3000 pieds – actes 141-149

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–=| Acte 141 |=–

1. Le regard de Franck s’attarda sur chacun des visages crasseux. Il eut l’impression de les connaître depuis longtemps.

2. Une sensation étrange. Jusqu’à ce matin, il ne les avait jamais rencontrés. En retour, ils en savaient peu sur lui.

3. Prêtre, chercheur en théologie, cela, ils en étaient au fait, mais ils ignoraient tout de sa vie d’avant. De ses fautes.

4. Je n’ai pas toujours été un homme d’Église, fit-il. Les lèvres de Jerry s’élargirent. Celles de ses amis se réduisirent.

5. Gia croisa ses bras sur sa poitrine. Vous faisiez quoi avant ? Il hésita. Faire pénitence n’avait jamais été son fort.

6. Allons Franck, l’encouragea Jerry d’un air ironique, tu leur dois bien ça après tout ce que vous avez traversé, hein ?

7. J’étais dans un gang. Les Yum’s Hells sur la 19ème. Lucie écarquilla les yeux. Le concierge en resta bouche bée.

8. Oui, confirma-t-il, je suis né à Yumington. Je m’étais juré de jamais y revenir mais le Seigneur en a décidé autrement.

9. Le front de Gia se rida : vous avez tué pour y entrer ? Franck se tourna vers elle : on me l’a demandé. Jerry jubilait.

10. Il frappa dans ses mains. L’applaudissement résonna : Dieu lui a pardonné depuis, le coupa-t-il, n’est ce pas, Franck ?

–=| Acte 142 |=–

1. Le souffle de l’explosion poussa la fumée. Puis étrangement, le silence s’installa. Doug contempla son ouvre, la brèche.

2. De l’autre côté, il devina des silhouettes noires qui courraient à travers un hall lumineux, comme des fourmis affolées.

3. Des policiers du Yum Swat s’approchèrent. Doug leur fit signe : faites gaffe aux porteurs de lunettes ! répéta-t-il.

4. Il surprit le regard étonné derrière la visière. Il suffit de leur retirer leur glass-T. Ne les descendez pas !

5. Un cri déchira soudain l’air : Mélodie ! Les canons pointèrent vers la source. Doug intervint : c’est une civile !

6. Mélodie ! Élise marchait au milieu des volutes blanches. Des gens couraient autour d’elle. Des ombres. Des cris.

7. Aucune trace de sa fille. Volatilisée. Elle se souvint de Preston Dex, si près d’elle à ce moment. Élise s’effondra.

8. En pleurs sur le marbre couvert de débris, un cordon de sécurité se forma autour d’elle. Doug lui prit la main : venez.

9. Mélodie avait senti la vibration, entendu le bruit sourd. Une explosion ? Le policier avait-il réussi son coup ?

10. Arrêtés entre deux étages, elle interrogea son voisin : où va-t-on ? Pour toute réponse, Preston se remit en route.

–=| Acte 143 |=–

1. Ce soir-là, Franck était Abraham, déclara Jerry. Ce soir là, son maître et seigneur se nommait Tony, caïd de son état.

2. Poings et mâchoires serrés, il écoutait ce tissu de… vérité. Sa maîtrise seule l’empêchait de lui sauter à la gorge.

3. Le concierge s’écarta du prêtre: vous aviez quel âge ? Franck leva la tête. 15 ou 16 ans. Vous avez tué ce type ?

4. Gia et Lucie attendaient une réponse honnête. Leurs regards sur lui changeraient. Surement. Franck revint sur Jerry.

5. Il ressemblait tellement à Tony à cet instant. Même verve, même assurance, même détermination. Deux points différaient..

6. Le costume et la bande, une armée obéissant aux ordres sans discuter. Tony aurait adoré. Alors, Franck, raconte-leur…

7. Je tenais le pistolet face à cet inconnu et je n’ai pas pu. Gia expulsa l’air contenu dans sa poitrine, un soulagement.

8. Il est mort, pas vrai ? Frank hocha la tête. J’étais terrorisé. Tony l’a abattu. Jerry tapa à nouveau dans ses mains.

9. La vérité libère du fardeau, fit-il. Mais la vie est un éternel recommencement. Un résident apparut avec un enfant.

10. Qu’il portait sur les épaules. Tous reconnurent la fillette. Franck va devoir encore affronter ses démons, fit Jerry.

–=| Acte 144 |=–

1. Élise hurla le nom de sa fille, sa chair et son sang. Doug tenta de la rassurer en l’accompagnant dehors, à la lumière.

