3000 pieds – actes 1-10

3000 pieds – sommaire
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–=| Acte 1 |=–

1. Il avait estimé de tête la vitesse à l’impact : 140 km/h. Il ne restait rien d’Helmut Fryes. Rien, un grand mot.

2. Ses restes éclatés sur le synthébéton fuyaient vers la piscine virant au rose. Mille mètres ? demanda-t-il.

3. Il vivait au dernier: appartement terrasse, au-dessus des nuages, fit le concierge. Appartement ? Un bien petit mot.

4. Un mini-Olympe de 350 m². On ne chutait pas seul d’un tel piédestal. Il fallait de l’aide. Un sacré élan même.

5. Un mur transparent de 2 m ceinturait la terrasse. Intact. Avait-il joué les passe-murailles ? Tant de questions.

6. Compagnie féminine ? sonda-t-il en activant un cube qui conservait les clichés d’un bonheur passé. Femme, enfants.

7. Le concierge prit un air gêné : il était riche. Assez pour se payer ces services. Autre holocube, autre plaisirs.

8. L’image non-stabilisée bougeait trop. Le jardin défilait en une masse floue. La cam courrait après une fille.

9. Les yeux veloutés charmaient la cam : « Helmichou… » Mlle Gia, reconnut le concierge, inspecteur ? J’suis pas flic.

10. Vous ne m’avez jamais vu. Gia riait aux éclats. Bimbo le soir, suspecte au matin. Drôle d’ascenseur social.

–=| Acte 2 |=–

1. Je ne peux pas vous laisser… s’agite le concierge. Deux cent billets changent de mains. Le prix de sa coopération.

2. À ce tarif, il a droit à la visite guidée. Détective privé ? Non, répondit-il au concierge en entrant dans la chambre.

3. Draps en satin. Murs Miroirs. Dominante rouge façon autel sacrificiel. Le lit, immense terrain de jeu trônait au centre.

4. Univers clinquant. Filles bio-sculptées. Un parfum de scandale. Un scoop explosif. Vous êtes journaliste ? Un tabloïd ?

5. Non, certainement pas. Gia bossait pour Yum in Fire, 40ème étage. La tour offrait le service complet aux résidents.

6. De la blanchisserie à la compagnie intime. Helmut quittait rarement son Olympe. Il avait tout sur place. Il était Dieu.

7. Mais les dieux ne volaient pas. Quand ils chutaient, ça faisait du bruit. La police ne va pas tarder, fit le concierge.

8. Un problème, assurément. Il sortit une liasse : j’ai besoin de vous. Malaise du concierge. Je ne peux pas. Mon job…

9. Il tend une 2ème liasse. Un an de salaire. Le fric disparaît dans le veston rouge. Que dois-je faire, monsieur… ?

10. Fermez les ascenseurs, les portes coupe-feu, les accès aux étages supérieurs. Ralentissez-les, donnez-moi du temps.

–=| Acte 3 |=–

1. La sueur perla sur son front devant le tour de force. Une tour informatisée était un nid à bugs, à problèmes, fragile.

2. Le concierge disparut. La visite continua. L’atrium rappelait une cage de verre, la cuisine 3 étoiles brillait, nette.

3. Toutes les salles pourraient passer l’inspection. La vie privée d’Helmut était un bordel, mais pas son antre. Au carré.

4. Chaque objet, chaque acquisition tenait sa place, pièces désormais orphelines sur un échiquier où le bureau était Roi.

5. Le lieu stratégique, le cœur de l’empire Fryes était à l’image de son palais : ordonné. Rien ne manquait. Ou presque.

6. Le concierge a obtenu 1 heure. Le temps que ses collègues démêlent le programme, un temps compté pour faire la lumière.

7. Bibliothèque, meubles, l’inspection était minutieuse. L’homme se tourna vers le concierge, circonspect. Un souci ?

8. Je dois voir la fille de Yum in fire. Le garçon au veston rouge se gratta la nuque. Vous croyez que Gia l’a… poussé.

9. L’homme sourit devant tant de naïveté. Non. Elle n’y est pour rien. Enfin, presque. Il devina le soupir de soulagement.

10. Il toucha le bois précieux: il manque un objet, une paire de lunette, dit-il. La bouche du concierge forma un O surpris.

–=| Acte 4 |=–

1. Des lunettes ? Helmut ne souffrait d’aucun problème de vue, fit le concierge. Ce vieux briscard y voyait très clair.

2. De lecture, précisa l’homme, des glass-T. Oh… Maintenant que vous le dites, oui, étrange pour un lecteur boulimique.

3. Sexuels, intellectuels, les appétits enflammaient les vies. Baiser, lire éditer : une vie de plaisir et de rendement.

4. H&F éditions vendaient 200 millions d’ebooks par an. Fermes d’e-auteurs, marketing affûté, des best-sellers mondiaux.

5. Le logo H&F brillait sur un tas d’écrans. Éclos à l’âge de papier, adulte à celui des réseaux. Oui, Helmut voyait clair.

