pour sauver ce qui peut l’être encore ! « Elle attend sans joie, patiente et succombe. La maison de pierre deviendra sa tombe. Qui fait quoi, qui attrape qui ? Qui est le chat, qui est la souris ? »

 

Ce que j’en ai pensé :

Dans ce roman, l’inspecteur Gilles Sebag  grand amateur de café est un personnage attachant.Il pense beaucoup à sa famille. IL s’interroge au sujet de sa femme, de ses enfants adolescents qui grandissent vite.Malgré son choix de carrière, il avait mis entre parenthèse son métier pour savourer le fait d’être père. De quoi évidemment se faire montrer du doigt par ses pairs.
C’est la vie d’un commissariat qui est dépeinte. Au début,il y a  la découverte du cadavre d’une jeune hollandaise par Robert, retraité qui passe toutes ses vacances à Argelès. Ensuite, la disparition d’une autre hollandaise à Perpignan, puis l’agression d’une autre jeune hollandaise mettent la puce à l’oreille. Et, pure routine au commissariat, une femme signale la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi.

Bon j’avoue que parfois j’ai été agacée voyant les indices et je n’avais qu’une envie , celle de voir Sebag se bouger mais, il faut parfois être indulgent …ça ne fait pas tilt tout de suite. Pas de sang à outrance dans ce roman mais de très beaux descriptifs de paysages, de monuments,d’églises. Un beau voyage au pays des senteurs aussi.

Georget nous livre là une intrigue sympathique, un style ni trop lent ni trop emporté,l’accent catalan, et une jolie galerie de personnages.

A savourer doucement.

Editions Rivages noir – N° 772
Trad: Alexandra Carrasco-Rahal
224 pages – Paru le 07-04-10
8.65 €

Chez l’éditeur: Le matin du 11 septembre 2001, Kaluf descend du vol New York-Mexico et débarque en plein chaos. Les tours du World Trade Center viennent d’être anéanties et ce Libanais tranquille, propriétaire d’une boulangerie à Mexico, ne sait pas que son cauchemar personnel vient de commencer. Aux Etats-Unis, la guerre contre le terrorisme est lancée et, au-delà du Rio Grande, les autorités ne veulent pas être en reste : il faut se montrer coopératif avec le « grand frère » américain. Raison pour laquelle tout ce qui est arabe – même lointainement – va être étiqueté comme dangereux, et, à défaut de trouver de vrais coupables, la police mexicaine se contentera de coupables crédibles. Pour son malheur, Kaluf fait parfaitement l’affaire.

Entre une nymphomane qui le harcèle, des bandes de narcotrafiquants féroces et des policiers aussi corrompus que délirants, voici Kaluf transformé en héros kafkaïen.

Ironique, burlesque et terrifiant, Les 2001 nuits est une farce noire qui dénonce vigoureusement l’absurdité des systèmes politiques gangrenés par la corruption et gagnés par la folie.

Ce que j’en ai pensé :

Notre héros s’appelle Kaluf, d’origine libanaise, il est boulanger et a tout pour vivre heureux. Son rêve ainsi que celui de son épouse est de devenir président de l’Association libanaise du quartier. Seulement voilà, il se trouve dans un avion en provenance de NY le 11 septembre 2001. Il n’en faudra pas plus pour que sa vie déraille. La police mexicaine veut elle aussi son terroriste, pressée en ce sens par les Etats-Unis.
Notre pauvre Kaluf va devoir fuir malgré lui , il n’y comprend rien. Il est seul face à l’absurdité de cette situation, tout lui devient irréel. En plus de tout ça notre pauvre Kaluf se retrouve dans la ligne de mire des narco-trafiquants.

Rolo Diez manie l’humour noir et grinçant à souhait. Qui ne se souvient pas de l’après attentats du 11 septembre 2001 et de cette folie sécuritaire qui a suivi et se poursuit aujourd’hui ? Le héros est bien loin de telles pensées pourtant et Rolo Diez lui fait vivre les pires angoisses avec un brio incontestable.
Le rythme est enlevé, les situations burlesques, délicieuses à souhait et l’absurde omni-présent .

Je ne connaissais pas Rolo Diez, c’est mon libraire de feue L’Étoile polar de Nantes qui m’avait recommandé ce roman. Je l’en remercie encore.

Editions Krakoen – 332 pages
2010 – 11,20 €

Le mot de l’éditeur :

Kerande, côte atlantique, été 2009. Les touristes se bousculent dans la petite cité médiévale, inconscients du drame qui se joue à quelques pas de là. Deux morts par balle. Deux « clients » plus ou moins forcés d’une très chic et très discrète clinique psychiatrique. Les gendarmes enterrent vite le dossier, avec la bénédiction du Parquet de Nantes : un fils à papa trop médiatique compte au nombre des tués. Folie meurtrière confirmera à son tour – bien malgré lui – le commissaire Czerny. Car il le sent : un fou peut en cacher un autre ; et la tuerie n’est pas finie. Czerny parviendra-t-il à démêler le vrai du faux ? La vie lui a appris à se méfier des coupables livrés sur un plateau. Surtout lorsque les coupables en question sont derrière les barreaux.