2. Les hommes d’une autre unité les regardèrent. Doug héla un infirmiers. J’ai un rapport à effectuer, dit-il à Élise.

3. La femme s’agrippa à la manche de son treillis : ma fille ! je vous en supplie. Retrouvez-la. Doug le lui promit.

4. La civile désormais entre de bonnes mains, Doug se dirigea vers l’officier supérieur. Bordel ! Que se passe-t-il ici ?

5. Les rapports macabres se succédaient. Les équipes découvraient des cadavres à tous les étages. Doug se gratta le cou.

6. Par où commencer ? L’officier le fixa : où sont tes hommes ? Doug détourna le regard, posa son M4 sur le comptoir.

7. Avez-vous retrouvé la gamine ? Mélodie, 9 ou 10 ans. Non, répondit l’officier. Merde, pesta Doug. Je dois y retourner.

8. Douglas ! Il franchit l’ouverture déchirée par l’explosion. Secouristes, soldats, une zone de guerre, songea-t-il.

9. Les porteurs de lunettes, dépareillés, étaient rassemblés dans un coin et un homme gardait un monticule de glass-T.

10. Où était la gamine ? Il se plaça sur sa dernière position connue. Tourna sur lui même, attentif. Stop ! Une porte…

–=| Acte 145 |=–

1. Preston s’avança vers la troupe de résidents, ses glass-T synchronisées partagèrent les informations sur la cible.

2. Mélodie Hampton lui avait donné du fil à retordre. Mais c’était fini. L’honneur lui revenait de l’offrir au maître.

3. Dépose la, lut-il sur le flux. D’une main ferme, le serviteur bascula la fillette de son épaule, l’aida à se redresser.

4. Les yeux rougis, fatigués, les jambes cotonneuses, le regard de Mél se perdit sur les visages neutres des résidents.

5. Qui étaient ces 5 personnes sans glass-T ? L’une d’elle parla : tu t’es battue avec courage, petite. Ça n’a pas suffit.

6. Hélas. L’homme au costume sombre arborait un sourire carnassier. Elle ne comprenait rien. Puis elle reconnut une voix.

7. Je suis le Père Franck Marcopoli. Mél se retourna. Un prêtre ? Nous nous sommes parlés. Tu te souviens, n’est-ce pas ?

8. Il l’avait empêché de poignarder sa mère. Elle hocha la tête, balbutia un oui. Nous allons tous sortir de là, promit-il.

9. L’homme au costume ricana. Il brandit une lame qui étincela sous la lumière des projecteurs : pas tous, je le crains.

10. Deux résident apportèrent une table drapée de blanc et rouge. Comme un autel. Allonges-toi ici, ordonna-t-il à Mél.

–=| Acte 146 |=–

1. Mélodie refusa d’approcher. L’homme en costume posa son couteau sur l’autel. Chère enfant, fit-il. Tu n’as pas le choix.

2. Laisse la partir, demanda Franck d’une voix ferme. En réponse, des résidents empoignèrent Gia, Lucie et le concierge.

3. Ses amis tentèrent de résister, de se dégager. En vain. Tu n’es pas en position de demander quoi que ce soit, fit Jerry.

4. Il s’adressa à Mélodie. Veux-tu que ces gens soient tués, par ta faute ? Mél regarda MrDex qui menaçait la jolie femme.

5. Elle secoua la tête. Bien ! fit l’homme, allonges-toi ici. Tremblante, la fillette s’exécuta aidée par un résident.

6. Jerry la recouvrit jusqu’au cou d’un drap blanc. Puis il regarda le prêtre, lui tendit la lame: à toi l’honneur, Franck.

7. Le concierge protesta du regard. Gia retint son souffle. Lucie baissa les yeux. Le prêtre s’avança vers l’autel.

8. Le sacrifice, entama Jerry, c’est quand même mieux quand on le vit avec ses tripes. Pas vrai ? Franck saisit la lame.

9. Il se revit dans cette ruelle. Il n’était qu’un gamin perdu avec un gang pour seule famille, comme unique perspective.

10. Il se plaça face à la gamine. Des larmes s’écoulaient de ses yeux. Ses lèvres tremblaient. Franck leva le couteau…

–=| Acte 147 |=–

1. Tu dois le faire Franck. C’est un commandement et elle est l’agneau. Après, je m’en irais, fit un Jerry grand seigneur.

2. La gamine le fixait, yeux grands ouverts, ses cheveux étalés en une masse emmêlée. Il tenait le couteau au-dessus d’elle.