6. Il avait vu avant les banquiers, amis, concurrents, auteurs, auteures… recevant parfois ces dernières. Pour jouer.

7. Gia… rappela l’homme. Le garçon hocha la tête, puis s’éclipsa. Il toucha un panneau qui coulissa, révélant un coffre.

8. Serrure biométrique Fisch & Baume, récita-t-il. Lamelle plastifiée avec les empreintes, faux œil plaqué sur la caméra.

9. Bilans, holocubes coquins, photos. Pas de secrets, ni de lunettes. Il s’en doutait, mais il devait vérifier quand même.

10. Un parfum flotta à lui. Fragrance orientale. Épicée. Helmut est mort ? souffla Gia choquée, le concierge sur ses talons.

–=| Acte 5 |=–

1. Un génoplasticien de talent avait sublimé la supériorité de l’ARN sur le scalpel. Son oeuvre, Gia s’avança, timide.

2. Le clic-clic sensuel des escarpins sur le parquet brisa le silence gêné. Ses yeux en amandes lorgnèrent vers le coffre.

3. Le concierge s’agita. Ses propos fusèrent : Vous ne pouvez pas rester. Il ne pouvait pas partir, rétorqua l’homme.

4. Helmut était si généreux, bredouilla Gia. Il recentra le débat, le temps filait. Quand l’avez-vous vu ? interrogea-t-il.

5. Des réguliers, Gia en comptait 4 dans la tour, triés par leur porte-feuille. Le magnat la recevait 2 fois par semaine.

6. Un verre et de futiles palabres en guise de prélude puis il consumait ses désirs. Elle le quittait au milieu de la nuit.

7. Le concierge baissa les yeux. Gêné, peut-être. Gia hésita: il n’a pas pu sauter. Son client manquait de… souplesse.

8. Elle se dédouana : je ne l’ai pas aidé. L’homme sourit: il n’a pas sauté de la terrasse. Voyait-il une autre résidente ?

9. Le garçon leva la tête. Mme Knowles, sa… collaboratrice. Il publie tout ce qu’elle déteste depuis 30 ans. À 2 étages.

10. Allons-y, fit-il. Ils s’y rendirent, bloquèrent sur le palier. Du sang maculait la porte entrouverte…Mauvais présage.

–=| Acte 6 |=–

1. Leurs regards alarmés se croisèrent. Le concierge poussa la porte. Une traînée rouge souillait le carrelage clair.

2. Mme Knowles ? Pas de réponse. Le trio s’avança, en suivant la démarcation nette, jusqu’à la cuisine. Un choc, le chaos.

3. Un tableau de douleur, créé par un sanguin armé d’une lame en guise de pinceau. Main sur la bouche, Gia se retint.

4. Le concierge retrouva Mme Knowles. En plusieurs endroits. Viscères au pied d’un tabouret. Un avant-bras dans l’évier.

5. Au centre, gisait la dépouille écarlate, comme charcutée par un légiste fou. La chevelure grise baignait dans le sang.

6. La démence se lisait dans chaque projection et fragment de chair, aux empreintes de main. Partout. Elle avait résisté.

7. Il retraça son calvaire. Poignardée puis traînée dans le couloir, éviscérée dans la cuisine. Gia restait dans un coin.

8. Je vais appeler les flics, prévint le concierge. Au salon, l’homme s’accroupit devant le couteau à la lame vermillon.

9. Plus loin, il remarqua les glass-T par terre. La fenêtre ouverte. La poignée rouge, signalait le point d’envol d’Helmut.

10. Le concierge revint: le réseau est mort. Helmut ? fit-il, sidéré. Coms HS: aucun hasard, odeur de piège, pensa l’homme .

–=| Acte 7 |=–

1. Expliquer l’impensable, le concierge s’y essaya, improvisant un plaidoyer. Mais les preuves étaient accablantes, têtues.

2. Gia s’accroupit avec une grâce féline. Ses doigts saisirent les glass-T. Elle voulait les chausser. Non ! cria l’homme.

3. Surtout, n’y touchez pas ! C’est une pièce à convictions, ajouta-t-il, provoquant un haussement de sourcils du garçon.

4. Pourquoi sont-elles ici ? L’examen de la scène le soulignait: il les portait au moment de…massacrer sa collaboratrice.

5. Ce modèle était muni d’une caméra. Avait-il filmé ? Nous devrions y jeter un œil, fit le concierge. Non ! réitère-t-il.

6. L’avertissement soudain déclencha des regards méfiants. Gia se glissa derrière le garçon qui retenta un appel. En vain.

7. Le garçon prenait de l’assurance, un novice promu ange gardien de la belle abritée dans son dos. Expliquez-nous, fit-il.