Ce que j’en ai pensé :

Je l’avoue j’ai adoré la fine équipe policière et l’humour de ce roman. Il y a le commissaire Czerny qui se déplace en solex qu’il appelle Galet. Ayant été blessé, il se déplace avec des béquilles et se fait voiturer par Colin, bègue qui ponctue ses phrases de  » Nom d’un chien » pour parvenir à parler correctement. Czerny a aussi un mainate à qui il verse du martini tous les soirs et dont il se soucie énormément. Et il a une façon bien à lui de se représenter les énigmes, en visualisant des cubes.
Il y a Mazurelli, rocker à la banane, sans doute le plus amusant de l’équipe.
Il y a Pastèque, le pro des technologies. Il y a Joss ( comme Joss Randal) fine équipière toujours prête à aller sur le terrain et une légiste complètement délirante, bavarde et gourmande.
Deux meurtres à la clinique dont un qu’il vaudrait mieux taire par peur du scandale. Un autre meurtre celui d’un maître chanteur à Nantes sans lien apparent. et pourtant Czerny prendra en charge les trois affaires. C’est un climat particulier que l’on aborde ici, celui de l’univers des cliniques psychiatriques pour riches. Il y a beaucoup de personnages, et toute cette galerie est décrite avec grand soin.

Hervé Sard mène son roman tambour battant, avec brio et humour. Une bonne intrigue, des personnages qu’on n’oublie pas de si tôt, bref, un roman policier très sympathique.

Je vous recommande cette lecture, je suis persuadée que comme moi vous vous attacherez à cette équipe de doux-dingues

 

 

Editions Rivages noir – N° 639
288 pages – Paru le 21-03-07- 8.15 €

Jacques Lafleur a été retrouvé égorgé avec  un sécateur ( qui a disparu ) alors qu’il enlevait les ronces dans le jardin de sa soeur, Jeanne, à Toulouse. L’histoire se déroule un an après la tragédie d’AZF. Le capitaine Félix Dutrey assisté de Magali Lopez enquête sur ce crime. Jacques Lafleur était un marginal, un baroudeur. Après un accident il était revenu vivre à Toulouse chez sa soeur. Félix interroge son frère,  amoureux des serpents et sa belle-soeur, quant à Jeanne elle paraît avoir perdu la tête.Parallèlement Pascal Dessaint nous parle de Rémi, un jeune homme, qui travaille au tri des ordures. Rémi y récupère des livres. Un jour, il met de côté un carton empli de cahiers, des carnets intimes qui s’avèrent être ceux de Jacques que Jeanne avait jetés.Ainsi à travers l’enquête de Félix et les cahiers que lit Rémi la vie de Jacques, ses interrogations nous sont dévoilées.Son passé s’avère  bien plus complexe qu’il ne semble.

Pascal Dessaint a une écriture sensible et imagée. Comme dans tous les romans que j’ai lu de cet auteur, les personnages sont de plein fouet dans la réalité et souvent très proches de la nature, en l’occurence dans ce roman, Jacques.

Il n’y a pas d’hécatombe, pas d’hémoglobine partout, juste des personnes aux prises avec elles-même, leur conscience et leur contradiction: des humains tout simplement et c’est ce qui fait que j’apprécie beaucoup le style Dessaint.

C’est un jeune homme parcourant la campagne chinoise qui va recueillir l’histoire d’un vieil homme, Fugui Xiu. Il est fils de propriétaire terrien. Il est mariée à Jiazhen avec qui il a eu une petite fille de 3 ans, Fengxia. Ils attendent un deuxième enfant. Ils vivent sous le même toit que les parents de Fugui.Fugui est dépensier, un «  fils indigne  » comme dit son père. Il fréquente les maisons closes et se met à jouer tant et si bien qu’il finit par ruiner sa famille. Son père hypothèque alors la maison et les terres. Fugui devra porter les sapèques à la ville chez Long’er.

Fugui comprit le message de son père :

Brusquement, je compris pourquoi mon père avait commandé des sapèques et non pas des pièces d’argent. Il voulait m’enseigner une vérité, me faire sentir combien l’argent était difficile à gagner. Cette idée me coupa les jambes. Accroupi au bord de la route , je me remis à sangloter en hoquetant, secoué jusqu’au bas du dos.

Fugui réclame 5 mou de terre à Long’er pour que sa famille puisse subsister. Fugui travaille durement sur la terre. Son père est mort et sa mère est au bout du rouleau.Jiazhen accouche d’un fils, Youqin et revient au domicile lorsque celui-ci a 6 mois.Devant l’inconscience de son gendre et le méprisant pour la ruine qu’il a provoquée, le père de Jiazhen vient la reprendre laissant Fengxia à la garde de son père. La famille doit quitter le domicile car Long’er en prend possession.