3. Sur le visage de ses amis: des airs horrifiés, incrédules, sous la menace de lames tenues par les résidents aux glass-T.

4. S’il ne tuait pas la fillette, Jerry s’en chargerait. Il était comme Tony. Il attendait ce moment, il l’appelait.

5. Franck lâcha le couteau. L’ustensile tomba sur le sol dans un tintement clair. Jerry sourit : tu n’es pas Abraham.

6. La gamine lâcha un long soupir. Un répit de courte durée. Jerry produisit une seconde lame : démonstration est faite…

7. …qu’il n’existe aucune solution miraculeuse au dilemme. Ni ange, ni sauveur, proféra-t-il avec une voix d’illuminé.

8. Il n’y en a pas eu pour moi. Il n’y en aura pas pour les autres. Les yeux écarquillés, Mélodie voulut hurler sa terreur.

9. Les mains de Jerry serrées autour du manche, sa mâchoire qui se crispa., le prêtre décida que c’était le moment d’agir.

10. Les projecteurs s’éteignirent soudain. Un coup de feu retentit. Franck sauta sur Jerry. Ce fût la confusion, les cris.

–=| Acte 148 |=–

1. Franck se redressa. Ses oreilles bourdonnaient. Ses paumes poisseuses sur le costume sombre. Sur Jerry. Immobile. Mort ?

2. Il ne bougeait pas. Franck le retourna. Au milieu du front, un trou, rouge, cerné de noir. Il fit un signe de croix.

3. Un homme casqué arriva, fusil braqué sur lui. Franck leva les mains : ne tirez pas ! Mélodie glissa hors de la table.

4. Elle se précipita vers le policier, souriante. Je suis Douglas du Yum Swat. Qui êtes-vous ? Père Franck Marcopoli.

5. Un prêtre ? Il avait failli descendre un prêtre, réalisa Doug surpris. S’il avait tenu ce couteau une seconde de plus…

6. Il pointa le type en costume allongé sur le sol. C’est lui qui est responsable de ce merdier ? Le prêtre hocha la tête.

7. Il est mort, précisa Franck. Le policier abaissa le canon de son arme. Il serra la gamine en larmes. C’est fini.

8. Gia, Lucie et le garçon les rejoignirent. En découvrant le corps, un éclair de satisfaction illumina les traits tirés.

9. Mon père, vous allez bien ? fit la Yum Girl. Il se sentait vide. Jamais le Seigneur lui avait infligé une telle épreuve.

10. Les secours les entourèrent, les séparèrent. Doug emmena Mélodie : ta maman t’attend. Il salua les soldats d’élite.

11. Grenades incapacitantes, fumigènes, coupure de courant…. Un vrai miracle, se dit-il en visant les résidents hébétés.

12. Des survivants qui revenaient d’un autre monde. Beaucoup connaîtraient un réveil difficile en découvrant l’horreur.

–=| Acte Final |=–

1. Sur le parvis, tenant un gobelet de café; le concierge regarda Gia. Il prit son courage à deux mains, la rejoignit.

2. Les mots virent sans effort: j’aimerais vous revoir. La Yum Girl lui sourit : tu gagnes pas assez. Sa mine s’assombrit.

3. Je plaisantais, fit-elle soudain. J’accepte à une condition : pas de restaurant panoramique, pas de tour. Vendu, fit-il.

4. Lorsque Élise l’aperçut, elle quitta les bras de Michelle, se précipita vers sa fille : Mél ! Elle la serra, en pleurs.

5. On va s’en aller d’ici. Mélodie hocha la tête, hasarda un regard en direction de Michelle. Et papa ? Il sait déjà.

6. Mélodie, entendit-elle. Mél se retourna, éprouva une peur panique : Mr Dex… Sa mère fit barrage entre lui et elle.

7. Je suis désolé, déclara Preston Dex, je ne me souviens que de bribes, des images horribles de moi te poursuivant.

8. Lucie, assise sur un banc, attendait la dépouille de son défunt mari. Il y avait peu de survivants, réalisa-t-elle.

9. Elle ne se sentait pas chanceuse pour autant. Le prêtre vint s’asseoir à ses côtés: je peux dire quelques mots pour lui.

10. Vous devrez lui pardonner, ajouta-t-il. L’épouse le regarda : ça va être dur. Et vous, pardonnerez-vous à Jerry ?

11. Suite au massacre de Yumington, « De la parole aux actes », du père Franck Marcopoli, devint un best seller mondial.

12. Les millions d’exemplaires de la version papier se sont arrachés. Dernier gros tirage de l’histoire de la librairie.

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