8. Helmut est le 4ème d’une liste pour le moment encore courte. Ces lunettes…sont différentes. Je veux, fit le concierge.

9. Une technologie dernier cri. 3000 paires ont été distribuées aux résidents. Opération marketing, pour un nouvel ebook.

10. C’est quoi votre nom ? hasarda Gia. Il fixa son visage parfait, remodelé en douceur. Je me prénomme Franck. Père Franck.

–=| Acte 8 |=–

1. Un prêtre ? Ses yeux s’agrandirent, joyaux émeraude sur teint pâle. Pour elle, Helmut était un VIP à soigner ou à gâter.

2. Le duo s’interrogea sur son rôle divin. Qu’offrait-il au magnat ? Bénédiction, miséricorde ? Ou bien était-ce l’inverse.

3. Des confessions ? Helmut ressemblait à ces trans-pacifique géants: chargés jusqu’à la gueule de containers. Et chacun…

4. …renfermait des anecdotes épiques, des secrets. Des remords ? Helmut ne regrettait jamais rien. Enfin, sauf la tuerie.

5. Le sang, la folie, la rage soudaine, impensable pour un maniaque du contrôle. Qu’il en finisse ainsi ne l’étonnait pas.

6. Le procès, la vindicte, finir cloué au pilori par les médias taxidermistes avides de disséquer son intimité scandaleuse.

7. Il n’aurait pas supporté. La tour l’avait toujours protégé. Jusqu’ici. Le bastion colossal recelait une faille. Infime.

8. Une simple paire de lunettes, des glass-T, nec plus ultra de la neurolecture d’ebooks. Les mots dansaient dans l’esprit.

9. 4 morts ? interrogea la Yum Girl. Franck ferma les yeux. 4 victimes, précurseurs de l’hécatombe à venir. 3000 glass-T ?

10. Le concierge confirma le chiffre. Franck ramassa celles d’Helmut : ces choses transforment l’esprit, ces lunettes tuent.

–=| Acte 9 |=–

1. Preston Dex rentra chez lui au matin. Femme et enfants étaient à l’école du 11ème étage. Il retrouva calme et confort.

2. Son fauteuil massa son corps épuisé de spécialiste des marchés européens. Hauts revenus, stable : un résident modèle.

3. Sur le mur vidéo, il suivit le bandeau où défilaient les cotations. Son job phagocytait son foyer. Trop. Il se détourna.

4. Le paquet capta son attention. H&F en lettres d’or, liseré chic, rouge, assortit d’une carte: vous avez été sélectionné.

5. Preston en avait l’habitude. Il passa de suite au déballage : glass-T. Une réalité augmentée émule lui sert à spéculer.

6. Il les chaussa. Le livre flotta, clone d’un réel ouvragé. Fin. Sa main flatta la couverture. Retour sensoriel immédiat.

7. Du cuir, devina-t-il. Le titre l’intrigua : De la parole aux actes, Père Franck Marcopoli. Un religieux ? Pourquoi pas.

8. Il se détendit, apprécia la prose colorée, les évocations caraïbes. Juste ce qu’il désirait. Il s’évada loin. Très loin.

9. Les mots se firent rivière. Le flux devint torrent, puis furie. Il se crispa. Le système ne répondit plus aux ordres.

10. En accéléré, la rage éclot en un soleil puissant déchirant sa raison. Il hurla. Un cri aveugle, Preston ne revint pas.

–=| Acte 10 |=–

1. Selon vous, ces lunettes tuent ? ironisa le garçon. Gia afficha un sourire discret, gracile. Ils ne le croyaient pas.

2. Ce ne sont pas elles, mais ce qu’elles contiennent, précisa-t-il. Le visage de Gia se ferma, concentrée : Un livre ?

3. La bimbo lisait beaucoup. Une obligation professionnelle. Elle devait se cultiver pour moissonner ses riches clients.

4. Franck devina ses craintes. Le concierge tenta un nouvel accès au réseau qui resta muet. Qu’est ce que ça veut dire ?

5. Qu’ils devaient partir. Laisser Mme Knowles ? Helmut avait déjà tranché la question. Il les pressa : il faut descendre.

6. Gia protesta : les express ne fonctionnent plus. Sans réseau, les ascenseurs étaient en rade. Restaient les escaliers.

7. 240 étages, une descente infernale. Le père Franck dénicha deux sac, des bouteilles d’eau sous leurs regards incrédules.

8. On ne part pas en expédition, railla le concierge. Il se trompait. Comment lui expliquer la démence, la folie à venir ?

9. Helmut est devenu fou en neurolisant un ebook. 3000 copies ont été distribuées aux résidents. Vous faut-il un dessin ?

10. Les lèvres sensuelles de Gia remuèrent : qui l’a écrit ? La vérité s’imposait. Moi, annonça Franck d’un air coupable.

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