Mais bientôt la mère de Fugui tombe malade, il part en ville quérir un médecin…et là tout dérape. Il se fait embarquer par les soldats du Kuomintang. Lorsqu’enfin il pourra revenir chez lui, sa mère est morte et sa fille a été frappée par une maladie.

Curieusement, c’est la perte de leurs biens qui sauvera la famille. Long’er est fusillé en tant que propriétaire. Pauvres, Fugui et Jiazhen envoient leur fils à l’école et cherche à placer Fengxia. Puis c’est le collectivisme ( cantines, travaux des champs ) et les réquisitions, y compris le mouton de Youqin.

Et là s’arrêtera mon petit compte-rendu car je ne peux en dévoiler plus sans trahir le roman et les évènements qui vous y attendent. Je me demande même si je n’en ai pas déjà trop raconté. Vivre c’est ce qu’il reste au bout du compte, malgré les échecs, les deuils, et les déceptions.

Ce livre est moins intense que Brothers pourtant Yu Hua a réussi de nouveau à m’amener les larmes aux yeux.

Une belle façon de connaître la Chine et les vagues politiques successives.

La quatrième de couverture :

Quatre SDF sont recrutés par le mystérieux Hensley pour devenir braqueurs professionnels. Après une préparation quasi militaire, tout est en place pour le coup d’essai : le braquage d’une banque en plein Paris. Mais rien ne se passe comme prévu…
Un scénario magistral pour un roman noir, tendre et énervé, qui met en vedette, une fois n’est pas coutume, les vrais oubliés de nos démocraties libérales.

Ce que j’en ai pensé :

Quatre sans-abris ( Paol, Louis, Sonia et Jack ) sont recrutés par Hensley (le metteur en scène ) pour braquer des banques. Ils vont subir un entrainement quasi-militaire dans un château. Lorsqu’enfin ils sont prêts, le braquage en plein Paris peut avoir lieu. Mais rien ne se passe comme prévu, il y aura des pertes humaines. Ils se sont fait berner. Au même moment un autre braquage a lieu qui lui,finira en boucherie.

Le commissaire Degrave se charge de l’enquête. Il est dans le même temps très inquiet pour son fils Petit Pierre qui se rapproche des milieux d’extrème droite sans que lui et son épouse n’aient su réagir à temps, pensant que ça lui passerait. Ils se demandent comment de telles idées ont pu germer en lui. Petit à petit, Degrave comprend que son fils est peut-être bien mouillé dans des affaires bien louches.Nos deux rescapés Sdf vont remonter jusqu’au commanditaire des braquages.

Un roman sombre, politique et réaliste qui explore les milieux néo-nazis sans concession. C’est écrit dans un style fluide, avec un regard très juste sur notre société. Ce qui n’est pas le moindre compliment pour un roman noir : on se fait embarquer et les éléments se mettent en place progressivement pour un final déroutant. Les personnages principaux, comme annexes, sont tous très bien décrits.

Edition Gallmeister-paru le 23-02-2012
336 pages, 23 € 60

Walt Longmire est de retour dans son Wyoming avec sa fille Cady  souffrant de problème de motricité et de mémoire( Cf L’indien blanc ).
Nous retrouvons avec plaisir toute l’équipe du shériff  ainsi qu’ Henry dit la Nation Cheyenne.
Le long d’une route, deux ranchers qui fauchent les herbes trouvent le corps d’une jeune asiatique, une vietnamienne. Elle a été étranglée. Elle n’a pas de papier sur elle hormis une vieille photo où l’on voit une jeune fille et un homme de dos à un piano..Walt se reconnait, cette photo a été prise au vietnam alors qu’il enquêtait sur une affaire de drogue chez les GIs. La jeune fille s’appelait Mai Kin. Elle fut assassinée.
Cette découverte va renvoyer Walt vers son passé,à travers ses souvenirs nous suivons cette période de sa vie et sa rencontre avec Mai Kin.
Les enfants de poussière ce sont les enfants nés des amours entre militaires américains et vietnamiennes.
Près du corps de la jeune asiatique, Walt attrape un indien , très grand et très fort….c’est un crow. Il le fait enfermer car il s’agit du principal suspect. Pourtant Walt n’y croit pas.

Encore une fois un très beau roman à l’enquête superbement menée. J’y ai retrouvé l’humanisme de Walt, le silence d’Henry qui pousse dans ses retranchements son ami de toujours. Craig Johnson nous ouvre des pans du passé de Walt et d’Henry pour notre plus grand plaisir. Et puis aimant beaucoup le sherif Walt, ce roman nous en apprend beaucoup sur son passé dans l’armée.

Je suis de très prêt la sortie des romans de Craig Johnson, pas question d’en rater un. Cette fois encore, un grand merci à ma bibliothèque qui m’a permis de le découvrir avec les premiers volets des enquêtes de Walt, Little Bird  chez Gallmeister.